18 janvier 2015

Valençay, ça vous dit?

Valençay présente la particularité assez unique d'être à la fois le nom d'un château, d'une AOP de fromage de chèvre, et d'une AOP de vin. Si vous en voyez d'autres, faites-le moi savoir.

Le château, je vous l'avoue, je ne l'ai jamais visité - c'est sans doute un tort, car il a l'air intéressant; le fromage, je n'en ai pas mis souvent à ma table, n'étant pas un grand amateur de chèvre; quant au vin, je crois bien que c'est la première fois que j'en bois - vous voyez, même à mon âge, j'ai encore pas mal de lacunes.

A la décharge, cette AOP n'étant affiliée ni à Interloire, ni au bureau des Vins du centre, sa visibilité pour nous, professionnels, est assez limitée. 

valençay

C'est là un des hics de ce métier: bien sûr qu'on aimerait parler de tout et de tous, pourvu que le vin soit bon. Bien sûr qu'on aime faire découvrir des choses moins connues. Mais il n'y a que 365 jours par an, et le temps passé à déguster les vins de ceux qui sont proactifs ne vous en laisse pas beaucoup pour les autres.

Ce vin, par exemple, ne m'a pas été envoyé, ni conseillé, je n'en avais même jamais entendu parler; je suis tombé dessus par hasard chez Monoprix, je l'ai acheté moi-même, pour voir, pour boire, pour ne pas mourir idiot.

Mais assez parlé de moi.

Valençay se trouve dans le nord de l'Indre, mais l'aire de production des vins déborde un peu sur le Loir et Cher, aux alentours de Celles-sur-Cher - tiens, encore un fromage de chèvre! C'est là que se trouve le Claux Delorme, un domaine de 14 ha où l'on vinifie aussi de l'AOP Touraine. En 2004, Les propriétaires, M et Mme Minchin, déjà vignerons à Menetou Salon, ont eu le coup de foudre pour ce petit coin de campagne entre Boischaut Nord et Sologne. 

L'AOP regroupe une vingtaine de producteurs; elle couvre 165 ha. Les sols comprennent des argiles à silex, mais aussi des sables.

Longtemps surtout dévolue au rouge (gamay et côt, essentiellement), elle a vu la part du blanc progresser ces dernières année. C'est d'ailleurs un blanc que je vous présente aujourd'hui, un sauvignon de 2013.

J'ai apprécié  ce vin pour son côté tranchant; si vous aimez le gras, l'opulence, vous serez peut-être déçu, mais si vous aimez la fraîcheur, le jus de citron, la rose, le litchi, voire une pointe d'amertume en finale, et si vous n'avez pas d'allergie particulière vis-à-vis des sauvignons qui sauvignonnent (bonjour, Marc!) ce vin est pour vous. 

Servez-le accompagné des plats en sauce, ou naturellement onctueux, et il fera très bien l'affaire. 

00:22 Écrit par Hervé Lalau dans France, Loire | Tags : valençay | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

17 janvier 2015

Faut-il réapprendre à déguster?

Voici une phrase qui m'interpelle. Elle est signée Thierry Germain (Domaine des Roches Neuves, Saumur-Champigny).

«Faut-il réapprendre à déguster ? Il est de plus en plus difficile d’apprécier un vin de grande expression tant nous sommes habitués à goûter les vins techniques, ronds, gras et sucrés que le monde nous a dictés».

Association d'idées, ceci me fait repenser à la répartition des vins (et de leurs adeptes) en deux blocs, selon le critique américain Eric Asimov - à moins qu'il s'agisse de mon excellent confrère québécois Marc-André Gagnon (je n'ai pas pu les départager). A savoir, les vins A et les vins B.

Les premiers étant les vins dits "européens", plus acides, plus "tendus". Plus cerise, pour les rouges, au moins.

Les seconds étant les vins du "nouveau monde", plus ronds, plus sucrés. Plus pruneau.

Si on croise les deux conceptions, celle de M. Germain (qui est grosso modo celle de beaucoup de vignerons bio ou biodynamistes, notamment), et celle de MM. Asimov ou Gagnon, on en arrive à la conclusion que les vins européens ont le plus d'expression.

Je ne suis pas convaincu. 

Je pense qu'il y a plein d'exceptions. 

Il faudrait faire le tri selon les cépages et la latitude, notamment. Un grenache n'aura jamais le profil d'un sangiovese. Un viognier celui d'un sauvignon.

Et où classer des vins peu alcooleux, acides ET sucrés comme ceux de la Moselle allemande?

Enfin, j'ai dégusté des pinots noirs chiliens, ou des chenins sud-africains qui n'avaient rien à envier à leurs homologues européens en terme d'expression. Par ailleurs, l'Europe ne manque pas de vins techniques non plus. 

Je crains bien que cette classification ne soit trop réductrice.

Et vous?

09:27 Écrit par Hervé Lalau dans Afrique du Sud, Allemagne, Chili, France, Italie, Languedoc | Lien permanent | Commentaires (3) | | | |