06 août 2016

A l'ami Pousson, à propos des cocktails au Cahors

De retour de vacances dans le Sud-Ouest, je découvre une polémique qui m'avait échappé. Elle concerne les cocktails au Cahors.

Cette idée lancée par l'interpro a suscité pas mal de réprobation dans la blogosphère du vin. Vincent Pousson en tête. Voici son billet.

Je lui concède d'être articulé, argumenté. Même si je ne suis pas d'accord. Je pense en effet que la réaction est démesurée. 

Je ne suis pas fan des cocktails, mais je constate qu'il s'en pratique un peu partout et avec toutes sortes de vins. On n'a pas dû attendre la mixologie ni l'Union Interprofessionnelle des Vins de Cahors pour que le vin serve de support à toutes sortes de mélanges (sans parler des élucubrations de blogueurs et blogueuses branchouilles - je ne parle pas de toi, Vincent, j'ai des noms, mais je n'ai pas envie de leur faire de la pub).

Ni toi ni moi, Vincent, ne pouvons dicter au consommateur ce qu'il doit faire du vin, en toutes occasions - après tout, une fois le vin acheté, cela nous dépasse. Et qui n'a pas mis un jour des glaçons dans un rouge trop chaud, ou du sirop dans un mousseux trop acide? Et quid du Spritz? Et puis, je pense qu'on le fait plus facilement avec un petit jaja pas cher qu'avec un vrai vin de terroir, celui que nous aimons, celui que nous défendons et illustrons au quotidien.

Mais plus important, je suis atterré que la critique visant cette opération - locale, et très marginale, dans l'action de l'interpro - soit élargie à l'ensemble de son oeuvre.

Ton attaque contre le prétendu "tout marketing" et le "tout Malbec", cher Vincent, relève de l'amalgame.

Regardons un peu ce qui s'est passé ces dernières années sur les rives du Lot et au-delà: on n'a jamais autant parlé de Cahors. La recherche des terroirs n'a jamais été aussi poussée - je peux en témoigner pour les avoir touché du doigt, littéralement, dans les fosses creusées à cet effet, lors du Festival Cahors Malbec. Et dans la dégustation des vins qui a suivie - ceux-ci étant justement rangés par terroir.

D'ailleurs, la communication sur les sols n'a fait que s'intensifier  - demande un peu à Claude et Lydia Bourguignon.

Parallèlement, bon nombre de vins de base, qui ne méritaient pas de figurer sous l'étiquette de Cahors, sont sortis de l'appellation pour se replier en IGP. Le syndrome de la vieille Carte Noire, dont tu parles à juste raison, se résorbe peu à peu, on commence à voir se dessiner une vraie hiérarchie des Cahors. Et des prix rémunérateurs, qui sont à la base de toute action.

vin-cahors-malbec.jpg

Je peux aussi témoigner du fait que le Malbec n'est qu'un vecteur, pas une fin. Les liens noués avec les Argentins, aujourd'hui principaux dépositaires du Malbec dans le monde, me semblent une preuve de bon sens, pas une dérive mondialiste: à chacun son Malbec, mais plus on en parle, mieux c'est pour tout le monde. Ne pas le revendiquer, c'eut été le laisser aux autres.

Au fait, ceux qui oublient Cahors au profit du Malbec ne sont pas les responsables de l'interpro, mais plutôt des gens qui misent sur leur marque, et grand bien leur fasse, tout le monde n'a pas la fibre de l'appellation.

Tu égratignes la Cave des Côtes d'Olt et Vinovalie; tu parles du Rosé de Piscine (IGP Comté Tolosan élaboré à Rabastens, rien à voir avec Cahors), mais tu aurais pu aussi parler de l'excellent Château des Bouysses - c'est juste une question de point de vue.

Il aurait été au moins aussi intéressant de se pencher sur le cas de Lagrézette, qui, lui, en appellation Cahors, et avec la notoriété qu'il a, et les réseaux qu'il a, préfère se profiler sous le logo "Château Lagrézette Malbec depuis 1503" (dans l'ordre que tu veux).

logo_chateau-lagrezette.jpg

Bref, je trouve quant à moi que la politique suivie par l'interprofession a été éminemment positive pour les vins de Cahors, leur image, leur segmentation, et qu'on aurait tort de jeter le bébé avec l'eau du bain, sous prétexte qu'une opération - mineure - de communication ne va pas dans notre sens, ne correspond pas à notre philosophie du vin.

Ceci dit en toute amitié, Vincent, parce que je pense que tu es sincère.

Moi aussi, soit dit en passant.

Car je ne suis pas payé par l'interpro pour écrire cela; j'ai eu moi même l'occasion de mettre en doute, il y a quelques années, la stratégie de Cahors. Je me suis rendu sur place, j'ai écouté, j'ai dégusté, redégusté, et j'ai changé d'avis.

Coïncidence troublante - parce que Jérémy Arnaud n'est pas derrière chaque cuve!, je pense que les Cahors, en moyenne, n'ont jamais été si bons. Les ténors sont toujours là, mais d'autres prennent la relève, et je trouve aujourd'hui du plaisir à différents niveaux de prix. 

A propos de l'interpro, et au-delà des personnes, il faudrait évoquer l'aide apportée aux viticulteurs en matière de connaissance de leurs sols, justement; en matière de pratiques culturales et oenologiques, et plus globalement, de leur fierté retrouvée. Ce qui est lié, bien sûr, à la hausse des cours, car pour faire de meilleurs vins, il faut pouvoir les vendre à bon prix.

11:01 Écrit par Hervé Lalau dans France, Sud-Ouest | Lien permanent | Commentaires (3) | | | |

Soleil Nantais 2015: bis repetita...

Je vous ai vanté les mérites de cette cuvée des Frères Guilbaud, avec sa version 2014. Je ne peux que renchérir avec ce 2015, qui me semble encore plus fruité (qui a dit qu'on avait besoin de Colombard ou de Chardonnay pour faire des Muscadets aromatiques?). Mais ce n'est pas sa seule vertu; outre ses notes de poire, de pêche et même... de melon, il nous offre un gras assez rare dans l'appellation, au moins pour les vins qui n'ont vu que la cuve. L'acidité est tout à fait correcte, et la pointe de silex sur le bout de la langue en finale (minéral hérité du sol ou imaginé, peu importe), n'est pas pour me déplaire.

Guilbaud.jpg

Cette richesse est marque d'une année mûre, où le soleil a bel été bien été nantais. Mais elle témoigne aussi de la patience des Guilbaud, qui semblent avoir le chic de récolter les raisins de cette cuvée à un pafait degré de maturité. Ni trop (le vin deviendrait mou), ni pas assez (on ne va quand même pas boire du rince-doigts!).

Le genre de vin qui démontre que le Muscadet peut être autre chose qu'un vin d'écalller (sauf mon respect pour les écaillers), vite bu, vite oublié...

00:20 Écrit par Hervé Lalau dans France, Loire | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |