03 juillet 2014

Ce bon Rousseau

Nombreux sont les vignerons qui prônent un retour à la nature. Et militent par l'exemple de leur vin, avec plus ou moins de bonheur - mais les vignerons dits conventionnels non plus ne font pas tous de grands vins.

Certains de ces "naturistes", au sens philosophique, évoquent Steiner (qui ne s'est jamais intéressé au vin), d'autres Rousseau. 

Cette tendance s'accompagne souvent d'une certaine prise de distance avec la science. Il faut dire que Rousseau lui-même n'était pas tendre avec le monde scientifique de son époque. Voici ce qu'il en dit dans son Discours sur les sciences et les arts, en 1750:

"L'astronomie est née de la superstition ; l'éloquence de l'ambition, de la haine, de la flatterie, du mensonge ; la géométrie de l'avarice ; la physique d'une vaine curiosité ; toutes et la morale même, de l'orgueil humain."

Pourtant, en 1750, on ne parlait pas encore d'oenologie, ni de pesticides.

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10:54 Écrit par Hervé Lalau dans Europe, Pour rire, Suisse | Tags : vin, nature, rousseau, état de nature, philosophie, oenologie | Lien permanent | Commentaires (4) | | | |

01 juillet 2014

Les vins de Crimée interdits en Europe

L'information est passée un peu inaperçue entre deux matches du Mondial, mais au moment où l'équipe de Russie se faisait éliminer de la compétition, l'Union Européenne décidait un embargo sur les produits en provenance de Crimée et de Sébastopol. Pas les produits du reste de la Russie, non, juste ceux de la péninsule annexée par le pays de Vladimir Poutine.

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Histoire pour l'Union de montrer son mécontentement.

Parmi les premiers produits touchés, il y a le vin, le fameux Krimskoïé vino.

Moi, la géopolitique me saoule. Voire Mossoul. 

Je me demande d'abord pourquoi c'est la région annexée qui est frappée, et non l'annexeur; en 1938-39, aurions-nous décrété un embargo sur les Sudètes ou sur Dantzig?

Par ailleurs, je me demande quelle est la portée de cette mesure. 

Avez-vous déjà vu du mousseux de Crimée sur les étagères de vos supermarhés? Au restaurant? Chez votre caviste?

Moi, jamais. Ni en France, ni en Belgique, ni au Luxembourg, ni en Espagne, ni en Italie. Ni au Portugal.

La décision européenne ne risque donc guère de changer mes habitudes ni celles de mes fournisseurs.

Par ailleurs, bon nombre des produits produits en Crimée sous le régime ukrainien n'auraient déjà pas pu entrer dans l'Europe, compte tenu du fait qu'ils en usurpent les AOP ("Cagor" pour Cahors, Champagnskoïé pour Champagne, Port pour Porto, ou encore Madeira, Cognac, "Tokaï", etc...)

En outre, puisque le reste de la Russie n'est pas touché par l'embargo, qu'est-ce qui empêche les producteurs de le contourner en embouteillant leur vin de l'autre côté de la mer Noire, ou bien, beaucoup plus facile, en changeant les étiquettes? Avons-nous des observateurs européens en Crimée? Allons-nous analyser les flux de marchandises? 

Et puis, pourquoi ne viser que la Crimée? Quid de la Transnistrie moldave, par exemple?

Et puis il n'y a pas que la Russie. Pourquoi peut-on toujours importer en Europe des produits du Golan occupé?

S'est-on aussi jamais posé la question pour les produits du Tibet? Ceux du Cachemire? Ceux de Chypre Nord? 

00:13 Écrit par Hervé Lalau dans Europe | Tags : crimée, russie, embargo, géopolitique, golan, politique et vin | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |