09 avril 2014

L'ANPAA déboutée et Lalau dégoûté

Le 3 avril dernier, la Cour d'Appel de Versailles a jugé conforme au code de la santé publique la campagne publicitaire du CIVB… de 2005. Rappelons aux plus jeunes que cette campagne montrait des gens un verre de vin à la main. Shocking.

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Un visuel de la campagne du CIVB

Si l'affaire est une nouvelle fois abordée 9 ans après les faits, c'est que l'Association Nationale de Prévention en Alcoologie et en Addictologie (alias ANPAA) est obstinée.

Dès août 2005, en effet, cette ligue de vertu a assigné le CIVB devant le Tribunal de Grande Instance de Paris pour faire interdire la dite campagne publicitaire. Déboutée de cette demande en décembre 2006, l'ANPAA fait alors appel auprès de la Cour d'appel de Paris, qui confirme le premier jugement en février 2010.

L'ANPAA se pourvoit alors en Cassation; la Cour de Cassation casse l'arrêt de la Cour d'Appel en février 2012 et renvoie l'affaire devant la cour d'appel de Versailles… qui vient donc de confirmer le jugement de  2006. Déboutée à nouveau ce mois-ci, l'ANPAA peut cependant encore se pourvoir en cassation. On la voit mal renoncer à ce droit,  procédurer étant devenu pour elle comme une addiction.

On pourrait en sourire, mais ce feuilleton pose deux questions.

La première, mise en avant par le CIVB lui-même, est l'"insécurité juridique à laquelle sont soumis les annonceurs en matière de boissons alcooliques". S'il faut au moins 9 ans pour savoir qui a tort ou raison, effectivement… Une raison de plus de revoir la loi Evin?

La seconde question, et c'est moi qui la pose, a trait au financement de l'ANPAA. Pour mener des actions au long cours comme celle-ci (et c'est loin d'être la seule), il faut de solides moyens. Qui les octroie à l'ANPAA? Si ce sont des dons privés d'alcooliques repentis, voire d'alcooliers à la retraite, rien à redire. Si c'est l'Etat, par contre, c'est donc nous; et franchement, je voudrais bien que nos impôts soient employés à des choses plus utiles. Dégoûté, le Lalau, pour le coup...

10:42 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux, France | Tags : anpaa, vin et publicité, publicité, tribunal, justice | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

08 avril 2014

Boycott des vins: attention!

J'ai abordé la semaine dernier le sujet épineux du boycott des mairies frontistes, comme à Beaucaire, voire des vins qui en sont issus.

J'ai envie d'élargir le débat.

Vous savez que pendant des années, les vins sud-africains ont été l'objet de ce type de boycott, à cause de l'Apartheid.

D'autres pays, ou d'autres régions pourraient être dans la ligne de mire, mais semblent pourtant s'en tirer à moindre frais.

Il y a le cas d'Israël, dont une bonne partie de la production de vin est issu du plateau du Golan, donc de zones occupées du territoire syrien, mais dont on trouve sans difficultés les vins dans les supermarchés européens et américains.

Il y a le cas de la Chine, dont on ne peut pas dire qu'elle remplisse tous les critères d'un régime démocratique, et dont l'action au Tibet suscite l'indignation de bien des démocrates.

Il y a le cas du Chili ou de l'Argentine, dont certains groupes viticoles sont toujours aux mains d'héritiers de soutiens actifs des anciens régimes totalitaires et sanguinaires de ces deux pays.

Il y a l'Autriche, dont certains producteurs n'ont absolument pas renié le passé nazi de leurs parents.

Il y a l'Italie, où apparaissent toujours de-ci de-là des étiquettes à la gloire du Duce.

Il y a les pays de l'Est (Hongrie, Roumanie, Bulgarie, Slovaquie, République Tchèque) où bon nombre de dirigeants de caves aujourd'hui privatisées ont fait leur carrière au sein de Partis communistes, dont tous n'oeuvraient pas vraiment au bonheur de l'humanité (excusez l'euphémisme).

J'en oublie sans doute.

Mais pour chaque exemple, je me pose la même question: le boycott touche-t-il les bonnes personnes?

Peut-on faire "payer" à toute une population les errements de ses dirigeants (dont la population est déjà souvent la première victime)?

Le boycott ne risque-t-il pas d'avoir des effets indésirables, comme d'appauvrir les travailleurs qui n'ont souvent rien à voir avec les patrons des groupes de production?

Est-ce au consommateur de trancher des situations qui devraient se régler devant l'ONU, le Tribunal Pénal International ou les tribunaux des pays concernés?

Le boycott pose décidément plus de questions qu'il n'y répond. C'est une arme à double tranchant. Je ne l'emploie personnellement qu'avec circonspection, et jamais de manière globale.