17 janvier 2013

Californian Champagne, Dopff Bundestag: nouvelles du front du chauvinisme

La semaine dernière, une polémique aussi futile qu'inutile avait fait un faible buzz dans le petit monde du Champagne, à propos d'une cuvée de Californian Champagne servie à la Maison Blanche. L'ordre des mentions légales avait été inversé sur le menu officiel, ou quelque chose du genre.

Pas de quoi fouetter un blanc en neige, si vous voulez mon avis, aussi n'ai-je pas répercuté sur le moment.

Il n'est Champagne que de Champagne, pour moi, bien sûr; mais les Champenois feraient mieux de mettre de l'ordre dans leurs cuvées vendues à perte (et de s'interroger sur l'aberrant système des achats sur lattes), plutôt que de dégonfler de si petites baudruches, les sommes qu'ils paient à leurs avocats seraient mieux utilisées.

Si je vous en parle quand même, c'est qu'une autre histoire du même tonneau vient d'éclater (comme une bulle de mousseux); en Allemagne, cette fois.

Un député libéral du Baden-Württemberg, sans doute inspiré par notre Arnaud Montebourg national, vient de dénoncer un kolossal scandale: un des effervescents servis à la bibliothèque du parlement allemand, sous le nom de Cuvée Bundestag... n'est pas allemand. Il s'agit en effet d'un Crémant d'Alsace de Dopff au Moulin.

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Etienne-Arnaud Dopff et sa cuvée Bundestag (Photo Hervé Kielwasser)

Le député en question (lui-même oenologue) a l'indignation tardive: cette cuvée, en effet, Dopff la vend au Bundestag depuis... 2006.

Par ailleurs, si je voulais mettre de l'huile sur le feu, je rappellerais à cet élu teuton (et à ce concurrent jaloux) un petit pan de son histoire: quand Julien Dopff a vinifié la toute première cuvée d'effervescent d'Alsace, dans les années 1900, l'Alsace était allemande... Riquewihr s'appelait alors Reichenweier (non, pas Reichwehr).

Toujours pour lui rafraîchir la mémoire, je lui rappellerais que la jolie bourgade alsacienne a vu naître Ulrich IV, 3ème Duc de Württenberg (et de Montbéliard), comme le rappelle une plaque apposée en 1904... En témoignent aussi les armoiries de la ville, aux trois ramures de cerf - celles du Württemberg, encore aujourd'hui. Alors les frontières, vous savez...

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Reichenweier-Riquewihr, lieu de naissance d'Ulrich von Württemberg (1487)

Bref, ce vin, c'est un peu les Malgré-Nous à l'envers...

Même aujourd'hui, si j'en crois mon GPS, à peine 36km séparent les communes viticoles de Riquewihr (Alsace) et de Breisach (Baden).

Enfin, et c'est beaucoup plus important: est-ce que ce vin est bon? Est-ce qu'il est digne d'être servi aux descendants du Duc de Württemberg et aux députés de la Fédération allemande?

Sans aucun doute, puisque cette cuvée n'est autre que la Cuvée Julien, que j'ai eu maintes fois l'occasion d'apprécier; en effet, mon beau-père, qui n'est ni français ni allemand... mais belge, est un fan. Et je lui donne raison.

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A part ça, l'Europe, ça va?

00:38 Écrit par Hervé Lalau dans Allemagne, Alsace, Europe, France | Tags : dopff, bundestag, vin, chauvinisme | Lien permanent | Commentaires (4) | | | |

26 décembre 2012

Faut-il une loi pour protéger le vin?

J'ai pris bonne note de la pétition lancée par mon confrère blogger Alain Fourgeot en faveur de la proposition de loi visant à protéger le vin au titre du patrimoine français.

J'y suis personnellement favorable - surtout si cela a pour effet d'arracher un tant soit peu le vin à la vindicte de la loi Evin; et même si cette nouvelle loi enfonce des portes ouvertes. Mais je me permets tout de même de faire deux remarques:

-Primo, une loi similaire, si ce n'est dans ses termes, ou moins dans son objet, existe en Espagne depuis 2003.  Je vous en rappelle l'introduction "El vino y la viña son inseparables de nuestra cultura". Je pense inutile de les traduire.

Ley del vino.jpg

Ley 24/2003



Ces belles et fortes paroles n'ont pourtant pas empêché la consommation de vin en Espagne de continuer à s'effondrer depuis. Le problème majeur étant, d'une part, la transmission de la culture du vin aux nouvelles générations de consommateurs potentiels, et de l'autre, la transition entre une consommation de vin boisson, vin alimentaire, de vin de masse, journalière et peu qualitative, vers une consommation de vin plaisir, moins fréquente, mais plus qualitative.

Logiquement, cette consommation devrait donc encore baisser en France; ce qui n'est peut-être pas un mal, si l'on raisonne en termes qualitatifs. Et en termes de patrimoine. Car une loi doit-elle protéger le pinard d'entrée de gamme? Faut-il sauver le soldat Préfontaines (ou le Vieux Papes)?

Certes, militer pour une production plus restreinte, mais de qualité, n'est pas de nature à rendre les parlementaires très populaires auprès des masses vigneronnes, mais c'est le seul discours honnête.

-Secundo, je remarque que parmi les soutiens à cette proposition de loi, se trouve l'ancien ministre de l'Agriculture, Bruno Le Maire. Et je me demande bien pourquoi celui-ci n'a pas déposé, lorsqu'il était "en charge", un projet de loi similaire, au nom de son gouvernement.

Un petit point de droit constitutionnel: les projets de loi (d'initiative gouvernementale) ont beaucoup plus de chances d'arriver à bon port que les propositions de loi (qui émanent des parlementaires). En effet, le gouvernement a une meilleure maîtrise de l'ordre du jour des assemblées: depuis la réforme de 2008, il se voit réserver deux semaines sur quatre de l'agenda parlementaire; mais une des deux autres semaines attribuées aux assemblées est consacrée au contrôle de l'action gouvernementale, ce qui ne laisse, in fine, qu'une semaine pour les propositions de nouvelles lois d'initiative parlementaire...

Alors, faut-il parler de bal des hypocrites? Et qui se soucie donc vraiment du vin et de sa qualité en France, en termes politiques? La droite, la gauche, le centre, les verts? Le vin a-t-il une couleur? Quels sont ses relais? Ses adversaires? Son influence? Pour plagier Staline: "Le vin? Combien de divisions?".

En tout cas, voici mon programme, mes bonnes résolutions pour 2013:

Delenda est mediocritas vini.

Redonnons du sens à ce que nous produisons.

Buvons moins, mais meilleur.

00:11 Écrit par Hervé Lalau dans Europe, France | Tags : une loi pour le vin? vigne, vignoble, france, qualité | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |