11 novembre 2012

Encore un beau texte de Vincent Pousson, au-delà des modes

Vincent Pousson a su trouver les mots pour développer une idée qui me travaille depuis longtemps: la dictature des modes dans le vin.

Comme je ne ferais pas mieux, je préfère carrément le citer plutôt que de (mal) le plagier:

"Ce que je ne supporte pas, c'est qu'on me dise ce qui est in ou ce qui est out. Qu'un abruti avec un QI d'huître, une coiffure branchée et une culture vinicole proche du néant m'explique que c'est ringard de commander un frontignan** de bordeaux*** et complètement tendance de se faire photographier à côté d'une bouteille de côtes-du-jura. Ou l'inverse. Dieu qu'il faut être benêt pour avoir besoin de quelqu'un, de la mode, d'un pseudo-assentiment collectif pour savoir ce qu'on a personnellement envie de boire. En fait, dans ce cas-là, ce qui compte, ce n'est pas ce qu'on a "envie" de boire mais ce qu'on "doit" boire. Pour être à la page, comme une midinette, comme un marchand de fringues. Comme un zombie."

Ce texte est extrait d'un billet de son excellent blog, ICI

Et pour rassurer Vincent (quoi que je ne pense pas qu'il en ait besoin), il n'est pas le seul à se demander s'il est un vieux con. J'ai aussi la faiblesse de penser qu'il vaut mieux se tromper honnêtement que d'avoir raison avec toute la meute, qu'il vaut mieux avoir ses idées, ses coups de coeur personnels, plutôt que de se plier aux modes. Sinon, à quoi servons-nous? Pourquoi inviter dix journalistes à une dégustation si tous doivent penser et écrire la même chose - un seul suffirait...

15:45 Écrit par Hervé Lalau dans Allemagne, Espagne, Europe, France, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

09 novembre 2012

Vinification bio: toujours moins

Beaucoup de vignerons bio ont trouvé la réglementation européenne sur les vinification bio un tantinet laxiste.

Les coopératives françaises, elles, la trouve encore trop contraignante. Elles réclament ainsi la suppression du plafond de température pour les traitements thermiques (70°, actuellement), afin de pouvoir utiliser le procédé de flash-détente (et/ou la thermovinification), qui permet de raccourcir le temps de macération tout en extrayant bien la couleur. Les Beaujolais Nouveau adorent.

Evidemment, les puristes auront beau jeu de faire remarquer qu'un beau raisin bio flash-détendu perd beaucoup de sa personnalité. Mais qui a dit que les vins bio de coopérative devaient avoir une quelconque typicité de terroir?

 

affiche_Shadoks_1968_1.jpg

Le bio version coopératives: pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué... et techno

 

D'ailleurs, l'INRA précise les limites du procédé: "Le procédé n’est cependant pas applicable à tous les raisins : un raisin pas assez mûr ou une vendange mal «éraflée»  peuvent donner des résultats désastreux. En outre, il concerne des vins d’assemblage, car un vin «100% Flash-détente» serait trop riche car trop concentré en composés extraits.
Pour les vins d’appellation d’origine contrôlée, le procédé de Flash-détente est autorisé par l'INAO, après expérimentation, pour les appellations Côtes du Rhône et les appellations concernant les vins méridionaux (Languedoc-Roussillon, Provence, Côte d'Azur et Sud-Ouest)." J'ajouterai: le Beaujolais aussi, apparemment.

Mais bon, les coopératives qui veulent faire du bio ne vinifient certainement que des raisins sains et bien mûrs. Alors un petit coup de chauffe...

Et puis, franchement, qui va venir vérifier dans vos caves les températures de vinification...

Ah, j'oubliais, les coopés réclament aussi de pouvoir utiliser l'électrodialyse, et puis de l'alcool non bio pour le mûtage. Tant qu'à faire...

Les Jeunes Agriculteurs qui disent craindre "la standardisation des vins" devraient s'inquiéter beaucoup plus de la flash-détente et de la thermovinification que de la fin des droits de plantation: les vins standardisés, les vins technologiques sont déjà là, alors que la libéralisation des plantations n'est toujours pas entrée dans les faits...

 

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Europe, France | Tags : bio, coopératives, vin | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |