24 mai 2014

La tradition a bon dos

En 1832, André Jullien publie la troisième édition de son ouvrage "Topographie de tous les vignobles". Ouvrage primé par l'Académie des Sciences, à titre posthume, hélas, car Jullien meurt la même année du choléra.

Comme il a l'esprit statistique (il a été négociant en vins à Paris), son ouvrage est une mine de chiffes dont certains ne laissent pas de surprendre aujourd'hui.

Ainsi, on peut y lire que la Lorraine abrite 37.000 ha de vignes (contre 180 ha aujourd'hui), qui produisent 1.260.000 hl.

Alors que dans le même temps, l'Alsace ne comptait "que" 29.300 ha (soit deux fois plus qu'aujourd'hui) pour une production de l'ordre de 840.000 hl (1,1 million aujourd'hui).

Moins que ces chiffres bruts (rappelons nous que la consommation par habitant est bien plus élevée qu'aujourd'hui, le vin étant à l'évidence la plus hygiènique des boissons de l'époque), c'est la comparaison entre les deux régions qui est édifiante. 

Plus surprenant encore, toujours selon Jullien, en 1830, l'Auvergne possède plus de 26.000 ha de vignes. Presque autant que toute la Bourgogne, aujourd'hui.

Moralité: la tradition, au sens viticole, est une chose bien relative.

Ce que nous prenons pour immuable, ce que nous prétendons sauvegarder, pérenniser, graver dans le marbre au nom des traditions n'a bien souvent que la consistance du sable. La tradition, c'est ce qui nous arrange de nous souvenir, une reconstruction de l'histoire à des fins idéologiques ou commerciales.

Voilà pourquoi il n'est pas si ridicule de vouloir planter de la vigne en Normandie ou en Bretagne - où elle a été beaucoup plus présente avant que le développement des transports n'entraine une spécialisation des zones agricoles. 

Ce qui est plus ridicule, à mon sens, c'est de vouloir figer l'histoire. De nous rogner les ailes, en édictant des règles inutiles et bien souvent contournées. Si le catalogue des cépages avait été en vigueur en 1832, si les barrières administratives avaient été aussi rigoureuses qu'aujourd'hui, si les cahiers des charges des AOP avaient existé, sans doute n'aurions nous pas de grenache en France. La syrah n'aurait pas conquis le Languedoc. Le Gamay serait toujours abondant en Champagne. Le Malbec (ou noir de Pressac) serait encore le cépage de référence du Médoc, avec le Carménère. Il n'y aurait pas de Pinot Blanc en Alsace. Pas de Chardonnay à Limoux. Le Marselan n'existerait pas, le Caladoc et le  Gamaret non plus. Sans parler des mouts concentrés. 

09:06 Écrit par Hervé Lalau dans France | Tags : tradition | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

22 mai 2014

"Mes" Faugères

Voici ma sélection des Faugères présentés lors de Millésimes Languedoc, le mois dernier.

Il s'agissait principalement de 2011. Impression générale: très bonne, mis à part quelques "grandes cuvées" adeptes de la "gonflette". Sans doute l'appellation la plus homogène dans la qualité de toutes celles que j'ai pu juger ce printemps.

Les Fusionnels cuvée In Tempus 2010 

45% syrah, 25% grenache, 15% mourvèdre,15% carignan.

Tannins soyeux, boisé discret, fondu, belle structure, finale sur le fruit noir. 14/20

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Hecht et Bannier Faugères 2011

Déjà présenté ici 

Mas Onésime Le Paradis Caché 2011

50% syrah, 30% mourvèdre, 10% grenache, 10% carignan. Vinification par parcelles.

Griotte au nez, tannins super suaves en bouche, un bel équilibre tension/rondeur. 15/20

Mas Onésime cuvée Insoumis 2011

45% carignan, 35% syrah, 20% grenache 

Joli fruit noir, assez vif, un peu rustique - mais est-ce un défaut? 14/20

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Château de Ciffre Lorgeril Terroirs d'Altitude 2011

55% syrah, 35% grenache. 50% du vin sont passés en cuve, 50% en barrique de 600 litres.

Fin, griotte, fluidité, velouté, les tannins viennent couronner l'ensemble 14,5/20

Bon rapport qualité prix (10,8 euros environ)

Abbaye de Sylva Plana Le Songe de l'Abbé 2011

40% carignan, 25% syrah, 20% grenache 15% mourvèdre. Une partie du vin va en cuve, en partie en barrique. Viticuilture bio.

Très fruité au nez (fraise, cerise à l'alcool), des tannins présents mais enrobés, une bonne acidité - l'abbé a un peu de ventre mais l'esprit vif! 15/20

faugères, 2011

 

Domaine de Cébène Cuvée les Bancèls 2011

Syrah 50%, le reste de grenache, de mourvèdre et de carignan. Cuve uniquement.

Du fruit noir en veux-tu en voila, une bouche fraîche et aréienne, quelques belles notes fumées, une finale de pierre à fusil, du plaisir de bout en bout. Et quelle pureté! 14 euros. 16/20

Domaine de Cébène Cuvée Felgaria 2011

75% mourvèdre, 25% syrah.

Beaucoup de fruit noir, un peu de menthe, des herbes de la garrigue, le bois soutient mais ne domine pas 14,5/20. 30 euros, tout de même. Mais quand on aime.... 15/20

faugères, 2011

Abbaye de Sylva Plana La Closeraie 2012

Syrah 35%, grenache 25%, mourvèdre 25%, carignan 15%

Un vin tout d'une pièce, de la confiture de mûre et de myrtille au nez comme en bouche, une bouche réglissée, alerte, et à nouveau pierre à feu en finale. 15/20

Château La Liquière Cuvée Cistus 2013

Pureté du fruit de la syrah mûre, beaucoup de fraîcheur mais aucune verdeur. Fruit noir croquant, peu d'acidité et pourtant de la vivacité, du cacao, du café, et comme un grain de sel en finale. 16/20

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Cistus, le vin et un de ses auteurs (famille Vidal-Dumoulin). 

Les Tourelles 2011

Déjà commenté ICI. 16/20

 

00:17 Écrit par Hervé Lalau dans France, Languedoc | Tags : faugères, 2011 | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |