17 février 2015

C'est pas Joly Joly

La décision de Nicolas Joly (Coulée de Serrant) de quitter Interloire m'intéresse au même titre que n'importe quel consommateur.

C'est à dire, pas tellement.

Indépendamment de la faible production de ce cru de 7 hectares, et du le prix de ses vins, son affiliation à une interpro n'est pas de nature (sic) à changer mes habitudes d'achat.

Par contre, ses arguments méritent une petite analyse.

En gros, Monsieur Joly ne veut pas continuer à payer des cotisations pour un organisme, qui, selon ses dires, défend les intérêts de vignerons productivistes et déconnectés du terroir. Pour lui, c'est une question... philosophique.

Primo, je ferai remarquer qu'il ne paie plus ces cotisations depuis assez longtemps - il vient d'ailleurs d'être condamné pour cela. 

Secundo, une interpro n'a pas à faire le tri entre les vignerons, selon leurs méthodes de production.

Une interpro regroupe des appellations, et au sein de ces appellations, tous ceux qui s'en réclament, négociants, caves particulières, coopératives. Bio, biodynamistes, conventionnels. Elle a pour vocation de les défendre tous.

Bien sûr, chacun peut avoir une opinion sur l'efficacité des interprofessions, sur leur stratégie. Mettre en doute le bien fondé de leurs actions. 

Il est même loisible à une AOP de se retirer d'une interprofession pour dépenser ses cotisations à sa guise: c'est ce qu'a fait Bourgueil, par exemple.

Depuis 2011, La Coulée de Serrant est une appellation à part entière - Nicolas Joly en est le seul producteur. Une fois son ODG mise en place (je m'étonne qu'il ait attendu si longtemps), il aura toute latitude de quitter la maison Interloire. 

Mais je lui saurai gré de ne pas en profiter pour déblatérer sur tous ses homologues de la Loire. Qu'il tourne sept fois sa langue dans son dynamiseur avant de justifier une position tout à fait défendable - vouloir vivre sa vie et ne plus payer pour des actions dont il pense ne pas profiter - par des élucubrations vachardes.

Je cite: «Ceux qui cultivent en bio ou biodynamie depuis des décennies et produisent de ce fait des goûts représentants toute l’expression de leurs terroirs, voient leurs cotisations utilisées pour vanter les charmes de vins totalement apatrides: des vins orphelins, sans racine, sans histoire. En aucun cas on ne peut accepter qu’une démarche de puriste depuis plus de 30 ans puisse mettre les vins technologiques et les vins au goût authentique dans le même panier. Or, Interloire, dont  les intérêts sont aussi financiers, n’a jamais voulu entendre cette partie-là des professionnels et ce, malgré les demandes réitérées».

Bonjour la solidarité vigneronne! Monsieur Nicolas, ce n'est pas Joly Joly. 

Votre engagement personnel est respectable, vos vins aussi (sous réserve d'inventaire). Mais ceux de vos collègues ligériens aussi, et c'est vous qui mettez dans le même panier tous ceux qui ne pensent pas comme vous, ne pilent pas la corne de vache comme vous, n'ont pas hérité d'un Grand Cru comme vous. Je souhaite bon vent à votre ODG "auto-entreprise". Vous n'aurez plus à y rendre de compte qu'à vous même, ce qui, sauf à imaginer une grave schizophrénie, devrait vous permettre d'y faire adopter vos idées, à l'exclusion de toute autre. Pensez: vous êtes déjà la seule AOP 100% biodyn. Vous en serez bientôt le seul porte-parole.

Je me demande seulement pourquoi vous n'allez pas encore plus loin: pourquoi ne pas quitter tout à fait le système des AOP - je suppose que cela doit vous gêner de partager ce sigle avec des gens qui n'ont pas reçu l'illumination?

En ce qui me concerne, cependant, je continuerai bêtement à déguster toutes sortes de vins de Loire, même ceux que vous qualifiez d'"apatrides"; qu'ils soient AOP, IDG ou vins de France, sans préjuger de leur valeur biodynamique ajoutée, ni de leur supposé lien au terroir. Mais toujours avec le même sens du devoir; celui d'informer, au-delà de vos anathèmes.

Il y a des vins bio, biodynamiques et nature que j'aime beaucoup (désolé, pas le vôtre, il n'était pas présent lors de ma dégustation des Savennières, l'an dernier); mais il y en a beaucoup d'autres aussi, auxquels je n'entends pas renoncer. C'est une question... philosophique. Il y va de la liberté de goûter.

Je suis Hervé.

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans France, Loire | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

16 février 2015

1855 victime des Primeurs? Ch. Journalistes spécialisés...

Extrait d'une dépêche de l'AFP datée du 11 février, au sujet de l'amende requise par l'Autorité des Marchés Financiers à l'encontre de la SA 1855:

"1855 vendait des grands crus de Bordeaux en primeur à ses clients, à savoir peu après la récolte alors que le vin est encore en vinification, mais ne les livrait que deux ans après au moment de la mise en bouteille. Le problème est que la société voyait parfois le prix des bouteilles s'envoler en deux ans et devait donc les acquérir auprès du producteur à un coût bien supérieur à celui facturé aux clients. Dans certains cas, le vin n'était même plus disponible."

Voila une drôle de façon d'expliquer les choses.

Je me permets de faire observer que 1855 n'aurait pris aucun risque de voir les prix s'envoler, si la société avait effectivement acheté en Primeur les vins qu'elle était censé vendre.

Ses clients payaient des acomptes pour se faire livrer des vins dont ils étaient persuadés que 1855 les détenait déjà. Car comment pouvaient-ils imaginer que 1855 puisse proposer à la vente ce qu'il ne possédait pas encore? Et pire, quelque chose dont il n'était même pas sûr de pouvoir se le procurer. Les faits semblent démontrer, au contraire, que 1855 vendait souvent à découvert.

En cas de doute sur la possibilité de se procurer les vins, 1855 n'aurait jamais dû encaisser les chèques de ses clients, mais les mettre en attente. D'après certains clients, pourtant, ce n'était pas le cas - autant l'information sur les livraisons circulait lentement, autant les encaissements étaient rapides.

Rien de nouveau là dedans, 1855 et son système ont déjà fait l'objet de bien des commentaires.

Si je vous en parle à nouveau, aujourd'hui, c'est que la phrase de l'AFP réveille en moi une grande frustration. 

Au risque de me répéter, il me semble que la rédaction des dépêches concernant le marché des vins devrait être confiée à des spécialistes, ou au moins relue par des spécialistes. Ne croyez pas que je prêche pour ma chapelle, c'est juste qu'une bonne information est à ce prix.

Car des dépêches de ce genre sont abondamment reprises par les journaux et magazines clients de l'AFP, le plus souvent sans aucune relecture, et peuvent donc contribuer à la propagation d'informations approximatives, voire tendancieuses.

Dans le cas de la phrase ci-dessus, à la lire, c'est tout juste si l'on ne penserait pas que le pauvre 1855 a été victime d'un système, celui des Primeurs!

00:38 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux, France | Lien permanent | Commentaires (5) | | | |