16 février 2015

1855 victime des Primeurs? Ch. Journalistes spécialisés...

Extrait d'une dépêche de l'AFP datée du 11 février, au sujet de l'amende requise par l'Autorité des Marchés Financiers à l'encontre de la SA 1855:

"1855 vendait des grands crus de Bordeaux en primeur à ses clients, à savoir peu après la récolte alors que le vin est encore en vinification, mais ne les livrait que deux ans après au moment de la mise en bouteille. Le problème est que la société voyait parfois le prix des bouteilles s'envoler en deux ans et devait donc les acquérir auprès du producteur à un coût bien supérieur à celui facturé aux clients. Dans certains cas, le vin n'était même plus disponible."

Voila une drôle de façon d'expliquer les choses.

Je me permets de faire observer que 1855 n'aurait pris aucun risque de voir les prix s'envoler, si la société avait effectivement acheté en Primeur les vins qu'elle était censé vendre.

Ses clients payaient des acomptes pour se faire livrer des vins dont ils étaient persuadés que 1855 les détenait déjà. Car comment pouvaient-ils imaginer que 1855 puisse proposer à la vente ce qu'il ne possédait pas encore? Et pire, quelque chose dont il n'était même pas sûr de pouvoir se le procurer. Les faits semblent démontrer, au contraire, que 1855 vendait souvent à découvert.

En cas de doute sur la possibilité de se procurer les vins, 1855 n'aurait jamais dû encaisser les chèques de ses clients, mais les mettre en attente. D'après certains clients, pourtant, ce n'était pas le cas - autant l'information sur les livraisons circulait lentement, autant les encaissements étaient rapides.

Rien de nouveau là dedans, 1855 et son système ont déjà fait l'objet de bien des commentaires.

Si je vous en parle à nouveau, aujourd'hui, c'est que la phrase de l'AFP réveille en moi une grande frustration. 

Au risque de me répéter, il me semble que la rédaction des dépêches concernant le marché des vins devrait être confiée à des spécialistes, ou au moins relue par des spécialistes. Ne croyez pas que je prêche pour ma chapelle, c'est juste qu'une bonne information est à ce prix.

Car des dépêches de ce genre sont abondamment reprises par les journaux et magazines clients de l'AFP, le plus souvent sans aucune relecture, et peuvent donc contribuer à la propagation d'informations approximatives, voire tendancieuses.

Dans le cas de la phrase ci-dessus, à la lire, c'est tout juste si l'on ne penserait pas que le pauvre 1855 a été victime d'un système, celui des Primeurs!

00:38 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux, France | Lien permanent | Commentaires (5) | | | |

15 février 2015

A propos du Grand Jury Européen, de la critique, de la théorie du complot, de l'anonymat...

Le Président du Grand Jury Européen, François Mauss, a posté sur son blog un article traitant de sa méthodologie et de son évolution. C'est ICI.

Les commentaires, nombreux, ont vite tourné à l'aigre. Je n'ai pas pu m'empêcher de poster le mien, que je me permets de reproduire sur ce blog.

Je trouve assez effarante la polémique sur l'indépendance du GJE. Pourquoi tant de suspicion? On ne demande pas autant de garanties aux magazines recevant de la publicité, ni aux concours qui ne publient jamais aucune note et ne sélectionnent jamais de vin à l'entrée, ni aux guides qui utilisent des courtiers, négociants et producteurs! Et que faut-il penser des comptes rendus des Primeurs, dégustations-abattages de vins non finis et préparés pour l'occasion?
Je précise que je n'ai aucun lien avec le GJE. Et que je ne suis pas un inconditionnel des grands crus. 
D'ailleurs, mon souhait serait qu'il ouvre ses dégustations à des vins moins cotés - tiens, vu la polémique sur le dossier Roussillon de Decanter, j'aimerais bien que le GJE s'intéresse aux rouges de cette belle région.

J'ajoute que je suis gavé de l'esprit négatif qui règne aujourd'hui dans bien des domaines; rien de ce qui préexiste, rien de ce qui se crée, rien de ce qui se transforme ne trouve grâce aux yeux de certains de nos contemporains. 

Vous êtes Charlie? Vous faites partie du complot. Vous n'êtes pas Charlie? Vous faites partie de l'autre complot. Vous primez un vin? C'est que vous aviez un intérêt caché, des accointances suspectes; vous critiquez un vin nature - vous n'êtes qu'un incompétent - pire, un vendu à la solde du grand capital. Vous ne le critiquez pas? Vous avez succombé à une mode.

Bien sûr que tout est critiquable, que tout doit pouvoir être examiné. A condition bien sûr qu'il y ait matière à questionnement. Mais pourquoi toujours voir le mal partout? Pourquoi toujours chercher un agenda caché dans les choix les plus simples?

Qu'est-ce qui a fait, par exemple, que je vous parlais hier d'un Rivesaltes des Vignerons de l'Agly, plutôt qu'un autre vin? Rien d'autre que de l'avoir vu dans les rayonnages d'un magasin, et d'avoir été attiré par le nom de François Arago. De l'avoir acheté, par curiosité.

Dans la même semaine, j'ai reçu plusieurs échantillons de vins que je n'ai pas commentés, parce que je ne leur ai pas trouvé un intérêt suffisant pour vous en parler. Ca aurait pourtant été plus facile, et ça ne m'aurait rien coûté.

Je dis ceci pour ceux qui pensent que des considérations économiques dictent toutes nos dégustations, et nos coups de coeur. Et bien non!

Notez que s'en défendre, c'est aussi prêter le flanc à la critique: "vous voyez bien qu'il a quelque chose à se reprocher"... C'est aussi imparable qu'un réquisitoire du temps de la justice soviétique. Ou qu'un prêche, au choix.

Ma conclusion provisoire, si vous le voulez bien, sera la suivante: croyez ce que vous voulez. Je peux me tromper, mal écrire, faire des erreurs de jugement, mais ce sera toujours de bonne foi. Et puis, il y a bien d'autres blogs à visiter.

D'un autre côté, sur celui-ci, contrairement au GJE, je n'accepte plus les commentaires anonymes depuis longtemps.

C'est une question de dignité. Je m'expose, je signe chaque billet, j'attends la même honnêteté de ceux qui me critiquent.

00:34 Écrit par Hervé Lalau dans France, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |