01 avril 2015

Et si les industriels du vin arrêtaient de nous bourrer le moût?

Quand on parle de must, la plupart des gens pensent au dernier smartphone ou à la dernière paire de chaussures à semelles rouges.

Mais pour nous, Must, c'est d'abord le réseau des producteurs européens de moûts concentrés. Must, c'est son nom.

Un joli petit club qui regroupe les Espagnols d'Azumancha et les Italiens de FederMosti. Si je vous en parle, c'est qu'ils viennent de signer un accord avec l'ODG de l'IGP Pays d'Oc, pour lutter contre ce qu'ils conçoivent comme une distorsion de concurrence: le fait que les vignobles du Nord de l'Europe aient toujours le droit de chaptaliser, et pas ceux du Sud, tandis que l'aide européenne aux moûts concentrés à été supprimée.

Les trois nouveaux fiancés entendent communiquer auprès du public dans leurs pays respectifs. Ils réclament également l’obligation de mentionner sur l’étiquette tout ajout de saccharose dans les vins.

Je trouve cette prise de position particulièrement hypocrite.

Comprenez moi bien: je suis favorable à l'interdiction de la chaptalisation dans le vin, et ce, partout en Europe.

Et je précise: sous toutes ses formes, y compris l'ajout de moût concentré, dont le résultat est bien le même: faire monter le degré d'alcool.

J'irai même plus loin; on peut, à l'extrême, comprendre que l'Europe ait maintenu la possibilité de chaptaliser dans des régions septentrionales souffrant d'un déficit d'ensoleillement, avec comme conséquence de faibles degrés. Même si, avec le réchauffement climatique et une meilleure maîtrise des fermentations, la sélection de levures, etc, le problème semble de plus en plus hypothétique.

On ne comprend plus de tout, par contre, que des producteurs du Sud, aux vignes gorgées de soleil, et dont les productions souffrent même souvent de degrés d'alcool trop importants, puissent devoir recourir à l'ajout de moût concentré. Les seules raisons qui peuvent être invoquées sont d'ordre financier: en récoltant plus tôt et en sucrant, on produit plus à moindre coût.

Mais est-ce là le type de vin que l'Europe veut produire, surtout sous les mentions IGP ou AOC? Est-ce l'intérêt à long terme de ses producteurs que de continuer à miser sur les volumes dans un marché qui régresse?

Quant à communiquer sur l'ajout de saccharose (1) auprès du grand public, je crains qu'il soit à double tranchant. 

Révéler au consommateur la tambouille que l'on fait pour produire du vin, et qui ne se limite pas au sucrage, quelles que soient ses formes, n'est pas de nature à lui faire aimer ce produit. Lui qui croit bêtement que le vin est le produit tout simple de la fermentation du raisin. Ne me dites pas que cela comprend le fait de réincorporer du moût concentré d'autres raisins.

Et puis, montrer du doigt les vilains sucreurs tout en édulcorant soi-même ses vins par d'autres moyens, au mépris des conditions naturelles et de ce fameux terroir que tout le monde prétend défendre, cela pourrait passer pour un poisson d'avril. Malheureusement, ce n'est pas le cas.

C'est une véritable information; la preuve que l'argent passe devant les principes. 

Que les industriels du vin veuillent défendre leurs intérêts n'a rien de choquant; qu'ils veuillent prendre à témoin le consommateur, en lui cachant la vraie nature du problème, par contre, c'est pitoyable.

Comptez sur moi pour le rappeler autant de fois que ce sera nécessaire.

It's a must. 

 

(1) Ca serait pas des fois d'la betterave?

00:29 Écrit par Hervé Lalau dans Europe, France | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

30 mars 2015

Loi Santé: éviter l'abus, ou la consommation même de vin?

Reçu à l'instant de Stéphane Defraine, vigneron de l'Entre Deux Mers, ce texte frappé au coin du bon sens:

  
Le 23 février dernier, en visite sur le Pavillon des Vins au Salon de l’agriculture, le Premier Ministre était questionné sur le futur projet de loi de santé publique et sur les craintes du secteur concernant le renforcement des mesures relatives à la publicité. Il répondait alors : «Votre filière doit être soutenue et encouragée. […]: « Comment pourrait-on stigmatiser un produit phare qui contribue à l’identité de la France dans le monde ? Il faut que nous gardions cette force.»

Pourtant, alors que l'Assemblée nationale a débuté l'examen du projet de loi de santé publique, la Commission des affaires sociales a pris une orientation substantiellement différente. En effet, le rapporteur du projet a proposé une disposition qui vise à fixer, par voie d’arrêté ministériel, le message sanitaire prévu à l’article L.3323-4 du code de la santé publique. Par cette modification, l’objectif recherché est de supprimer toute référence à l’abus en stigmatisant la consommation d’alcool.

Ainsi, la Commission des affaires sociales prend à son compte les préconisations extrémistes visant à attaquer toute consommation d'alcool, en contradiction avec les recommandations de l'OMS.

En effet, l'OMS a clairement établi que c'est l'excès de consommation d'alcool qui constitue un danger contre lequel il convient de lutter. C'est le sens de la recommandation relative aux repères de consommation mais également de sa stratégie mondiale visant à réduire l'usage nocif de l'alcool.

hygiénisme, Loi Evin

La prohibition, les ligues de vertu, on a déjà donné...


L'OMS souligne d'ailleurs dans cette stratégie que "le risque d’usage nocif de l’alcool varie en fonction de l’âge, du sexe et d’autres caractéristiques biologiques du consommateur et selon le contexte dans lequel la consommation d’alcool a lieu. Certains groupes et individus vulnérables ou à risque sont plus sensibles aux propriétés toxiques, psychoactives et dépendogènes de l’éthanol. Dans un même temps, les modes de consommation présentant peu de risques au niveau individuel ne sont pas nécessairement associés à des conséquences sociales et sanitaires négatives ou à une probabilité nettement accrue que de telles conséquences surviennent."

Elle établit ainsi très clairement une distinction entre usage et risque, celui-ci devant être apprécié en fonction des caractéristiques propres à chaque population cible.

L'amendement voté en commission des affaires sociales va sans nuance dans le sens d'une volonté prohibitionniste et hygiéniste, dont la pertinence et l'efficacité ne sont ni portées par des institutions de référence, ni avérées dans les faits. Les associations de prévention de l'alcoolisme elles-mêmes font la distinction entre les usages nocifs qui engendrent des troubles des autres usages.

C'est donc une approche purement politique qui prévaut, sans aucun souci d'efficacité à l'égard des consommateurs, lesquels ont parfaitement intégré le sens du message sanitaire "l'abus d'alcool est dangereux pour la santé" et son invitation à une consommation modérée.

La mobilisation de tous est donc déterminante à quelques jours de l'examen en séance plénière à l'Assemblée nationale, à partir du mardi 31 mars 2015.
Il convient que chacun fasse clairement entendre aux parlementaires dans chaque région l'opposition absolue que suscite un tel amendement et la logique prohibitionniste qui le sous-tend.

hygiénisme, Loi Evin

09:54 Écrit par Hervé Lalau dans Etats-Unis, Europe, France | Tags : hygiénisme, loi evin, vin | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |