11 février 2014

Das Trinklied vom Jammer der Erde

Dans notre grand cycle "Oui, le vin est un produit de culture, et si ça ne vous plaît pas, videz un godet de rosé pamplemousse à ma santé ", voici un extrait du Chant de la Terre, de Malher.

Le premier mouvement, pour être précis. Il s'intitule Das Trinklied vom Jammer der Erde ("Chanson à boire de la douleur du monde"). Le livret, signé par Hans Bethge et Mahler lui-même, s'inspire d'un texte du poète chinois Li Bai (701-762, soit 12 bons siècles avant Justin Bieber).

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Gustav Mahler

 

Un compositeur dans le Mahler

Mahler en compose la musique dans un moment de grande douleur: sa petite fille de 4 ans vient de mourir de la scarlatine; il vient de découvrir qu'il souffre d'une insuffisance cardiaque. Et pour couronner le tout, il a été contraint d'abandonner son poste de directeur du Hofoper de Vienne, qui lui a valu d'innombrables attaques antisémites de la part de la presse.

Citons le critique munichois Rudolf Louis: "Si la musique de Malher parlait juif, elle ne me serait peut-être qu'incompréhensible. Mais elle me dégoûte horriblement parce qu'elle enjuive. Elle parle l'allemand musical, mais avec l'accent, le ton et le geste orientaux, par trop orientaux, du Juif."

Ou encore le chef d'orchestre Félix Mottl, qui, à propos de Malher, écrit à Cosima Wagner (elle-même virulente antisémite): "Tout le monde me le décrit comme très doué, mais hélas, il est Juif".

On aimerait pouvoir dire que c'est lié à l'époque, mais hélas, non. L'abjection et la bêtise sont de toutes les époques.

Malher en a l'habitude, lui qui se définit comme trois fois étranger: "Tchèque parmi les Autrichiens, Autrichien parmi les Allemands, Juif dans le monde". Mais là, en cette année 1907, tout lui tombe sur la tête, et c'est beaucoup pour un seul homme, qui plus est "juif dégénéré",pour reprendre la description en vogue dans la Vienne du début du 20ème siècle.

 

Le vin, le chant et les jardins de l'âme

Dans les textes de Li Bai, le compositeur trouve une évocation de la nature, de sentiments simples et d'une douleur intime, contenue, qui parle à son coeur. Le vin - qu'on ne décrit pas, ce n'est pas l'objet - est une allégorie pour le divertissement, pour un moment d'oubli. Il fait chanter mais du chant monte bientôt une tristesse indicible.

Je vous en ma traduction (assez libre) depuis l'allemand, pour ce qu'elle vaut:

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Un luth, par Holbein

Même si le vin m'attire, dans son gobelet d'or
Je ne le boirais pas avant de vous avoir chanté une chanson!
La chanson de la douleur doit paraître joyeuse à votre âme.
Lorsque la douleur s'approche, désolant les jardins de l'âme,
La joie de chanter s'étiole et meurt.

Sombre est la vie, sombre est la mort.

Maître de cette maison!
Ta cave est pleine de vin doré!
Et ces luths sont à moi!
Jouer du luth et vider des verres sont deux choses qui vont bien ensemble.
Une tasse pleine de vin au bon moment vaut plus que tous les royaumes de la terre!
 

And now for something completely different


La semaine prochaine, nous nous intéresserons à la chanson «Humpty Dance», de Digital Underground (1990-1991).


«Now gather round, I'm the new fool in town


And my sound's laid down by the Underground


I drink up all the Hennessy ya got on ya shelf


So just let me introduce myself


My name is Humpty, pronounced with a "umpty"


Yo ladies, oh how I like to hump thee.»

 

Enfin, peut-être pas la semaine prochaine, quand même.

 

00:19 Écrit par Hervé Lalau dans Autriche, Chine, Europe, République Tchèque, Vins de tous pays | Tags : malher, vin, musique | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

06 février 2014

Ecologique, le bouchon de liège?

Dans le débat qui agite (mollement) le microcosme du bouchon en France, on trouve parfois des gens parfaitement honnêtes et sincères pour relayer la communication des "liégeux". Communication selon laquelle "le chêne-liège est plus écologique, car la forêt est un biotope préservé".

C'est le WWF qui le dit...

Sans doute ne parle-t-on pas de la même forêt. Il y a un monde de différence entre les vieilles forêts extensives de Tunisie, des Pouilles, de Corse, de Grèce ou de Turquie et l'industrie du chêne-liège développée au Sud du Portugal (qui produit aujourd'hui l'essentiel des bouchons de liège).

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Voyez ce qu'en dit le rapport du WWF intitulé "L'Univers du Liège, une richesse pour la nature et les hommes" (2012, P 11):
"L'intensification et la mécanisation des opérations sylvicoles et agricoles a diminué la diversité du sous bois. Souvent, la plantation d'espèces exotiques a remplacé la forêt de chêne-lièges traditionnelle, alors qu'ailleurs, les zones d'arbustes si riches ont été transformées en plantations de chêne-lièges. Ces plantations ont une biodiversité très pauvre. Ces conversions, intensifications, et changements d'utilisation des terres, souvent financés par des subventions agricoles et forestières, ont contribué à l'amplification de l'impact des incendies sur ces paysages et leur vulnérabilité aux maladies et parasites. On estime à près de trois quarts des montados et forêts chêne-liège au Portugal affectés par des problèmes pathologiques".

Et comment lutte-t-on contre ces pathologies? Uniquement avec des produits bios?

Et où vont les animaux qui vivaient jusque là sous les "autres arbustes" arrachés?

Evidemment, vous ne trouverez pas cela dans la communication de votre fournisseur de bouchons de liège, ni sur "Planète liège"... C'est à nous de nous faire notre propre opinion!

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Bouchés, les Français?

A propos de débat: j'observe que si les choses bougent très lentement en France, dans d'autres pays, le débat est déjà dépassé: la Nouvelle-Zélande, l'Australie ou plus près de nous, la Suisse sont passées sans regret à la capsule à vis. Ces gens sont-ils plus bêtes que nous? Ou bien, comme ceux de nos producteurs qui exportent vers ces pays, ont-ils simplement été convaincus par des avantages objectifs?

Combien de temps encore le mot de tradition justifiera-t-il l'immobilisme? Qui voudrait en 2014 avoir à démarrer sa voiture à la manivelle? Laver au lavoir? S'éclairer à la bougie?

Et qui accepterait un taux de malfaçon (le goût de bouchon) de l'ordre de 2% dans d'autres produits de consommation courante? Un mauvais goût dans 2% des jambons en vente sur le marché? Un téléphone portable qui se coupe dans 2% des communications?

Pour finir, je ferai observer que les Français ont très bien accepté la capsule à vis pour le Pineau des Charentes, le Floc de Gascogne, le Muscat de Rivesaltes, le Porto... et même, plus récemment, pour les boissons aromatisées à base de vin type Very Pamp (pub gratuite, je ne suis pas consommateur). Qui a dit qu'ils ne pourraient jamais sauter le pas pour le vin?

Vu les avantages (débouchage et rebouchage facile, notamment), et vu que certains vignerons eux-mêmes trouvent que le procédé est bénéfique pour la qualité du produit, il y a pourtant matière pour les producteurs comme pour les distributeurs à argumenter, à expliquer l'enjeu.

Je ne vois pas pourquoi ce qui s'est fait pour les lingettes nettoyantes, les dosettes de lessive liquide, les langes jetables, et toutes sortes d'innovations du conditionnement des produits de grande consommation, ne pourrait se faire dans le domaine du vin.

Comme "utilisateur", comme dégustateur de vins du monde entier, sans oeillères, sans tabous, je ne comprends pas pourquoi la France devrait s'interdire à jamais de se doter d'un procédé moderne, au risque de se ringardiser, de se scléroser, de nuire à la qualité de sa production. J'ai eu l'occasion de réaliser plusieurs dégustations comparatives (ICI et ICI). Le liège n'a jamais démontré sa supériorité. Et ne me parlez plus jamais de "surcroit d'émotion"...