16 décembre 2012

"Minable", notre Gégé?

"Assez minable". C'est ainsi que Premier Ministre Jean-Marc Ayrault a qualifié l'exil fiscal belge de Gérard Depardieu.

I beg to differ, comme disent nos amis Britanniques.

D'abord, on est minable ou on ne l'est pas. Pas "assez", pas "un petit peu", pas "beaucoup", pas "presque". C'est le genre de qualificatif qui ne supporte pas la pondération. Parce qu'il vient lui-même d'un comparatif: minus.

Ensuite, je me demande si M. Ayrault a bien mesuré tout l'intérêt que présente le déménagement de notre Gégé pour le commerce extérieur de la France. Chaque bouteille de Château de Tigné (ou toutes autres productions) consommées par l'acteur français seront désormais comptabilisées comme exportations.

 

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 Notre grand espoir à l'exportation?

Et vu l'état de notre balance commerciale, tout est bon à prendre.

Par ailleurs - et je m'excuse par avance de mon immixtion dans la sphère politique, j'aimerai prendre la défense de cet authentique enfant du peuple (fils d'ouvrier castelroussin) devenu riche par son travail - et convenez avec moi qu'il ne compte pas sa sueur sur les tournages. Gérard le minable n'a pas hérité du cabinet d'antiquaires de ses parents, il n'a pas marié une richissime journaliste, il n'a pas été désigné à la tête d'un quelconque fonds monétaire, ni d'un commissariat européen, il n'est ni député, ni sénateur, il a donc jusqu'à présent payé ses impôts plein pôt. Ce qui, en 40 ans de carrière, doit faire un joli pactole. Il n'a donc pas démérité de la patrie. Pas plus, en tout cas, que beaucoup de ceux qui signent les papiers vengeurs des ces derniers jours, et dont on ne connaît pas la feuille d'impôt. Comme un certain M. Icher, de Libé, qui traite Depardieu d'"Acteur au Rabelais", et prétend que sa carrière artistique  a depuis longtemps cédé le pas devant ses affaires. Tout parti-pris de nature politique n'est pas totalement à exclure de la part d'un critique de Libération. Et pourtant, Gégé, en son temps, a appelé à voter Mitterrand...

Minable, Depardieu ne l'est pas plus que les représentants d'un Etat qui changent les règles fiscales à chaque élection, et qui, en l'occurrence, affublent du joli mot de solidarité la confiscation pure et simple de 75% des revenus au dessus d'un million d'euros. Pourquoi bosser, dans ses conditions? Pourquoi employer des gens, fonder des boîtes, se donner du mal - je ne parle toujours pas des héritiers, non, je parle de ceux qui suent. Et est-on toujours sûr que l'Etat fera meilleur usage de cet argent que ne l'auraient fait les riches?

On me dit que Depardieu pisse dans les avions (là, c'est une im-miction), qu'il méprise ses petits camarades techniciens syndiqués du show biz; et même, qu'il tombe de scooter en état d'ébriété - ça, si les faits ont été bien rapportés, c'est vraiment minable. Mon Gégé, ce héros? Peut-être pas; sans doute ne l'aimerais-je pas tant que ça, "en vrai".

Mais ce n'est pas une raison pour lui reprocher de ne pas sauver la France à lui tout seul avec minables petits millions. Braillard, paillard, indigné, indigne, insupportable et insoumis, avare et pourtant généreux, Gégé ressemble à beaucoup d'entre nous, l'argent en plus. Un obscur député  dont je ne veux même pas me rappeller du nom a demandé qu'on lui retire la nationalité française, ainsi qu'à tous les exilés fiscaux. Si c'est le cas, il faudra penser aux sportifs minables, aux chanteurs minables, même engagés (même Yannick Noah a fait un long séjour en Suisse)...

Il faudra aussi penser à renégocier les conventions fiscales avec nos minables pays voisins.

Au fait, où en est l'harmonisation fiscale au sein de notre minable Union européenne? Une même TVA, une même imposition sur le revenu et la fortune, est-ce que ce ne serait pas ça, un vrai marché unique? Et quand pourra-t-on élire un vrai gouvernement fédéral, comme aux Etats-Unis? Ca aurait une autre gueule que le combat des chefs à l'UMP, non? Et ça serait tellement plus démocratique. 

En définitive, on est toujours le minable de quelqu'un. Actuellement, la France est assez pitoyable, sur la scène européenne, par exemple; ses performances économiques (dont on créditera aussi bien les gouvernements de gauche que ceux de droite) l'ont fait passer du statut de plus grand partenaire de l'Allemagne à celui de plus gros débiteur.

Notre système d'éducation laisse de plus en plus à désirer. Un indicateur, un seul: nous ne sommes plus que minables 29èmes au classement mondial pour le niveau de lecture en fin d'école primaire. Et ce n'est pas en abaissant le niveau d'exigences du bac (ou en le supprimant) qu'on améliorera les choses. Casser le thermomètre n'a jamais fait baisser la température.

Les Français travaillent moins que la moyenne des Européens et ils sont moins à travailler dans une classe d'âge. A tort ou à raison, les entreprises étrangères hésitent de plus en plus à investir dans un pays jugé comme sclérosé, protectionniste, hypercadenassé - en un mot comme en cent, peu propice au développement et à l'innovation.

Il faut dire que les cerveaux de la recherche  française vont chercher aux Etats-Unis les moyens que la France ne peut plus leur donner.

Parallèlement, la consommation de vin recule chaque année un peu plus, en France. Il y aurait-il un rapport?

Et la Belgique, dans tout ça? Pendant la crise, les querelles linguistiques et autres bêtises poilitico-nombrilistes continuent. Mais ici, la consommation de vin augmente. Et comme dit très bien Geluck, "La Belgique ne peut accueillir toute la richesse du monde"...

Au fait, pour ceux qui voudraient suivre l'exemple de Depardieu (ou des Mulliez, des Duhamel, des Forget, des Prost...), la Belgique taxe fortement indépendants et salariés (les retenues sur salaire se font à la source, en plus). Par contre, elle ne taxe pas la fortune, même minable.

Un conseil: faites donc fortune avant de venir.

00:00 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, Europe, France | Tags : depardieu, vin, vigne, anjou, exportation, belgique | Lien permanent | Commentaires (10) | | | |

14 décembre 2012

Un sale goût dans la bouche

J'ai extrait cette image d'un billet récent de Jacques Berthomeau - qui n'y est pour rien.

Je ne veux d'ailleurs même pas savoir d'où elle vient - je devine qu'il s'agit de prétendus défenseurs du vin français.

Quoi qu'il en soit, on est là au degré zéro de la communication, de l'ouverture, de l'humanité.

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On est même dans une sorte de xénophobie à l'eau tiède.

Oserai-je rappeler à ces chantres du "Consommer français" que la France n'a pas toujours craché sur les jolis rouges d'Algérie, du Maroc ou de Tunisie, quand ceux-ci venaient remonter le Beaujolais, le Bordeaux ou le Côtes du Rhône. Car les vins du Maghreb ne manquaient "ni de robe, ni de caractère", pour reprendre la formulation inepte de l'affiche...

Puis ce fut l'Italie - dans les années 70-80, les producteurs des Pouilles connaissaient très bien le port de Sète. Et puis, plus récemment, il y eut l'Espagne, qui fait toujours le bonheur de Vieux Papes ou du Jouvenceau.

Quant aux vins du Burkina Faso, il faudrait déjà qu'ils existent...

Par ailleurs, j'aimerais qu'on m'explique une fois pour toute ce qui fait la supériorité du cubi de gros rouge hexagonal sur ceux du reste du monde. Ma petite expérience en la matière m'a appris une chose: tout en bas de l'échelle des prix, la production française n'atteint généralement pas le niveau de qualité de ses concurrents espagnols, italiens ou chiliens, par exemple. Des concurrents qui bénéficient souvent de coûts de revient inférieurs et d'un marketing plus efficace. Et ne me parlez pas de terroir: je vous parle de vins de gros rendements.

Bref, cette affichette me laisse un sale goût dans la bouche: celui de la honte. Ce n'est pas digne de mon pays, ni de son patrimoine viticole.

Il serait temps que la France des vins accepte la concurrence, même celle des vins d'assemblages, et qu'elle apprenne à se battre avec d'autres arguments que la caricature, la mesquinerie, la haine. Il n'y a aucune honte à faire de bons vins bas de gamme; c'est tout l'enjeu du Vin de France, de la liberté de plantations...  A côté du vin d'artisan, il y a pour moi en France une place pour le vin industriel - du moment qu'on ne mélange pas les genres...

C'est même une obligation que de chercher à le développer: avec un marché national en baisse, la France viticole doit se tourner vers l'exportation, et ses seuls grands crus ne suffiront pas à payer tous ses vignerons. Il nous faut marcher sur nos deux pieds.

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Afrique du Sud, Chili, Espagne, Europe, France, Liban, Tunisie | Tags : vin, vignoble, france, reste du monde | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |