28 février 2014

Vol de Nuit

Vol de Nuit, c'est d'abord un roman de Saint-Exupéry.

Tiens, qui lit encore Saint Ex, à part quelques pages du Petit Prince, parce que c'est au programme scolaire? Comme dirait ma fille: "Est-ce qu'il y a une appli, Papa?"

Vol de Nuit est aussi un parfum de Guerlain.

Mais pour nous, c'est surtout une jeune cuvée de Mas Amiel. Un joli nom pour un 100% carignan. Donc hors de toute appellation. Et pourtant, la vigne a plus de 110 ans, son vin me semble au moins aussi Roussillonnais, voire plus, qu'un produit issu majoritairement de syrahs plantées dans les années 1980, mais passons.

Quant au Maury Sec, il doit comporter au moins 60% de Grenache. Pas de chance pour notre 100% Carignan...

Enfin, pour autant que L'AOP soit vraiment plus porteuse, ce qui, pour un nom comme Mas Amiel, n'est pas prouvé.

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Quoi qu'il en soit, cet IGP "Côtes catalanes" me semble un bel exemple de ce que l'on peut tirer de ce pauvre Carignan, si décrié, dans la perspective d'en faire, non pas un vin de gros rendement, mais un vin de classe.

Je n'ai pas toujours été convaincu par les vins d'Olivier Decelle, depuis qu'il a repris Mas Amiel - le ne parle pas des  VDN, mais des vins "secs". Les premiers millésimes de Notre Terre, par exemple, me semblaient soit un peu  trop dominés par le bois, soit un peu trop extraits. Il semble que ça s'est arrangé depuis. Comme quoi ce métier n'est q'un long apprentissage; le vigneron fait son miel de ses expériences, de ses réussites, de ses échecs, il doit composer avec la nature, faire des choix, trouver son style. Les conseils de Stéphane Derenoncourt ont sans doute aussi porté leur fruit.

Ce Vol de Nuit 2012 est un excellent exemple de cette progression. S'il ne renie rien du petit côté fougueux du Carignan au nez (mûre, réglisse et cuir), ce vin présente une grande fraîcheur en bouche, des tannins super suaves - un élevage magnifiquement mené - et osons le mot, la délicatesse d'un grand cru. Qu'importe le flacon (et l'AOP sur l'étiquette), pourvu qu'on ait la finesse. Je dirai même que Mas Amiel allie avec ce vin le meilleur des deux mondes: le fruit (qui font trop souvent défaut à Bordeaux) et l'élégance, pas toujours au rendez-vous dans le Midi. Ce Vol de Nuit nous évite les turbulences, ce qui ne diminue en rien le plaisir du voyage.

Peut-être qu'il décevra les aficionados du Carignan sauvage - celui-ci est d'un genre plus policé. Mais je ne crois pas qu'on puisse jamais reprocher à un beau vin d'être abordable, de pouvoir séduire le plus grand nombre.

A vous de juger, maintenant.

Mas Amiel, +33 4 68 29 01 02

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans France, Roussillon | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

27 février 2014

Les Boires, Chinon 2011, de Donatien Bahuaud

Les Boires. Voila qui évoque furieusement le vin. Mais dans le parler de l'Anjou et de la Touraine, le mot désigne un bras mort de la Loire.

Mort, ce vin ne l'est pas, assurément; mais de Loire, sans aucun doute.

Espiègle, il s'entortille dans votre nez comme un tourbillon entre deux bancs de sable, mélangeant cassis, griottes et groseilles à maquereau - un registre plutôt vif, donc. La bouche n'est pas en reste, qui vous emmène sur l'autre rive, plus loin, du côté du Macassar - Dieu que la Loire est large, ici! Ou serait-ce la Vienne? Quoi qu'il en soit, nous voici le palais plein d'épices, de poivre et de réglisse, notamment. Nous poussons même une pointe du côté de Mokka, le café vert se mêle au cacao, mais aucune vanille à l'horizon, aucun grillé non plus. La finale revient sur le fruit noir, le fleuve s'assagit un peu, il coule, presque indolent, à présent, vers les berges de la sérénité. La sienne, et la nôtre.

A ce qu'on dit, Donatien Bahuaud était un fouineur, un défricheur, un découvreur de vins. Si l'homme a disparu, son message est toujours vivant, même si la maison fait maintenant partie du Groupe Ackerman.

En témoigne l'assemblage des deux terroirs qui font ce vin: coteaux calcaires et sables des bords de Loire.

A noter que pour cette cuvée, les experts de la maison (Séverine Lepaul et Frédéric Nouet) se sont adjoints les services d'un magicien de l'élevage en barriques, Jacques Lurton.

Le mot magicien n'est pas usurpé; si ce Chinon a vu le bois, il l'intègre si bien qu'on le perçoit à peine. Il a gagné en structure, sans doute, mais sans rien perdre de sa délicatesse.

Pour un coup d'essai (car c'est le premier millésime de cette cuvée), c'est un coup de maître.

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00:09 Écrit par Hervé Lalau dans France, Loire | Tags : donitien bahuaud, ackerman, chinon | Lien permanent | Commentaires (3) | | | |