12 mai 2009

Mort d'un pionnier de l'Europe viticole

Gérard Baloup, fondateur en 1988, avec les présidents Edgar Faure et Jacques Chaban-Delmas, de la Conférence Européenne des Régions Viticoles (CERV), qui devint en 1994 l’Assemblée des Régions Européennes Viticoles (AREV), est décédé le 2 mai 2009, dans sa 83e année.

Pour ce Girondin, au double sens du terme, l’engagement européen était comme une seconde nature. Il fut très tôt convaincu "que les Régions apporteraient à l’Europe le nouveau souffle dont elle a incontestablement besoin". Que loin de menacer les souverainetés et les Etats, la liaison Europe-Régions permettrait de formuler des réponses nouvelles aux nombreux défis de sa construction.

Gérard Baloud était diplômé Collège d’Europe à Bruges (première promotion).

Il aimait à souligner que quelles que soient les tendances ou les modes dans la société postmoderne, le principe de différenciation l’emporterait toujours sur la standardisation, qui est le lot de la logique industrielle, dont le projet d'autorisation européenne du rosé de coupage lui paraissait une illustration inepte.

Selon lui, l’avenir du vin européen était précisément dans le maintien des liens entre produit et territoire et dans la défense et la valorisation du modèle viticole européen, notamment par l’œnotourisme. Ceci passe inévitablement par la réaffirmation du principe de qualité et la gestion au plus près des espaces et des potentiels de production.

Gérard Baloup, de même que l'AREV, n' a pas ménagé ses critiques contre l'OCM vins, et notamment ses projets de dérégulation.

Plus d'information: www.arev.org

10:54 Écrit par Hervé Lalau dans Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

11 avril 2009

Rosé de coupage: enfonçons le clou!

Je reçois ce matin de confrères une invitation à signer une pétition en faveur des rosés français, "menacés par le projet européen de libéralisation des rosés de coupage".

 

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Dites-le avec des fleurs: une rose de coupage

 

 

Je respecte bien entendu l'opinion de mes confrères et leur droit à l'exprimer mais je souhaite attirer leur attention - et la vôtre, cher amis bloggeurs, au cas où cela vous aurait échappé - sur plusieurs faits troublants. Que ceux qui connaissent déjà ma position me pardonnent de me répéter, mais il semble que l'information est mal passée.

1° La levée de l'interdiction du coupage des rosés proposée par Bruxelles ne concerne en réalité que les vins sans indication d'origine; les appellations françaises sont libres de maintenir les règles actuelles. Il est donc erroné de dire que les Côtes de Provence sont en danger, par exemple. Pour autant qu'elles fassent véritablement appliquer les règles, bien sûr.

2° C'est la raison pour laquelle les représentants français à Bruxelles ont adopté ce projet en première instance -  la FEVS et l'Association des Exportateurs de vin français (AGEV)  révèlent que les Français ont bel et bien été associés à la rédaction du projet, que les opposants d'aujourd'hui ont même été invités à participer à des négociations à ce sujet au plan national, et que le ministère de l'agriculture a cautionné cette mesure.  Je vous engage à contacter la FEVS au mail suivant pour plus d'information: AFFRE@fevs.com

3° Cette mesure doit être re-située dans un plan plus vaste de libéralisation des techniques oenologiques qui doit idéalement permettre à l'Europe de concurrencer les pays du Nouveau Monde sur les marchés étrangers. Curieusement, personne ne semble s'intéresser au contenu des autres mesures de ce plan, alors qu'on y autorise les copeaux, par exemple.
J'ai du mal à comprendre pourquoi le fait d'ajouter du vin blanc à du vin rouge, le résultat restant du vin, pose plus problème à certains producteurs que l'osmose inverse, autorisée en France depuis des années, et qui me semble une intervention bien plus fondamentale et beaucoup plus critiquable sur le produit - soyons clairs, elle vise à gommer l'effet millésime, et si ce n'est pas une approche industrielle du vin, alors qu'est-ce c'est?

Je m'interroge aussi sur le fait de savoir pourquoi le ministre français Barnier - totalement muet lors de la campagne vin = cancer menée par l'INCA, surréagit aujourd'hui - voudrait-il quitter son ministère sur un coup d'éclat avant de s'engager dans les élections européennes?

Quoi qu'il en soit, il est curieux de l'entendre parler de "France isolée". Il faudrait plutôt parler de "France girouette".
Les autres Européens ne comprennent absolument pas notre revirement, puisque nous avons cautionné ce projet au départ, lui avons donné un feu vert technique, avant de le dénoncer et de lancer une bataille de procédure pour l'enterrer au plan politique. Notre position est d'autant moins solide qu'il faut savoir que le Champagne utilise déjà le coupage en toute légalité depuis des décennies pour ses rosés. Les Champagnes rosés sont-ils dangereux? Sont-ils mauvais?
Vu de l'étranger, en tout cas, la posture de la France apparaît comme hautaine et ses arguments, spécieux.

Comme tout amoureux du vin, je suis très attaché à la qualité des rosés français; je souhaiterais même que les contrôles de qualité, selon les règles d'aujourd'hui, soient renforcés au sein des AOC. Bon nombre de producteurs avouent par ailleurs (hors micro) pratiquer le coupage sans le dire. C'est donc que les contrôles sont insuffisants aujourd'hui. Et d'ailleurs, qui peut dire qu'il n'a jamais été déçu par un Côtes de Provence?

Coupage ou pas coupage, la qualité ne se décrète pas. Ayant pu déguster de bons rosés chiliens de coupage récemment, je m'inscris en faux contre l'idée que ce type de rosés est forcément moins bon. Organisons une dégustation!

Mais comme tout journaliste, je suis surtout attaché à la vérité. Je n'ai aucun intérêt personnel dans cette affaire, je n'ai de leçon à donner à personne, surtout pas à des confrères, mais je me permets d'attirer votre attention sur les risques de manipulation. Et sur la nécessité d'appréhender tous les éléments du problème.

Incidemment, je suis très surpris de l'importance qu'a pris ce thème dans les médias, même généralistes: défendre le bon rosé, c'est bien; mais où était la grande presse lorsqu'il s'agissait de défendre le vin face aux projets d'interdiction des dégustations, par exemple?  Et qui répondra à l'article paru dans le dernier Science et Avenir sous le titre "Un verre, c'est déjà trop"? Cela me paraît beaucoup plus important.

10:49 Écrit par Hervé Lalau dans Europe | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |