01 juillet 2014

Les vins de Crimée interdits en Europe

L'information est passée un peu inaperçue entre deux matches du Mondial, mais au moment où l'équipe de Russie se faisait éliminer de la compétition, l'Union Européenne décidait un embargo sur les produits en provenance de Crimée et de Sébastopol. Pas les produits du reste de la Russie, non, juste ceux de la péninsule annexée par le pays de Vladimir Poutine.

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Histoire pour l'Union de montrer son mécontentement.

Parmi les premiers produits touchés, il y a le vin, le fameux Krimskoïé vino.

Moi, la géopolitique me saoule. Voire Mossoul. 

Je me demande d'abord pourquoi c'est la région annexée qui est frappée, et non l'annexeur; en 1938-39, aurions-nous décrété un embargo sur les Sudètes ou sur Dantzig?

Par ailleurs, je me demande quelle est la portée de cette mesure. 

Avez-vous déjà vu du mousseux de Crimée sur les étagères de vos supermarhés? Au restaurant? Chez votre caviste?

Moi, jamais. Ni en France, ni en Belgique, ni au Luxembourg, ni en Espagne, ni en Italie. Ni au Portugal.

La décision européenne ne risque donc guère de changer mes habitudes ni celles de mes fournisseurs.

Par ailleurs, bon nombre des produits produits en Crimée sous le régime ukrainien n'auraient déjà pas pu entrer dans l'Europe, compte tenu du fait qu'ils en usurpent les AOP ("Cagor" pour Cahors, Champagnskoïé pour Champagne, Port pour Porto, ou encore Madeira, Cognac, "Tokaï", etc...)

En outre, puisque le reste de la Russie n'est pas touché par l'embargo, qu'est-ce qui empêche les producteurs de le contourner en embouteillant leur vin de l'autre côté de la mer Noire, ou bien, beaucoup plus facile, en changeant les étiquettes? Avons-nous des observateurs européens en Crimée? Allons-nous analyser les flux de marchandises? 

Et puis, pourquoi ne viser que la Crimée? Quid de la Transnistrie moldave, par exemple?

Et puis il n'y a pas que la Russie. Pourquoi peut-on toujours importer en Europe des produits du Golan occupé?

S'est-on aussi jamais posé la question pour les produits du Tibet? Ceux du Cachemire? Ceux de Chypre Nord? 

00:13 Écrit par Hervé Lalau dans Europe | Tags : crimée, russie, embargo, géopolitique, golan, politique et vin | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

30 juin 2014

Pro domo In Vino Veritas

Voila 5 ans déjà que Philippe Stuyck, dans sa grande sagesse (ou dans son inconscience) m'a confié la rédaction en chef adjointe de sa revue, In Vino Veritas. C'est un peu son bébé. Alors je fais office de nourrice ou de précepteur.

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Je participe à l'élaboration des programmes rédactionnels (mot pompeux qui cache la difficulté qu'il y a à faire rentrer toute l'actualité du vin dans un magazine dont le nombre de pages ne va pas en s'élargissant), je supervise certains dossiers, j'en écris d'autres et j'en corrige la plupart, avec la volonté illusoire et toujours contredite de donner une sorte de ligne éditoriale à un "machin" dont l'intérêt premier est d'être un foisonnement d'idées parfois contradictoires, et c'est sa richesse.

Bref, je peste parfois, mais je ne m'ennuie jamais. 

Ceci pour vous expliquer que je ne peux pas être neutre, ni objectif quand il s'agit de cette revue. En plus, je suis un de ses plus vieux contributeurs, ayant commencé à y écrire, d'abord épisodiquement, puis plus régulièrement, il y a "vins" années bacchiques standard.

Si je vous en parle, c'est moins pour ces deux anniversaires que pour rappeler certains de ses mérites.

In Vino Veritas est indépendant. Il ne dépend d'aucun groupe de presse, d'aucune régie.

In Vino Veritas est un organe de presse, un point c'est tout. Il n'organise pas de concours, ni de big tasting, il n'est pas l'émanation d'un club d'oenophiles, il n'édite pas de guide de vins.

In Vino Veritas est un magazine d'opinion. Il fait des choix. Il ne vise pas à plaire à tout le monde. Il ne peut publier que les grands crus de Bordeaux, en 2013, ont le mérite d'être des vins de plaisir. Surtout pas au prix demandé.

In Vino Veritas n'a aucun lien avec la production. Il ne gère pas de groupement de producteurs, son patron ne possède pas de vignes, ne produit pas de vin, ne bénéficie pas de mise en avant dans la grande distribution. Ne propose pas de "deals" à ses lecteurs sur les vins qu'il sélectionne.

Tout ça ne favorise pas toujours son développement. Car ses seules rentrées d'argent sont les abonnements de ses lecteurs et les publicités de ses annonceurs.

Mais tout ça explique aussi que ceux qui y collaborent s'y plaisent, en général. 

Ils y entrent par cooptation, parce qu'ils partagent des valeurs, un intérêt commun pour le vin et ceux qui le font, une ambition, une esthétique.

Ils en sortent quand ils ne partagent plus ces valeurs, ou quand ils deviennent vignerons, ou quand ils meurent. 

Ils ont l'envie de partager ce que ce métier nous donne de plus beau: un contact permanent avec le vignoble; avec tout ce que cela comporte de moments magiques, enthousiasmants, de coups de colère et de déceptions, aussi.

Ce qui ne les empêche pas de se tirer la bourre entre eux, car ils ne cherchent pas l'unanimité. Même pas de façade.

J'arrête ici ce plaidoyer pour une revue qui s'annonce elle-même ainsi: "Probably the most modest wine Magazine in Belgium", un peu en réaction. Vous me direz que c'est Pro Domo. Et vous aurez raison. 

Mais si nous ne faisons pas valoir nos atouts, notre différence, qui le fera?

 

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, Europe, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (5) | | | |