01 mars 2014

Vinalies 2014, c'est parti!

Les Vinalies, c'est reparti! 

Première mâtinée de dégustation avec mon nouveau jury. Présidente: Nadine Adenis-Franjus, sympathique oenologue languedocienne, et blogueuse à ses heures (Le Blog du BIB, c'est elle). Je retrouve deux complices de ce concours (et de bien d'autres, notamment les Sélections Mondiales de Québec), à savoir Emanuele Pellucci, confrère journaliste florentin, et André Caron, toute jeune retraité de la SAQ, qui démarre une activité de consultance. Et je fais la connaissance de Pascal Gachet, oenologue-conseil à Saint Foy la Grande.

 

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Nadine, notre présidente

Première série: 17 blancs secs. Une demi-douzaine de sauvignons pour commencer (un peu végétaux), puis sans doute des chardonnays et peut-être un muscat. Je parie sur le Languedoc, peut-être même Limoux pour les Chardonnays.

Deuxième: 16 rouges. Plutôt chargés en alcool (record: 15,8% alc.), plutôt tanniques. Là, c'est selon: il y a les vins aux tannins mûrs... et les autres. En moyenne, une série assez éprouvante qui m'a fait regretter la légèreté des vins de Loire ou de Bourgogne.

Je les situe plutôt en Afrique du Sud ou en Amérique du Sud, mais sans conviction. 

J'attends de voir la liste des origines pour savoir si je me suis planté à nouveau, comme c'est régulièrement le cas. J'ai beau me jurer à chaque fois qu'on ne m'y reprendra pas, je ne peux m''empêcher de jouer à ce jeu, et je retombe systématiquement dans le panneau!

15:38 Écrit par Hervé Lalau dans France, Vins de tous pays | Tags : vinalies, concours | Lien permanent | Commentaires (6) | | | |

Mimi, Fifi et Glouglou sont dans un tonneau... Lalau tombe à l'eau

"Qui connaît les cépages, sait rarement apprécier le vin: exactement comme les plus grands linguistes savent peu goûter la littérature. Et vice versa (...). Car toute oeuvre d'art, quoiqu'on l'étudie et qu'on doive l'étudier, au fond ne peut être qu'aimée. Et quand on aime, amis, on n'a jamais un sourire de connaisseur".

Cette citation, je la découvre sous la plume de Sébastien Lapaque, dans le Figaro Vin, à propos du livre "Fifi, Mimi et Glouglou". Elle est de Mario Soldati, qui, en plus d'être un écrivain et un cinéaste accompli, a écrit des guides de vin. Je l'ignorais.

Cette citation me démange, d'interpelle, me titille.

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J'aime/j'aime pas

D'un côté, j'ai envie d'adhérer, en vertu du Premier Commandement de ma Table de la Loi (alias, Principe de Lalau): "Il y a deux sortes de vin. Ceux que j'aime et ce que je n'aime pas. Après, j'explique pourquoi."

De l'autre, j'ai envie de protester. Pas au nom de la corporation, parce que je fais partie des "connaisseurs" - à défaut d'en avoir toujours le sourire. Non, au nom de la connaissance, justement. Pourquoi mieux connaître un vin m'empêcherait-il de l'apprécier? C'est plutôt le contraire. Pouvoir remettre un vin dans son contexte, le terroir, le millésime, l'assemblage, le producteur, ce n'est pas qu'une aide à l'écriture, qu'une béquille pour commentateurs en mal de commentaires. C'est toucher à l'essence du vin, à sa raison d'être - sa différence, son identité. Et je crois que ça mérite d'être expliqué.

Tout en sachant, bien sûr, que les mots que j'emploierai ne parleront pas forcément à tout le monde.

La dégustation à la Soldati, pour séduisante qu'elle soit - notamment par son côté iconoclaste ("donnons la  parole au peuple des buveurs!), présente un gros travers: elle n'est guère propice à l'échange.

Car qui me dit que ce que j'aime, tu l'aimes? Si l'on ne va pas un pas plus loin, si on ne dit pas pourquoi on aime ou pas, si on ne s'écoute pas l'un l'autre, le vin perd toute valeur de partage; il est ravalé (c'est le cas de le dire) au rang de simple boisson. Qui aurait l'idée saugrenue de discuter de ses impressions à propos d'un Coca-Cola ou d'un Schweppes? Pour autant qu'on maîtrise un bagage minimum, le vin, lui, est propice à bien des discussions. Ce serait dommage de s'en priver. Combien de diners de famille ont été sauvés par le vin, quand la politique, l'argent, le sexe... auraient risqué de déclencher la bagarre générale...

Alors certes, il ne s'agit pas de tomber dans la pédanterie, de discuter du sexe des anges ni de leur part dans la vinification devant des gens qui savent tout juste ce que c'est qu'un cépage. Le secret d'une bonne communication, en vin comme en toutes choses, c'est de connaître celui à qui l'on parle. Mais ne rien expliquer au prétexte que nous serions tous "naturellement" aptes à juger les vins, c'est sauter des prémisses à la conclusion. C'est aussi poser un drôle de postulat: celui selon lequel il faudrait se mettre au niveau du moins connaisseur quand on parle le vin. Voire ne plus parler du tout.

La peur du ridicule?

J'ai eu l'occasion de donner des formations à des gens qui ne connaissaient rien au vin. Je ne leur ai pas parlé d'emblée des vertus de la complantation dans les Grands Crus d'Alsace ni de mes craintes vis à vis de la cryoextraction à Sauternes.

J'ai plutôt cherché, d'abord, à leur faire prendre conscience de la richesse de l'héritage viticole - pas seulement au plan français, mais au plan mondial, car il est bien des pays dont l'histoire est au moins aussi importante pour le vin que le nôtre. Et bien sûr, j'ai cherché à leur faire comprendre qu'ils avaient sur eux le plus bel appareil d'identification et d'appréciation du vin: l'ensemble constitué par leur nez, leur bouche et leur cerveau.

Je leur ai bien précisé que rien de ce que je leur dirais ne pourrait remplacer ce qu'ils ressentent. eux-mêmes. Mais qu'en s'efforçant de mettre des mots, des parfums, des allégories, des idées sur leur sensations, ils les reconnaîtraient plus facilement, et qu'ils auraient au final plus de plaisir à déguster et à boire.

Je m'efforce toujours de dédramatiser - pour certains, le vin éveille des craintes, la peur de l'inconnu, la peur de la complexité, la peur d'être ridicule. J'essaie de les apaiser. Je ne nie pas la complexité, le besoin d'apprendre, je me mentirais et je leur mentirais si je leur disais qu'il suffit de mettre le vin en bouche pour en avoir, d'emblée, la révélation.

Disons que je leur mets le pied sur la première marche de l'escalier. Ainsi commence l'apprentissage, qui, pour autant qu'on ait l'envie de poursuivre, pour autant qu'on ait un peu de passion pour le sujet, ne finit jamais.

Personne n'est obligé se s'intéresser au vin. On peut préférer les timbres de collection, les trains miniature, le shopping compulsif, les belles carrosseries, la peinture abstraite ou le cinéma d'art et d'essai. Mais si l'on s'intéresse au vin, autant se donner les moyens d'apprécier. Ne brûlons pas les étapes. Sachons prendre le temps d'éveiller nos sens et notre compréhension de ce qu'ils nous font entrevoir.

Ce message passe généralement bien. Je pense que c'est parce qu'il est à la fois accessible et honnête.

Bien sûr, pour des dégustateurs plus aguerris, je vais affiner, leur faire toucher du doigt, ou plutôt de la papille, ce qu'ils aiment et pourquoi. Habiller tout ça d'un peu d'histoire, de terroir - humaniser la simple perception d'un goût, aussi. Mais toujours dans le but de maximiser le plaisir de leurs découvertes. Découverte des attraits du vin, mais aussi, découverte d'eux-mêmes, de leur sensibilité, de facultés latentes qu'il ne tient qu'à eux de développer.

Le goût s'éduque aussi

Bref, je crains qu'à opposer ceux qui aiment (et sans se poser la question de leur expérience, de leur bagage) à ceux qui savent (sans se demander ce qu'ils en font), on passe à côté de la vraie question.

On ne reconnaît que ce que l'on connaît déjà. Le goût s'éduque. Quiconque n'a jamais bu de Vin Jaune ou de Sherry ne peut savoir ce que c'est que l'oxydation ménagée, délibérée. Ce que la plupart des gens pourrait prendre pour un défaut, dans d'autres vins, est ici un élément d'identité. Cela mérite d'être expliqué.

Quiconque aborde le vin par les rosés demi-doux sera choqué au premier verre de rouge sans sucre résiduel. Pourquoi croyez vous que certains de nos amis Australiens laissent 3 ou 4 gramme de sucre dans leurs monstrueux cabernets-syrahs? Il faut des années pour former un palais. Certains producteurs préfèrent vendre en attendant.

Faute de faire cet effort (pour autant qu'on ait un peu d'intérêt pour le vin), on en reste au j'aime/j'aime pas. Et ce n'est pas la subjectivité qui me gêne, en l'espèce; c'est plutôt qu'elle n'est basée sur aucune expérience.

De même qu'on ne parle pas une langue sans l'avoir apprise, on ne peut parler le vin sans avoir un minimum d'années de dégustation derrière soi. De même que ce n'est pas en abaissant tous les ans le niveau d'exigence au bac qu'on forme mieux nos jeunes, ce n'est pas en simplifiant à outrance le message vin qu'on donnera vraiment la culture du vin aux masses.

Alors, nous rappeler, nous autres "experts", à plus de modestie, à moins de verbiage, d'accord.

Ce n'est pas la première fois, et ce ne sera pas la dernière.

Il y a eu cette étude anglaise, qui "révélait"  que les consommateurs ne perçoivent pas les vins comme nous. Tiens donc! Puisqu'on en est aux comparaison idiotes, je tiens à préciser que je ne comprends rien aux sciences et à la médecine en particulier; je ne mets pas en doute la compétence de mon docteur pour autant. 

Il y a eu aussi l'étude californienne qui soulignait qu'un tiers des experts ne parviennent pas à reconnaître un vin dégusté la veille, ou quelque chose du genre. Sur la base d'un sondage personnel, je vous révèle, moi, qu'un tiers des consommateurs savent plus ce qu'il ont bu la veille. Vous voyez que nous sommes plus proches du public qu'on ne veut bien le dire!

Plus récemment, je vous ai parlé de cette cave néozélandaise qui brocarde gentiment, sur ses étiquettes, nos tics de langage. Je vous ai dit aussi que je trouvais qu'elle ne faisait que la moitié du boulot: car elle ne propose rien à la place. Nada. "Ceci est du vin. Buvez!"

En résumé, je suis prêt à boire ma honte jusqu'à la lie, à faire amende honorable, à repartir du bon pied. Promis, demain, j'e m'efforcerai d'avoir la vulgarisation plus intelligente et plus intelligible.

Mais je me refuse à faire croire aux gens qu'il existe un goût inné pour le vin, que la nature fait toujours bien les choses, que n'importe quel petit Français est capable d'apprécier un bon vin, qu'il suffit de boire des coups.

A les flatter dans le sens du poil ou de la vibrisse.

Ce serait tomber dans la caricature, la démagogie, le nivellement par le bas.

Il faut connaître (un minimum) pour apprécier (un maximum).

Pour plus d'info sur Mimi, Fifi et Glouglou: ICI


00:05 Écrit par Hervé Lalau dans France, Vins de tous pays | Tags : vulgarisation, acquis, inné, vin, dégustation | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |