06 mai 2015

Concours de vins: les coulisses

Ce lundi, sur Les 5 du Vin, mon excellent confrère David Cobbold nous narrait ses sessions de dégustation lors du dernier Concours Mondial des Vins de Jesolo - pardon, de Bruxelles. Au passage, il émettait l'idée d'une rétribution des dégustateurs, qu'il estimait autour de 150 euros par jour.

Sans juger du bien fondé de cette demande, je me permets de la remettre dans le contexte de l'opération.

Certes, il y a de la marge; avec 8.000 échantillons présentés, à 150 euros l'échantillon, cela fait une rentrée de 1.200.000 euros.

Il faut bien sûr y ajouter la contribution de la région d'accueil - la raison du choix de zones viticoles pour l'organisation du concours n'est pas que d'ordre sentimental.

Il faut aussi y ajouter les sponsors - bouchonnier, verrier, transporteur...

N'oublions pas la vente des macarons aux vignerons primés  - tous n'en commandent pas, mais avec un tiers de vins primés (le maximum, mais un maximum systématiquement atteint, comme par magie), on a un potentiel de 2.640 vins "macaronisables", que je ramènerait à 2000 pour tenir compte d'un certain déchet. A raison de 30 euros environ le rouleau de 1.000 macarons, et en supposant une moyenne de 20.000 bouteilles par cuvée (une estimation plutôt conservatrice pour des caves ayant la base de production suffisante pour présenter des vins aux concours), on obtient une rentrée supplémentaire de 30x 20 x 2000 = 1.200.000 euros. 

Je n'ai pas les chiffres exacts, bien sûr; les organisateurs peuvent évidemment m'apporter la contradiction, mais je pense que mon raisonnement se tient.

Il y a des frais, quand même: héberger 300 dégustateurs, plus les organisateurs, pendant 3 jours (estimons ce coût à 300 x 3 x 200 = 180000), les transporter jusqu'à Jesolo (rajoutons 250 euros par dégustateur, soit 75.000 euros), les faire manger, louer des cars sur place pour les excursions, tout cela a un coût.

Pour le service des vins, je suis dans le bleu: j'ignore si les membres des écoles de sommellerie sont rémunérés, que ce soit individuellement ou en groupe.

N'oublions pas non plus les salaires des organisateurs (une équipe d'administratifs et de commerciaux à rémunérer tout au long de l'année), les extras (hôtesses, prospecteurs dans les différents pays producteurs...), les frais d'acheminement des échantillons, du contrôle de qualité a priori et a posteriori (même s'il est très difficile d'en estimer la charge de travail réelle).

Quoi qu'il en soit, ramené à l'ensemble des frais d'organisation, la rémunération du temps des dégustateurs, telle que suggérée par David me semble tout à fait marginale: à 150 euros par tête et par jour, cela nous donne un total de 300 x 150 x 3 =  135.000 euros.

Ceci remet bien en perspective l'importance de nos petites personnes - même si les concours se servent parfois de la notoriété de certains dégustateurs pour leur propre promotion.

Notez que tout cela ne me concerne pas directement - je ne participe plus au Concours Mondial depuis plusieurs éditions déjà.

Par ailleurs, je trouve normal qu'un concours fasse un profit décent. Après tout, aucun d'entre eux ne se présente comme une opération caritative! 

Je ne suis pas sûr que ces coulisses des grandes opérations de promotion que sont les concours soient vraiment passionnantes pour le lecteur - lui ne voit le plus souvent des concours qu'un petit autocollant sur la bouteille, lui accordant ou non une importance.

Pour le producteur, c'est selon. La formule a ses défenseurs  - ceux qui aiment se mesurer aux autres, ceux qui veulent se faire connaître, comme ses détracteurs (ceux qui n'ont rien à gagner).

Mais constatons que l'investissement  reste assez faible, si l'on compare à d'autres manières de faire parler de son vin - la publicité, notamment.

A ce titre, on peut se demander si les concours ne représentent pas une concurrence pour les éditeurs de magazines de vin. Et donc, si les journalistes de ces revues qui y participent ne scient pas eux-mêmes la planche (vermoulue) sur laquelle ils sont assis.

Surtout quand les organisateurs de concours sont eux mêmes éditeurs de magazines concurrents, comme c'est le cas de plusieurs d'entre eux.

Mais c'est une autre histoire.

10:33 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, France, Italie, Roumanie | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

04 mai 2015

Mailly Grand Cru, Cuvée L'Intemporelle 2008

«Il n'est de Mailly que de Mailly», a-t-on envie d’écrire: en effet, la coopérative locale n'accepte que des raisins de ce grand cru de la Montagne de Reims.

Fondée en 1929, elle répond aujourd’hui au nom de «Domaine Mailly Grand Cru et regroupe 80 adhérents pour 70ha de vignes. Sa production est de l’ordre de 500.000 bouteilles par an.

Originalité: Grand Cru oblige, on ne cultive ici que du Pinot Noir et du Chardonnay. Magie du sous-sol de craie et de la belle palette d’expositions, le Pinot, généralement tout en tension, prend souvent des allures de Chardonnay ; alors que le Chardonnay, lui, se fait souvent opulent.

Moyennant un solide tour de main, Mailly Grand Cru en tire une douzaine de cuvées, dont ce millésimé de prestige (un 2008), L'Intemporelle, qui assemble 60% de Pinot Noir à 40% de Chardonnay de parcelles sélectionnées. 

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Robe dorée bien soutenue. Bulle fine. Belle complexité au nez – fleurs des champs, pêche, pomelo, miel d’acacia, une touche de fruits secs. La bouche est onctueuse, assez vineuse, avec en finale, de la prune et le retour du pomelo, sans oublier une pointe de sel. Dosage: 8g.

Domaine Mailly Grand Cru http://www.champagne-mailly.com/

 

PS. Sur les 4 cuvées de cette cave proposées à la dégustation la semaine dernière chez In Vino Veritas, 4 ont été retenues. Une belle moyenne!

 

00:14 Écrit par Hervé Lalau dans Champagne, France | Tags : mailly grand cru | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |