21 septembre 2015

Schengen - comme si vous y étiez!

On parle beaucoup de l'espace Schengen, ces temps-ci. Ca tombe bien, j'y étais hier matin!

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Mais où se situe donc ce charmant village? En Allemagne? Aux Pays-Bas? En Lorraine? Vous n'y êtes pas. Mais vous n'êtes pas très loin: Schengen est une commune luxembourgeoise, sur la Moselle, au point d'intersection entre la France, l'Allemagne et le Grand Duché.

Pour la petite histoire, ce fameux point d'intersection se trouve... au milieu de la rivière. Subtilité supplémentaire: entre l'Allemagne et le Luxembourg, cette rivière est un condominium, une sorte de copropriété internationale. 

C'est d'ailleurs sur un bateau (le Marie-Astrid), qu'a été signé le premier accord de Schengen, en 1985. On fête donc cette année les 30 ans de la liberté - inconditionnelle? - de circulation des personnes et des marchandises entre les pays signataires. 

Rien de plus logique, dès lors, que ce soit ici que soit implanté le Musée européen.

Les randonneurs, quant à eux, apprécieront le sentier pédestre international qui serpente autour du Stromberg, colline franco-luxembourgeoise sans frontières.

Cependant, les locaux ne vivent ni de politique ni d'eau fraîche; mais plutôt du vin.

Et je le prouve, avec ce Riesling 2012 du Château de Schengen (Domaine Thill) dont l'étiquette a été dessinée par Victor Hugo, qui y a séjourné.

Faut-il y voir une prémonition? Est-ce l'histoire qui se mord la queue? Toujours est-il que Totor était un grand apôtre des "Etats-Unis d'Europe". Et comme, modestement, j'en suis un également, moi qui bénéficie de l'hospitalité des Belges depuis trente ans, il me semble normal de saluer l'Esprit de Schengen, celui qui rapproche les peuples, plutôt que de les monter les uns contres les autres.

Il n'est pas un mois qui passe sans que j'éprouve les avantages de la libre circulation des personnes (et des vins) au sein de l'Espace Schengen, sans parler de la facilité de payer en euros, et je n'ose imaginer un retour en arrière.

 

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Quant au vin du Château de Schengen, il résume assez bien l'idée des accords éponymes.

Il s'agit d'un riesling, cépage européen s'il en est, puisqu'on le trouve aussi bien en Alsace qu'en Allemagne, qu'au Luxembourg, en Autriche, en Tchéquie, en Slovaquie (...), et même en Hongrie.

Il est vinifié ici en sec, comme le préfèrent les Luxembourgeois - et moi-aussi, surtout si on ne précise rien sur l'étiquette. Rien de plus désagréable, en effet, que de boire du doux quand on croit avoir acheté du sec.

Toujours est-il qu'il présente de très belles notes de citron légèrement confit, de pomme golden, mais aussi quelques nuances florales (genêt?) et une toute petite pointe de pétrole; la bouche ample allie le vif, le mûr et cette forme de gras, de plénitude, qui m'étonne toujours dans des vins à l'acidité si marquée.

Irrésistiblement, je pense à ce fakir qui, dans les Cigares du Pharaon, se repose sur une planche à clous. Dans ce vin aussi, le pointu se fait caresse.

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Qui veut jeter Schengen à l'égoût? (Photo (c) H. Lalau 2015)

 

PS. Saviez-vous que certains vins de Schengen contiennent des raisins... français? Certains vignerons luxembourgeois ont en effet des vignes sur Sierck les Bains, de l'autre côté de la frontière; la nationalité du vin dépend alors du lieu de vinification. Et en définitive, à quelques dizaines de mètres près, qu'est-ce que peut bien représenter une frontière pour des raisins? Le soleil brille pour tout le monde, pas vrai?  

10:55 Écrit par Hervé Lalau dans Allemagne, Europe, France, Luxembourg | Tags : schengen | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

22 août 2015

Des statistiques

Nous vivons dans un monde de statistiques.

Cela n'a rien de grave tant qu'on n'en tire pas de fausses conclusions.

Une journée de travail en plus en année bissextile, ou un jour de pont de moins en mai, et c'est 0,5% de produit national en plus. Sans aucun effort ni politique particulière.

Un beau mois de juillet, et les ventes de rosés explosent. Sans pour autant que la qualité ne soit meilleure.

A propos de juillet, je m'interroge sir les statistiques de mortalité routière, en forte hausse. 

A-t-on tenu compte de l'augmentation de la fréquentation touristique? Désertant les plages du Maghreb, d'Egypte ou de Turquie en raison de l'insécurité, de nombreux Français (et étrangers) se sont rabattus sur l'Hexagone pour les vacances. Bon nombre d'entre eux ont pris leur voiture. Cet afflux de touristes sur les routes françaises  t-il été mesuré et rapporté à la hausse des accidents? Nulle part, je ne l'ai vu invoqué dans les communiqués ni les articles dans la presse.

Parallèlement, l'augmentation des morts de juillet vient à point nommé pour étayer le projet de diminution de la vitesse sur les routes nationales, déjà dans les cartons du gouvernement depuis quelques mois.

J'aimerais tout de même faire remarquer que si la mortalité routière est préoccupante, il n'est pas sûr que les limites officielles de vitesse soient plus respectées demain qu'aujourd'hui, surtout dans un pays ou d'autres statistiques (mais sont-elles fiables?) révèlent que de nombreux conducteurs roulent sans permis.

Enfin, ces dernières années, la mortalité routière a reculé partout en Europe; les pouvoirs publics s'en sont félicités, comme il se doit. En France, ils l'ont essentiellement attribué à la multiplication des radars.

Mais je ne sache pas qu'ils aient jamais évoqué la possibilité de ré-augmenter la vitesse sur les routes lorsque la mortalité baissait. 

Notons aussi qu'en 2013, la mortalité routière était sensiblement supérieure en Belgique (pays où les autoroutes sont limitées à 120- qu'en France (où un projet vise à les abaisser de 130 à 120). Pour les amoureux des chiffres: la Belgique est à 65 tués par million d'habitants, contre 50 en France (je vous fais grâce des décimales de tués).

Autre comparaison édifiante: la Roumanie, qui a exactement les mêmes limitations de vitesse que la France, présente une mortalité routière de 92 tués par million. Soit près de double.

J'en conclue qu'il y a bien d'autres facteurs que la vitesse pour influencer ces chiffres - je pense à la qualité de l'infastructure routière, à l'état du parc automobile, à la formation des conducteurs. Toutes choses, bien sûr, qui coûtent plus cher à l'Eta qu'un simple arrêté au journal officiel abaissant la vitesse.

Surtout, j'ai l'impression que les statistiques ne servent jamais que dans un seul sens, pour justifier des décisions déjà arrêtées, pour faire passer la pilule. Ajoutez-y quelques interviews bien choisies de victimes de la "violence routière" (terme très connoté), et vous obtenez l'objectif recherché: une apparence d'opinion favorable. Qui pourrait dire au micro, après ça, qu'il n'a pas envie qu'il y ait moins de morts sur  les routes?

J'ai pris l'exemple de la vitesse. J'aurais pu parler de la consommation d'alcool. En mélangeant allègrement vin et alcool, d'ailleurs, comme il se doit dans la réprobation bien pensante qui tient lieu de dogme dans les rédactions.

Je n'ai pu m'empêcher de noter que lors du tragique accident de Rohan, le conducteur (qui n'avait pas le permis, et dont on peut donc mettre en doutes les compétences de conduite), était au delà de la dose d'alcool légale aujourd'hui. Mais qu'il aurait été tout à fait dans les normes il y a 20 ans, celles-ci ayant été constamment rabaissées entretemps. Personne, cependant, ne l'a relevé.

Ce n'est pas tant les politiques menées par nos gouvernants que je mets en cause (même si le principe de précaution me semble bien trop souvent invoqué) que leur communication et leurs outils d'influence. Nous autres journalistes devrions y porter plus d'attention. Il semble que nous tombions de plus en plus facilement dans le panneau. Routier ou autre.

 

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01:20 Écrit par Hervé Lalau dans Europe, France | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |