22 septembre 2016

Attendre et boire - la preuve par le Riesling de chez Adam

Enfonçons les portes ouvertes d'un solide coup d'épaule: le vin évolue dans le temps. Et pas seulement avec les années. Ca se chiffre parfois plutôt en minutes ou en heures.

La preuve par l'exemple avec le Riesling 2015 de la Maison Jean-Baptiste Adam, à Ammerschwihr.

Hier soir, je l'ouvre un peu avant de passer à table, histoire de me décrasser les papilles. Et là, allez savoir pourquoi, rien ne se passe; Ok, c'est sec de chez sec, mais côté aromatique, je suis dans le flou le plus complet, une sorte de brouillard blanc, rien ne se dégage; en bouche, ça se confirme, j'ai l'impression d'un vin étriqué.

Ce midi, je lui donne une seconde chance - je suis comme ça, que voulez-vous (mais je précise que la troisième chance, chez moi, c'est l'évier).

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Et là, genèse et révélation, ce n'est plus le même vin. Comme le soleil se lève sur la montagne, embrasant l'horizon... les arômes déferlent dans mes cavités nasales.

Du citron - y en a.

De la verveine - y en a. 

Des épices, du cumin, du thym - y en a aussi.

Et la bouche, hier si maigre, a pris du volume; les notes épicées se prolongent, se répondent, se renforcent; l'acidité qui forme la charpente du vin s'et habillée d'un parement floral et fruité; de chair. Magie de l'aération (du vin, ou bien de mes neurones embrumés?), la finale, hier si courte, s'est parée d'une belle amertume. 

La morale de l'histoire - attendre et boire!

 

12:29 Écrit par Hervé Lalau dans Alsace, France | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

21 septembre 2016

Presse et euphémismes

Je reçois ce matin un livret édité par le Centre de Déontologie Journalistique, contenant quelques recommandations en matière de vocabulaire; et plus précisément, sur la manière de parler des personnes étrangères ou d'origine étrangère - ainsi, en ce qui concerne celles qui sont en situation irrégulière, il ne faut plus parler d'illégaux, ni de clandestins, mais de migrants ou de réfugiés.

D'autres entrées dans ce glossaire sont plus techniques (asile, Islam, Eurodac, HCR...) mais les consignes en exergue sont d'éviter les généralisations abusives, les amalgames et le manichéisme, d'éviter de dramatiser des problèmes, d'utiliser les termes adéquats et de se méfier de la désinformation.

Qui ne souscrirait à un tel programme?

D'autant que dans ma partie, le monde viticole, les seuls illégaux que je connaisse sont des cépages encore non classés au catalogue, mis à part, peut-être, quelques vendangeurs itinérants venus manger le pain des Français en faisant le boulot qu'ils ne semblent plus avoir envie de faire, quand celui-ci n'est pas fait par des machines. Bref, je ne me sens pas trop concerné.

Tout de même, je me demande à quoi rime un tel ouvrage. La presse moderne me semble déjà regorger d'euphémismes - ce qui explique peut-être qu'elle soit en décalage avec la réalité sur pas mal de problèmes. Il faudra aussi que le Centre de Déontologie Journalistique m'explique comment aborder sereinement, sans dramatiser, un attentat à la bombe dans un aéroport, par exemple. Comment expurger un texte qui ferait état de l'origine des auteurs de l'attentat et de la revendication qui en est faite, de toute connotation péjorative.

Mais surtout, j'attends impatiemment son prochain glossaire, qui m'expliquera ce que je dois écrire en lieu et place de mots aussi polémiques que blanc, noir, jaune, indien, gaulois, libéral, communiste, fasciste, socialiste, sectariste, catholique, athée, sans oublier faillite, fraude, pédophilie, meurtre, condamné, radicalisé, fiché S, etc..., toujours dans le but de ne pas dramatiser le débat, d'éviter les amalgames et de ne pas désinformer.

Et si l'euphémisme était une forme sournoise de désinformation?

12:21 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, Europe, France, Pour rire | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |