20 avril 2015

Vieux millésimes en Languedoc

Les Languedoc vieillissent-ils bien? 

Alors que l'AOC fête ses 30 ans, une dégustation nous donné l'occasion de nous en faire une idée. C'était ce dimanche, au mas de Saporta, en prélude à l'événement Terroirs & Millésimes Languedoc 2015.

Une trentaine de vins nous ont été présentés, remontant jusqu'en 1996.

Mon Impression générale est... que je n'ai pas d'impression générale.

Il y a trop de variables. Trop d'inconnues: comment les vins ont-ils été conservés? Le type de vinification a-t-il varié dans le temps? Quid de l'effet millésime?

En moyenne, j'ai préféré les millésimes dits "moyens" comme 2004 ou 2006, pour leur fraîcheur. J'ai trouvé les 2005 un peu usés, pour la plupart. Idem pour les 2003. 

Pour les 2000 et 2001, cela variait énormément d'un producteur à l'autre, et d'un terroir à l'autre - avec une préférence pour Pic Saint Loup, Montpeyroux, La Clape et les Terrasses du Larzac.

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Une des cuvées appréciées au Mas de Saporta, mais dans le millésimé 1998 (Photo (c) H. Lalau)

Voici mes préférés:

Terrasses du Larzac Mas Julien 1996

La Clape Pech Redon L'Epervier 1998

Pic Saint Loup Clos Marie Cuvée Simon 1998 

Domaine de Peyre Rose Clos des Cistes 1998

Pic Sant Loup Mas Bruguière La Grenadière 2001

La Clape Pech Redon La Centaurée 2002

Saint Georges d'Orques Domaine de la Prose Les Embruns 2003

Pic Saint Loup Mas Bruguière La Grenadière 2004

Montpeyroux Alain Chabanon Esprit de Foncaude 2004

Pézenas Prieuré de Saint Jean de Bébian 2004

Montpeyroux Domaine d'Aupilhac La Boda 2005

Pézenas Domaine les Aurelles Solen 2006 

Terrasses du Larzac Mas Cal Demoura 2006 

En résumé: malgré un assez bon "score" (un peu plus du tiers de vins intéressants, dont la moitié encore superbes), je ne suis pas certain que les vins de l'AOP Languedoc soient forcément taillés pour une longue garde. Avec le temps (au delà de 10 ans), pour bon nombre de vins de cette appellation, c'est une certaine sécheresse qui prend le dessus; bon nombre se décharnent et n'apportent plus aucun plaisir.

Ce qui ne remet pas en cause la qualité intrinsèque de leurs terroirs, ni la compétence de leurs vignerons.

Nous avons eu assez de plaisir avec des millésimes comme 2000 ou 2005, par exemple, dans leur jeunesse, pour ne pas avoir à regretter qu'ils ne soient pas plus flatteurs après dix ans.

Plus généralement, c'est notre définition du "grand vin" qui change; au risque de choquer, je crois que dans un temps où tout s'accélère, elle ne doit plus  être synonyme de "vin qui défie le temps". 

Quoi qu'il en soit, ce genre de dégustation ne peut que faire avancer la connaissance du potentiel des vins. Rendez-vous dans 10 ans pour voir comment se comportent les Languedoc qui nous plaisent aujourd'hui?

23:13 Écrit par Hervé Lalau dans France, Languedoc | Tags : languedoc, vieux vins | Lien permanent | Commentaires (3) | | | |

18 avril 2015

De la malo dans les Bordeaux blancs

A Bordeaux, le millésime 2014 s'est distingué par une forte acidité dans les blancs, notamment de sauvignon. D'où le recours, par certains châteaux, à une technique assez peu usitée dans la région, traditionnellement: la fermentation malolactique. Au moins partiellement. 

Le Professeur Dubourdieu l'a recommandée, arguant qu'elle redonne de la rondeur aux vins "sans nuire à la typicité".

Tous les producteurs ne l'ont pas suivi - certains ont préféré augmenter le pourcentage de sémillon dans les assemblages, ou recourir au bâtonnage. 

Je m'interroge quand même sur la notion de typicité mise en avant par Denis Dubourdieu. Si les conditions naturelles du millésime aboutissent à des vins plus acides que d'habitude, le respect de la typicité - ou plus généralement, de ce que l'on appelle le terroir, et que l'appellation est censée entériner - ne dicte-t-il pas de les laisser tels qu'ils sont? Peut-être difficiles à vendre, mais fidèles à leur terroir?

Mais peut-être vais-je chercher trop loin.

En définitive, le vin n'est-il pas d'abord comme le veut celui qui le vinifie? N'est-ce pas lui qui définie sa vraie typicité? Et combien de consommateurs, ou même d'acheteurs de grands crus classés, savent-ils ce que c'est que la malo? 

 

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux, France | Tags : malo | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |