30 juin 2014

Pro domo In Vino Veritas

Voila 5 ans déjà que Philippe Stuyck, dans sa grande sagesse (ou dans son inconscience) m'a confié la rédaction en chef adjointe de sa revue, In Vino Veritas. C'est un peu son bébé. Alors je fais office de nourrice ou de précepteur.

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Je participe à l'élaboration des programmes rédactionnels (mot pompeux qui cache la difficulté qu'il y a à faire rentrer toute l'actualité du vin dans un magazine dont le nombre de pages ne va pas en s'élargissant), je supervise certains dossiers, j'en écris d'autres et j'en corrige la plupart, avec la volonté illusoire et toujours contredite de donner une sorte de ligne éditoriale à un "machin" dont l'intérêt premier est d'être un foisonnement d'idées parfois contradictoires, et c'est sa richesse.

Bref, je peste parfois, mais je ne m'ennuie jamais. 

Ceci pour vous expliquer que je ne peux pas être neutre, ni objectif quand il s'agit de cette revue. En plus, je suis un de ses plus vieux contributeurs, ayant commencé à y écrire, d'abord épisodiquement, puis plus régulièrement, il y a "vins" années bacchiques standard.

Si je vous en parle, c'est moins pour ces deux anniversaires que pour rappeler certains de ses mérites.

In Vino Veritas est indépendant. Il ne dépend d'aucun groupe de presse, d'aucune régie.

In Vino Veritas est un organe de presse, un point c'est tout. Il n'organise pas de concours, ni de big tasting, il n'est pas l'émanation d'un club d'oenophiles, il n'édite pas de guide de vins.

In Vino Veritas est un magazine d'opinion. Il fait des choix. Il ne vise pas à plaire à tout le monde. Il ne peut publier que les grands crus de Bordeaux, en 2013, ont le mérite d'être des vins de plaisir. Surtout pas au prix demandé.

In Vino Veritas n'a aucun lien avec la production. Il ne gère pas de groupement de producteurs, son patron ne possède pas de vignes, ne produit pas de vin, ne bénéficie pas de mise en avant dans la grande distribution. Ne propose pas de "deals" à ses lecteurs sur les vins qu'il sélectionne.

Tout ça ne favorise pas toujours son développement. Car ses seules rentrées d'argent sont les abonnements de ses lecteurs et les publicités de ses annonceurs.

Mais tout ça explique aussi que ceux qui y collaborent s'y plaisent, en général. 

Ils y entrent par cooptation, parce qu'ils partagent des valeurs, un intérêt commun pour le vin et ceux qui le font, une ambition, une esthétique.

Ils en sortent quand ils ne partagent plus ces valeurs, ou quand ils deviennent vignerons, ou quand ils meurent. 

Ils ont l'envie de partager ce que ce métier nous donne de plus beau: un contact permanent avec le vignoble; avec tout ce que cela comporte de moments magiques, enthousiasmants, de coups de colère et de déceptions, aussi.

Ce qui ne les empêche pas de se tirer la bourre entre eux, car ils ne cherchent pas l'unanimité. Même pas de façade.

J'arrête ici ce plaidoyer pour une revue qui s'annonce elle-même ainsi: "Probably the most modest wine Magazine in Belgium", un peu en réaction. Vous me direz que c'est Pro Domo. Et vous aurez raison. 

Mais si nous ne faisons pas valoir nos atouts, notre différence, qui le fera?

 

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, Europe, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (5) | | | |

29 juin 2014

A la santé de M. Juncker!

Le nouveau président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, traine une réputation d'alcoolique pas du tout anonyme. Réputation que ses amis anglais (amis est un trait d'humour) ont courtoisement rappelé juste avant son élection. C'était sans doute plus facile de l'attaquer sur ce thème que sur son engagement européen. 

On a parfois l'impression que le meilleur candidat au poste, pour nos amis d'outre-Manche, est celui qui sabordera le plus vite la construction européenne; mais passons.

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Jean-Claude Juncker (Photo McZusatz)

Je ne connais pas M. Juncker. J'ignore ce qu'il boit exactement. Du bon, j'espère. C'est pour moi la vraie question. La question qualitative. Est-ce un homme de gout?  J'ai lu qu'on l'accusait de petit-déjeuner au Cognac. Les Britanniques sont-ils vexés que ce ne soit pas du Scotch?

Et puis, il y a des lacunes dans le raisonnement: que boit-il à midi? À quatre heures? Avant d'aller se coucher? 

On voudrait en savoir plus. On a le droit de savoir. Que fait la presse d'investigation? Serait-elle morte avec le News of the World et ses écoutes téléphoniques?

Plus sérieusement, je trouve très douteux de traiter ainsi quelqu'un d'alcoolique à la face du monde, que ce soit un homme public ou un simple citoyen.

Primo, où sont les preuves? S'agit-il d'une véritable addiction qu'il faut traiter? A-t-il déjà pris Angela Merkel pour un éléphant rose ou François Hollande pour une bouteille de Champagne?

Secundo, en quoi cela interfère-t-il avec ses fonctions? Après tout, les mêmes rumeurs circulent déjà depuis 2010 au moins - on dit aussi que c'est un gros fumeur. Et cela ne l'a pas empêché depuis de remplir la charge de premier ministre au Luxembourg. Et même d'être réélu. 

Cette histoire a de quoi faire sourire. Elle devrait pourtant nous mettre en garde. Contre les accusations gratuites. Contre une forme de dictature du politiquement correct. On n'admettrait plus, de nos jours, qu'un homme ou une femme politique soit empêché(e) d'accéder à une fonction parce qu'il ou elle trompe son conjoint, ou parce qu'il ou elle est homosexuelle, ou parce qu'il ou elle est de telle ou telle confession. Ou même, parce qu'il ou elle a touché au cannabis (certains s'en vanteraient plutôt). 

Alors pourquoi devrait-on stigmatiser quelqu'un qui boit ou qui fume?

Que la Grande-Bretagne décide ou non de sortir de l'Europe, on est en droit de demander à ses politiciens et à ses éditorialistes de respecter une certaine décence dans le combat politique.

Pour terminer, je me permets de leur rappeler qu'Hitler était on ne peu plus sobre, tandis que Churchill, pas vraiment. Si les deux avaient été candidats au poste de M. Juncker, je me demande si les eurosceptiques anglais auraient utilisé les même pathétiques arguments.

Alors, en résumé, et sans préjuger de sa politique, je me permets de lever mon verre de Rasteau (Ortas 2012) à la santé du dit Juncker! Et de tous les épicuriens d'Europe.

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Europe, Grande-Bretagne, Luxembourg, Pour rire, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |