29 mai 2014

Renouons avec 5 de nos Aix

"Côteaux d’Aix en Provence. Rosés légers, faciles, à boire jeunes". La citation est extraite de "Vins et Millésimes", aux éditions Hachette. Une référence. Je m'inscris en faux. Et je le démontre, avec quatre 2012 et un 2011.

Rien qu’en rosés, la palette des vins est à ce point riche qu'on ne peut les réduire à de telles approximations. Une visite sur place permet de s’en assurer.

Les rosés concentrés existent en Coteaux d’Aix… je les ai rencontrés! Pas plus tard que l’été dernier.  Et pas forcément dans les cuvées de prestige. Ce billet ne vise pas à l'exhaustivité, ce n'est qu'un petit tour dans les vignes, alors maintenant, à vous de jouer...

Aix-tension

Entre la Montagne Sainte Victoire (où les vignes méritent bien le nom de coteaux), la plaine de Salon, l'étang de Berre, la chaîne de l'Estaque et même la Côte Bleue, l'aire des Coteaux d’Aix est plutôt hétérogène. Elle englobe 47 communes des Bouches du Rhône et deux du Var… «Des sols riches, baignés par le soleil 
et vivifiés par le Mistral», nous dit le syndicat.

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Sur la route de la Sainte Victoire

Mais tout n’est pas planté en vignes, bien sûr. La production se répartit entre 66 caves particulières et 12 coopératives.

La production est de l’ordre de 200.000 hl, dont 15% sont exportés. Premier déboucher étranger: la Belgique.

Répartition par couleur: environ 75% de vins rosés, 20% de rouge et 5 de blancs.

Derrière l’appellation se profile une grande diversité. Si les deux cépages de base des assemblages sont le grenache et le cinsault, on trouve des cuvées à dominante syrah, ou même cabernet. Quant à parler d'effet terroir, parlons plutôt de terroirs au pluriel. Le calcaire domine au niveau des sous sols, mais la couche superficielle peut varier (sables, graviers, cailloux) avec un effet sur la maturation des raisins, et donc le choix des cépages; et surtout, compte tenu du relief (chaînes de l’Estaque, de la Fare, d’Eguilles, de la Trévaresse…), il existe une grande diversité de microclimats.

On trouve même près de Rognes des terres volcaniques - les restes du cratère du seul volcan provençal!

Voici donc une très courte de sélection, cinq domaines, cinq cuvées (pas forcément les plus chères, c’eut été tricher) cinq bonnes raisons de renouer avec ses Aix. Non, je ne pense pas à notre président.

Une sixième en prime: la région est belle, vallonnée, elle propose de jolis points de vue, des routes pittoresques, entre vignes et oliviers, pinèdes ; et puis toujours, au loin les lignes bleutées de la Saint Victoire, quand ce n’est pas une crête calcaire plus proche; de belles places ombragées sous les platanes, toute la panoplie de la Provence qu’on aime, mais moins de touristes qu’au littoral – bref, c’est un plaisir que de jouer à saute-villages, de cave en cave. Pourquoi pas cet été? Suivez le guide...

Château Bas Cuvée Le Temple Rosé 2011

Le domaine (80 hectares de limon et argiles sur sous-sol calcaire) se situe à Cazan, entre Lambesc à Mallemort.

Le vin sélectionné ici est plus âgé d’un an que les autres rosés présentés dans cet article, vous l’aurez noté. Léger, facile? Que non ! Plutôt solide et déjà bien parti pour la garde. Rien de plus logique, puisque cette cuvée rend hommage aux ruines d’un vieux temple romain! Philippe Pouchain l’élabore à partir de Syrah et de Cabernet Sauvignon – un cépage bien acclimaté en Provence. Il les travaille en macération pelliculaire puis saignée. Ce robuste attelage nous propose un vin bien épicé mais aussi bien mûr (groseille, grenadine, agrumes, c’est tout e une macédoine de fruits !); la bouche présente quelques notes d’eucalyptus et une pointe de cacao (sans doute le témoignage des 4 mois de séjour en barrique, sur ses lies.

Seul hic : difficile de se décider entre le plaisir d’aujourd’hui et l’attente d’une évolution…

Domaine Saint Hilaire Rosé 2012

Fief de la famille Lapierre depuis 2 siècles, ce domaine de 60 ha, longtemps surtout oléicole s’est spécialisé dans la viticulture dans les années 1950. Une génération plus tard, c’est Yves Lapierre que est aux manettes.

Nous sommes à Coudoux, le long du Canal de Marseille, et au pied de la chaine de la Fare, qui ondule vers l’Ouest jusqu’à l’étang de Berre. Le vignoble est planté en coteaux orientés au Sud.

Et maintenant, le vin.

La belle robe saumonée aux reflets de framboise de ce 2012 habille joliment le verre. Humons le.

Tiens, aucun pamplemousse. Pas de bonbon anglais non plus, c'est du fruit naturel, ma bonne dame, de la framboise, de la groseille, de la grenade et même une pointe de melon (on est en Provence, tout de même).

La bouche est plus vive que le nez riche ne le laissait présager. Vive, mais assez ample. L’acidité n’empêche pas une certaine souplesse, voire de la tendresse. En finale, de l'abricot et des fruits secs le disputent à l'amer - une note toujours bienvenue pour relancer les papilles. Merci Saint Hilaire!

Château de Beaupré Rosé 2012

Avec un nom comme ça, on se sent déjà sur in voilier, environné d'embruns, de sels et d'iode. Et j'en ai trouvé! De la puissance, aussi, sous les ballots d'épices. Et du citron plein la cale. A boire rapidement? Voire. La belle structure de la coque promet une longue traversée.

Malgré son nom, le domaine est situé loin dans les terres, à Saint Cannat (entre Aix et Lambesc). Les 42 ha du domaine, se nichent dans les bois, au pied des collines de la Trévaresse,

Le rapport avec la mer, alors? Il y en a bien un. Les propriétaires, la famille Double, étaient armateurs à Marseille et ce château était leur "campagne", leur demeure de vacances.

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Camaïssette Rosé 2012

Camaïsse est un petit hameau d'Eguille, village perché des coteaux d'Aix - où pour une fois, le mot coteau n'est pas qu'une figure de style. Camaïssette, quand à lui, est le nom d'un domaine viticole sur la route de Saint Cannat - les mélomanes connaissent, c'est près de la Roque d'Anthéron, qui accueille en juillet et en août un des plus grands festivals de piano au monde.

Mais quelle partition nous joue le rosé 2012 de Camaïssette? Est-ce l'explosion d'un carmina Burana? Ou la dentelle d'un nocturne de Chopin?

Ni l'un ni l'autre. L'attaque est vive comme un trille de flûte traversière, sur les agrumes (zeste de pomelo). La bouche, elle évoquerait plutôt un pizzicato de violon. C'est épicé, enlevé. 

La finale présente une légère amertume, bienvenue, d'ailleurs - pour rester dans l'allégorie musicale, puisque c'est la voie étroite et difficile que j'ai choisie pour ce commentaire, c'est un peu comme le dernier coup de cymbale qui ponctue la fin de l'œuvre. Ah non? J'oubliais la pointe de minéralité sans laquelle une note de dégustation ne serait plus crédible (!).

En résumé, un programme - pardon, un rosé assez complet, une œuvre exécutée de façon assez moderne - je n'ai pas dit techno, et qui laisse l'envie d'un rappel. 

Domaine Lefèvre Cuvée Pomponette 2012

Les fleurs de cette pomponette là ne fleuriront pas une tombe à la Toussaint! Mais dans notre palais. 
La robe assez légère, saumonée, ne laisse pas présager la densité, la puissance de ce rosé. Le nez est fleuri, bien évidemment. Mais certainement pas fané! La bouche évoque plus le zeste d'orange, avec une finale épicée.

Un vin bio de caractère, qui nous vient des confins Sud-Ouest des Côteaux d'Aix, de Miramas, tout près de l'Etang de Berre. Aix est bien loin, les "coteaux" sont plutôt plats, mais le vin est bon, et c'est ce qui compte.

A noter la présence dans cette cuvée d'une bonne proportion de Rolle - et oui, on peut mélanger des cépages blancs et rouges en Provence, à condition que ce soit avant la vinification.

Quelle différence avec l'assemblage de vins faits? Autant discuter du sexe des anges. Quoi qu'il en soit, un nom à retenir.

Contacts

Château Bas: +33 4 90 59 13 16

Château de Beaupré: + 33 4 42 57 27 90

Domaine de Camaïssette: +32 4 42 92 57 55

Domaine Lefèvre : +33 4 90 58 02 02

Domaine Saint Hilaire: +33 4 42 52 10 68

08:39 Écrit par Hervé Lalau dans France, Provence | Tags : coteaux d'aix, vin, provence | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

27 mai 2014

Moulin de la Roque Grande Réserve Rosé 2013

Si la Provence est réputée pour ses rosés, Bandol, lui, brille d'abord par ses rouges;

Mais ne dédaigne pas la couleur tendre. En voici un exemplaire, signé du Moulin de la Roque, un groupement de producteurs dont j'ai déjà eu l'occasion d'apprécier les cuvées parcellaires de rouge, qui mettent si bien en avant le terroir complexe de l'appellation). 

Si je devais résumer en un mot la robe de ce rosé, je dirais: saumonée; pour le nez, j'écrirais: tropical (mangue) et pour la bouche: épicée.

Le plaisir est une chose simple, n'est-ce pas, alors pas besoin de longs discours.

Tout de même, ce rosé est assez long, et même complexe en bouche, alors rajoutons quelques mots en vrac: mourvèdre, grenache, cinsault; sec, vif, tendre, eau de rose, thym, fénugrec, garrigue.

De tous ces mots, faites bon usage, et buvez un bon coup là dessus!

 

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Plus d'info: Moulin de la Roque

00:03 Écrit par Hervé Lalau dans France, Provence | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |