24 février 2014

Terroir, forcément terroir

Etonnante, la mention qui figure sur les étiquettes du Chardonnay "Naturae" (la gamme sans soufre et sans reproche de Gérard Bertrand).

"Le goût du terroir", promet le vin.

Naturae 2013 - Chardonnay.JPG

Si ma mémoire est bonne, la notion de terroir englobe a minima le sol, le climat, les cépages et les habitudes culturales.

Tout le monde peut donc en revendiquer un, même moi, dans mon jardin, à l'ombre de mon noisetier. Et le goût qui va avec.

Mais quand même, il s'agit d'un IGP Pays d'Oc. Nous n'avons pas plus de précision sur la provenance des jus, or l'aire de cet IGP est particulièrement vaste. Et rappelons que les IGP ne peuvent en théorie se réclamer d'un lien au terroir, seulement d'un territoire. Par ailleurs, le Chardonnay, à ma connaissance, n'est pas un enfant du pays.

Suffit-il de pas ne pas sulfiter pour obtenir "un goût de terroir" en IGP Pays d'Oc, avec un cépage venu d'ailleurs? Souffrez que je pose la question.

 

 

19:24 Écrit par Hervé Lalau dans France, Histoire, Languedoc, Pour rire | Tags : gérard bertrand, chardonnay, languedoc, igp | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

Le cas Giboulot: quelques réflexions de mon cru

Dans l'attente de l'ouverture du procès, aujourd'hui à Dijon. L'affaire Giboulot continue à faire couler de l'encre - et même, à diffuser des ondes, car le vigneron bourguignon a été longuement interrogé ce matin sur RTL.

Ce qui me semble une bonne chose. L'intervieweur a laissé M. Giboulot s'exprimer, mais il n'a pas été complaisant et il a invité des auditeurs à la contradiction, on n'a sans doute jamais autant et aussi bien parlé du problème des pesticides dans la viticulture française sur un media grand public.

Si c'était le but de M. Giboulot, il est atteint.

Une victime consentante? Une étonnante célérité?

Mais je m'interroge sur la genèse de l'affaire.

D'une part, il semble que M. Giboulot ait délibérément choisi de se désigner à la justice: d'après ses dires, il n'y a eu qu'une dizaine de contrôles pour toute la Côte d'Or - alors que, rappelons-le, tous les exploitants étaient obligés de traiter leurs vignes. Et il a été le seul à ne pas pouvoir (vouloir?) fournir une facture prouvant qu'il avait acheté un produit de traitement. Il sous-entend que d'autres ont pu ne pas traiter mais qu'ils ont fourni une facture pour éviter les ennuis. Nous ne pouvons nous substituer aux enquêteurs et lui donner raison ou tort sur ce point. Nous n'avons pas assisté aux contrôles. C'est juste une possibilité. On notera au passage que s'il est avéré (là encore, je ne peux le vérifier) le nombre de contrôles semble pathétiquement insuffisant pour être dissuasif.

D'autre part, on peut s'interroger sur la rapidité de la réaction de la justice: les faits ont moins d'un an, il n'y a pas mort d'homme, ni peut-être même de vigne, puisque aucun foyer de flavescence dorée n'ont pas encore été repérés en Côte d'Or. Néanmoins, l'appareil judiciaire s'est mis en branle avec une vitesse à laquelle il ne nous a guère habitué (on comparera, par exemple, avec les lenteurs déployées dans les affaires "1815", par exemple. On notera aussi que dans certains cas, alors que des irrégularités sont dûment constatées (non-respect du cahier des charges de certaines appellation, par exemple), la justice ne croit pas utile de se saisir, les affaires se réglant (ou pas) dans la discrétion.

Je m'en voudrais de laisser cette question sans réponse: soit le ministère public a fait du zèle parce que l'autorité préfectorale avait été bafouée (ce qui fait désordre dans un Etat encore très jacobin); soit il y a un lobby phytosanitaire qui voit d'un mauvais oeil qu'on remettre en question la nécessité de traiter. Soit, tout simplement, le coupable a fait trop de bruit.

Le procès des pesticides aura-t-il lieu?

Quoi qu'il en soit, la défense de M. Giboulot ne devrait pas peser bien lourd au tribunal. Il dit qu'il n'a pas traité parce qu'il n'y avait pas de flavescence dans son département. Mais qu'il l'aurait fait s'il y en avait eu. Le juge aura beau jeu de lui répondre qu'un arrêté préfectoral ne s'interprète pas, mais qu'il s'applique à tous.

Le nombre de ses soutiens (un demi-million de pétitions, toute de même) lui vaudra sans doute un peu de clémence de la part du juge; mais elle ne l'exonèrera pas de la faute.

Autre question, peut-être plus essentielle: M. Giboulot nous dit aussi que le produit de traitement agréé "bio" est dangereux pour la faune auxiliaire. Plus même que le produit conventionnel. N'y-a-t-il pas là un problème de définition du bio: comment un produit censé être utilisé dans le cadre d'une démarche plus respectueuse de l'environnement pourrait-il être plus nocif?

Au-delà de la condamnation de M. Giboulot (qui ne me semble pas faire de doute, car les faits sont avérés; je souhaite juste qu'elle soit légère, car le bonhomme n'a rien d'un criminel), ce procès pourrait-il être celui de la filière des pesticides bio, voire du "lobby phyto"?

Rien n'est moins sûr.

Une dernière réflexion pour la route: d'aucuns pensent que ce procès attire inutilement et injustement le regard des consommateurs sur la Bourgogne, accusée de polluer ses vignes. Cela me semble tout à fait hors de propos.

Il y a des chiffres sur les traitements dans les vignobles français; selon ces chiffres, la Bourgogne (et la Champagne) comptent parmi les régions qui traitent le plus, ce qui est lié à la pression des maladies, elles-mêmes liées aux conditions climatiques (humidité, essentiellement). Ce n'est pas l'affaire Giboulot qui y change quoi que ce soit.

 

PS. Voir à ce propos, également, le blog de Laurent Viotti, ICI.

10:38 Écrit par Hervé Lalau dans Bourgogne, France | Tags : giboulot, bourgogne | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |