18 décembre 2013

Un peu d'autopromo (lost in translation)

Ce blog n'a jamais été conçu pour faire de l'autopromo. S'il est libre de toute publicité pour les autres, il n'y a pas de raison que je ne m'applique pas la règle à moi-même.

Mais aujourd'hui, j'ai bien envie de faire une petite entorse.

C'est au sujet des traductions.

Oui, je fais des traductions, toujours dans le domaine du vin ou de la gastronomie. Depuis l'anglais (j'ai un vieux diplôme pour ça), depuis l'espagnol et le néerlandais (là, disons que je me suis formé sur le tas et sur le tard).

Parfois, je traduis aussi dans l'autre sens, mais seulement vers l'anglais.

Je n'en fais pas mystère, mais je ne le crie pas non plus sur les toits, car c'est une activité annexe, très marginale, par rapport à ma profession de journaliste.

Si j'en parle aujourd'hui, c'est que j'en ai assez de lire des incongruités.

Récemment, je suis tombé sur un texte ou le mot pigeage était traduit en anglais par "trapping". Je ne sais pas si c'était de la traduction automatique, ou bien si le traducteur humain a eu un bug,  mais "trapping", c'est piégeage. Un petit "é" fait toute la différence.

Et puis, il y a toutes les erreurs que je constate, tout au long de l'année, à propos des noms de sols  (non, le limon, dans ce contexte, n'est pas un fruit), des régions (la Galicie pour la Galice...), bref, je pourrais faire un livre avec toutes ces approximations, ces faux-sens, ces contre-sens. Deux classiques: traduire "défendre" par "to support" quand dans le contexte, il veut dire interdire. Ou "disposer de" pour "to dispose of", dans le sens de se débarrasser.

Quelque chose a mourue

Et je ne vous parle pas de la grammaire ni de l'orthographe. Là, bien sûr, l'approximation n'est pas réservée au secteur du vin.

J'ai dans ma collection de films le DVD de Jurassic Park 2, édition belge, avec sur la couverture, en grosses lettres: "Quelque chose a survie". A se demander si ce sont les dinosaures qui ont traduit. Et si la syntaxe française va pourvoir survivre. Si elle n'a pas déjà mourue.

Jurassic Park.jpg

Et la langue, elle, a-t-elle "survie"?

Alors oui, ce sera ma minute d'autopromo. Confiez-moi vos traductions, je ferai mon possible pour que ça n'arrive pas, ou moins. Je ne dis pas que je suis le seul, ni que je suis le meilleur. Mais comme utilisateur quotidien de brochures, de notes de dégustations, de fiches techniques, disons que je ne me laisse plus trop facilement piger. Pardon, piéger.

Avantage induit, non négligeable: si c'est moi qui traduis, je n'aurai plus à me demander ce que le traducteur a voulu dire... ;-)

17 décembre 2013

Eléments constitutifs du terroir

Hier, sur le blog des 5 du Vin, mon confrère David Cobbold s'est intéressé à nouveau au thème de l'influence des sols sur les arômes du vin. Il apporte au débat un nouvel éclairage.

Une étude américaine récente a été consacrée aux microbes présents dans différentes zones viticoles; les chercheurs se sont posés la question de savoir si la présence d'espèces différentes sur la peau du raisin pouvait intervenir sur les arômes développés par le vin.

Ils proposent en quelque sorte d'ajouter le microbe comme "élément constitutif du terroir".


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Est-ce que j'ai une gueule de terroir?

 

Et David de plaider à nouveau pour que les mots aient un sens, pour que l'on évite de parler de la minéralité d'un vin alors qu'on ne sait pas comment les minéraux d'un sol pourraient effectivement passer la barrière des radicelles d'une vigne. Pour qu'une étude approfondie soit effectuée à ce sujet.

Je me suis permis de lui répondre, et comme j'aime que rien ne se perdre, je reproduis ici ce commentaire.

Une piste à suivre parmi bien d'autres

C’est une piste à suivre. Il nous reste tellement de choses à apprendre.

Dans la liste des facteurs constitutifs du terroir, et influençant le goût, moi, je mets l’homme au premier rang, car quels que soient le sol, le sous-sol, le climat, c’est lui qui choisit les cépages, le type de vinification, là où il plante ou pas, bref, c’est lui qui exprime, qui révèle un potentiel de terroir.

Pour ce qui est du sol et du sous-sol, de la géologie, trois remarques:

Primo, il ne faut pas confondre les arguments simplificateurs des marketteers du terroir, mot galvaudé, employé à toutes les sauces, désignant tour à tour un sol, une zone ou une région entière, et la conception originelle, qui ne devrait s’appliquer justement qu’à une unité géologique bien identifiée. Parler de terroir aussi bien au niveau d’un climat bourguignon d’un hectare que d’une appellation régionale de 125.000 ha (cf http://www.bordeaux.com: "tout sur le terroir de Bordeaux"), c’est étirer la signification du mot jusqu’à le rendre ridicule.

Secundo, pour une unité géologique, effectivement, on peut discuter de l’importance du sous-sol dans la constitution d’arômes. Mais pas seulement d’arômes. Je parlerais aussi de texture.
Il y a des géologues et des ampélographes honnêtes qui travaillent cette question depuis des lustres, qui n’ont jamais eu relié directement un arôme ou un minéral à un type de roche, mais qui constatent, en comparant les parcelles de sous sols différents, et à vinification égale, que les vins ne se ressemblent pas. C’est plus souvent nous, les journalistes, à travers le filtre des communicants, qui établissons ce raccourci. Parce ce que c’est plus facile. Parce que c’est ce qu’attendent les producteurs, aussi. Car quoi de plus rassurant pour eux que de se sentir dépositaires d’une originalité, d’une identité que personne d’autre, ailleurs, ne peut avoir.
En réalité, ils ont raison, mais pas forcément pour la raison évoquée. Leur identité existe, on ne fera jamais exactement le même vin à Marlborough et à Sancerre (cf le Clos Henri), mais c’est lié à bien d’autres facteurs que le sous-sol, là je te rejoins.

Enfin, tertio, la vérité est dans le verre, où je note des différences. A Patrimonio, par exemple, terroir calcaire dans son ensemble, il y a une petite partie d’arènes granitiques qui confère aux vins de cette sous-zone d’autres expressions; Marc et moi les avons goûtés, le même jour, il n’y avait pas photo. Seul bémol: nous le savions. Aussi il y a-t-il eu, peut-être, une recherche inconsciente de différenciation. Mais là, on entre dans le domaine de la psychologie, ce qui serait aussi un joli thème d’article.

D'autres commentaires ont suivi, le débat s'est un temps focalisé sur le sens profond du mot terroir, avec ou sans l'homme, il y avait du pour et du contre.

Puis nous nous sommes demandés s'il s'agissait d'un débat de sportifs en chambre, si la vérité n'était pas dans la fosse... Puis nous avons parlé des levures sélectionnées...

Nous n'avons certainement pas fait le tour de la question. Par contre, on a attiré du monde, et du beau!

Si je vous en parle ici, c'est juste que j'ai envie de faire avancer le schmilblick. Et de savoir aussi ce qu'en pense le buveur de base.

Amis vignerons, responsables d'AOC, confrères, consommateurs, votre avis m'intéresse.

00:01 Écrit par Hervé Lalau dans France | Tags : terroir, vin, vignoble, cobbold, microbe, lalau | Lien permanent | Commentaires (5) | | | |