17 avril 2016

Rosés: l'indication géographique n'est plus le critère déterminant en GD française

Si l'on en croît le chiffres du panel IRI pour 2015, en tout cas.

Aux cinq premières places, on trouve en effet un IGP (Pays d'Oc), deux AOP (Côtes de Provence et Cabernet d'Anjou), mais aussi deux vins sans indication géographique - auxquels on pourrait ajouter une sixième, Vin de France. 

Voici donc le palmarès des rosés de grande distribution en France:

IGP pays d’Oc

56,3 millions de litres

(+ 0,7 %)

Côtes de Provence

26,3 millions de litres

(- 2,2 %)

Cabernet d’Anjou

18,4 millions de litres

(- 3,2 %)

Vins sans IG UE rosé

18,3 millions de litres

(+ 50,9 %)

Vins sans IG Espagne

15,6 millions de litre

(+ 13,5 %)

 

On notera la très forte progression des vins sans indication d'origine issus de l'Union Européenne - exclusivement des vins d'entrée de gamme. Ni les AOP espagnoles, ni les AOP des autres pays d'Europe n'ont pour l'instant réussi à conquérir les gondoles françaises, les distributeurs et les grandes marques de vin préférant apparemment rester discrets sur la montée des vins étrangers en France.

Dommage pour ceux qui, comme moi, apprécient les rosés de Navarre ou des Pouilles...

00:43 Écrit par Hervé Lalau dans Europe, France, Italie, Languedoc, Provence, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

09 avril 2016

Fraudes aux grands vins: que peut-on faire?

Les fraudes aux vins sont récurrentes; vous avez sans doute entendu parlé de l'affaire Geens - M. Geens restant apparemment intouchable; de l'affaire du Pinot Noir de Limoux; de l'affaire Labouré-Roi; ou encore, plus récemment, de l'affaire Béjot. Dénominateur de toutes ces fraudes avérées ou soupçonnées (pour Béjot, l'affaire doit encore être instruite, il faut donc accorder le bénéfice du doute): le contenu de la bouteille ne correspond pas forcément aux mentions sur l'étiquette.

Les grands vins ne sont pas épargnés: après l’affaire Rodenstock, après l’affaire Kurniawan, il y a eu l’affaire White Club. Du nom de la société montée par un couple de Danois, Malene Meisener et René Dehn (alias Rehné Thomsen).

L’occasion de s’intéresser d’un peu plus près à cette problématique qui empoisonne le petit monde des vins de prix.

Cette affaire, mise au jour par les deux journalistes danois André Devald et René Langdahl, a fait le buzz dans la presse du vin. D’après nos confrères, qui avaient monté un petit réseau d’enquêteurs au Danemark et à l’étranger, le couple aurait présenté à plusieurs reprises les même vins rares, généralement très anciens (et très chers) lors de différentes manifestations payantes, quitte à falsifier les étiquettes et à re-remplir les bouteilles (dont un Porto de 1830). De grands critiques comme Jancis Robinson, Neal Martin et Stuart George semblent avoir été un temps abusés par le couple, dont les premiers événements auraient été irréprochables, les fraudes n’ayant commencé que plus tard.

Je ne suis ni juge ni avocat,  ce ‘est donc pas à moi de statuer donc pas sur la véracité des accusations portées à l’encontre du White Club. Mais je peux quand même vous mettre en garde contre ce type de fraude présumée, qu’elle soit avérée ou non…

Voici tout d’abord une petite check-list des types d’escroquerie les plus courants.

 

Fabrication de fausses étiquettes

A l’heure du numérique et de la PAO, rien de plus facile que de reproduire une étiquette de grand vin. 
Certains Chinois semblent s’être fait une spécialité de ce genre d’embrouille. Certains sont plus « professionnels » que d’autres. Comme les typographes ne comprennent pas toujours ce qu’ils composent, on voit parfois de curieuses choses. La Tâche avec ou sans accent circonflexe, par exemple. Un magnum de Petrus avec l’indication de volume du mauvais côté de l’étiquette. Et même, plus récemment, des fausses bouteilles de Jacob’s Creek quasiment indétectables. Ce dernier cas semblant indiquer que les vins rares ne sont plus les seuls visés. Tout fout le camp, ma bonne dame….

932361937_origOn aura tout vu: des étiquettes de Jacob’s Creek ont été contrefaites en Chine

 

Reremplissage de grandes bouteilles

Nous ne parlons pas de la remise à niveau du vin après évaporation naturelle, bien sûr. L’idée est simple: plutôt que de reproduire l’étiquette, pourquoi ne pas la réutiliser?

Imaginez que vous ayez dans votre cercle de connaissances des passionnés de vin, ou tout simplement, des amateurs de dîners d’affaires huppés; vous organisez un dîner dont la vedette sera un grand cru des années 1930, par exemple. 
Le vin est superbe, tout le monde s’extasie, même la presse, que vous avez invitée. A la fin du dîner, vous récupérez la bouteille, vide ou à moitié, et vous la re-remplissez avec un vin d’origine similaire, mais plus jeune – et partant beaucoup moins cher. Eventuellement, vous le faites alors vieillir artificiellement en lui faisant subir une bonne chauffe.
 Puis vous organisez un second dîner, avec la même bouteille. Si celle-ci est numérotée, ou si l’étiquette présente une marque trop reconnaissable, vous grattez, vous salissez, vous déchirez – les vieilles bouteilles ont de vieilles étiquettes, l’usure est donc admissible.

Il y a peu de chances qu'on ne découvre la supercherie, vu que vous n’inviterez jamais deux fois les mêmes convives, que rares sont ceux qui dégustent ce genre de vin tous je jours, et que même si le vin est décevant, rares sont ceux qui admettent s’être fait avoir dans ces cercles huppés – à partir d’un certain revenu, d’un certain statut ou d’une certaine célébrité, "on ne vous la fait pas".

Dans le cas du White Club, si supercherie il y a bien eu, celle-ci n’aura pu être découverte que parce que les invités de plusieurs dîners successifs ont pris des photos des bouteilles et les ont comparées.

 

Vente à découvert

Vous commandez des grands crus sur un site, vous laissez un acompte et le vin n’arrive pas. Le site est d’autant moins excusable qu’au moment de la commande, il ne possède pas le vin, ni même l’assurance qu’il pourra se le procurer dans des délais raisonnables.

Vous pouvez évidemment entamer une procédure judiciaire, mais c’est long et cher. A moins que vous ne comptiez sur l’action diligente de la justice…

 

Usurpation d’identité

Vous êtes vigneron et vous recevez une commande d’un établissement de prestige. Vous êtes flatté. Vous livrez donc votre vin à l’adresse indiquée sur la commande. Le paiement tardant, vous vous apercevez que la commande émanait d’un escroc, et que l’établissement n’avait d’ailleurs rien commandé, que le vin a été intercepté. Pourtant, vous aviez demandé confirmation par téléphone. Mais il s’agissait du numéro de portable de l’escroc qui s’était fait passé pour la personne responsable des commandes de l’établissement. L’adresse indiquée, elle aussi, était fausse.

J’en oublie sans doute. La créativité des fraudeurs est aussi illimitée que le prix que certains collectionneurs et investisseurs semblent prêts à donner pour certains vins. Au point qu’on peut d’étonner que des hommes d’affaires aguerris, ayant fait fortune dans d’autres secteurs, fassent parfois montre d’une telle crédulité lorsqu’il s’agit de vin. Pour plus de détails, voir ICI l’excellent blog de notre ami Jim, Investdrinks.

 

Mais que peut-on faire?

Primo, si vous participez à une dégustation de prestige, signez en gros caractères sur les étiquettes après dégustation.

Secundo, n’achetez jamais et ne payez pas non plus pour déguster une bouteille dont l’étiquette ne porte pas un numéro complet et lisible.

Tertio, méfiez-vous des sites de commandes de vin en ligne. Les prétendues bonnes affaires n’en sont pas toujours. Achèteriez-vous un bijou ou une peinture de maître sur internet? Moi pas.

Quarto, ne vous plaignez pas si votre investissement dans le vin n’a pas été à la hauteur de vos espérances. Le vin, en temps qu’investissement, est un produit à risque comme les autres. Plus vous achèterez des vins chers, plus vous prendrez de risques.

Connaissez-vous beaucoup de gens qui se lamentent d’avoir acheté un Faugères à 12 euros? Et vous savez pourquoi? D’abord, parce que si le vin n’est pas bon, leur perte sera réduite. Ensuite, parce que si le vin est bon, leur bonheur sera encore plus grand, car il s’y ajoutera le plaisir de la découverte. Et en plus, ils auront le plaisir de pouvoir le boire, au contraire du vin acheté pour la revente.

Vous l’avez compris, j’aime le vin qui se boit, plus que celui qui se thésaurise.

00:55 Écrit par Hervé Lalau dans Etats-Unis, Europe, France, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |