08 juin 2009

Rosé, suite et fin

Comme tout vacancier en puissance et en mal de terrasse, j'ai lu avec intérêt les pages consacrées au rosé dans le dernier Cuisine & Vins de France. Sans surprise, j'y ai trouvé, au détour d'un commentaire sur Bandol, une prise de position du magazine en faveur des rosés traditionnels - à peine trop appuyée. Les rosés de coupage y sont qualifiés de "vulgaires blancs tachés de rouges grossiers", qui "ressembleront aux rosés sans en avoir la subtilité", ce dont, apparemment, "l'Europe se moque". Un vigneron (ou une vigneronne) de Provence n'aurait pas mieux dit.

Bel engagement. Le magazine se place courageusement à la pointe du combat, renouant avec une tradition pamphlétaire qu'on n'avait plus vue depuis le régime de Vichy-Célestins; l'article  saigne... comme une belle cuve de rosé, on a envie de dire "gardez-en pour l'assemblage"! Pas étonnant, dès lors, que les pages de publicité des rosés de Provence débordent jusqu'en couverture! C'était un risque, mais Cuisine & Vins de France l'a pleinement assumé.

Pas étonnant, non plus, que la Commission Européenne ait finalement décidé ce matin de retirer son projet légalisant les rosés de coupage. Ah, le pouvoir de la presse culinaire d'investigation! Car c'est là qu'il faut chercher les raisons du revirement de la Commission, à n'en pas douter; et non dans un quelconque lobbying, ou même dans les résultats des élections européennes. Notons à ce propos que Michel Barnier sort grandi de l'épreuve. Il aura eu gain de cause lorsqu'il demandait d'autoriser les rosés de coupage; il aura eu gain de cause aussi quand il demandait leur interdiction.

Dans ce contexte, amis lecteurs, il me semble utile de vous redonner le lien vers le site de mon confrère suisse Pierre Thomas, qui tend à prouver que les rosés de coupage ne sont pas forcément inférieurs en qualité.

http://www.hebdo.ch/edition/2009-17/mieux_comprendre/vin_rose/melanger_le_rouge_et_le_blanc_la_fin.htm

Je peux également vous recommander la lecture d'un article d'un autre excellent confrère, David Cobbold, dont j'extrais ces quelques lignes: "Au titre du vox populi, un rosé d’assemblage (avec des ingrédients de bonne qualité, bien entendu) peut largement rivaliser avec un rosé de saignée. Sur le cumul, 13 personnes sur 29 (près de 45%) ont préféré mes rosés d’assemblages (faits en bricolant avec des restes dans ma cuisine), à des Bandols de très bon niveau, vendus, il faut le préciser, environ 2 fois le prix estimé de mes ingrédients cumulés !"

En outre, précisons à nouveau que les vins d'AOC n'étaient pas concernés par le projet de libéralisation des rosés de coupage, qui ne valait que pour les vins sans indication de provenance.

Par ailleurs, il convient de rappeler que les décrets d'appellation des côtes de provence rosés autorisent l'utilisation de cépages blancs (notamment le rolle ou vermentino) au titre de cépages complémentaires.

Enfin, je vous renvoie au plan de modernisation du vin français de 2008, qui, comme vous le savez, prône l'alignement des règlements européens sur les pratiques oenologiques admises par l'OIV (parmi lesquelles figure le coupage, pour les vins sans indication de provenance).

Il était donc abusif de rejeter sur Bruxelles la responsabilité d'un texte proposé et voté en première instance par les responsables français de l'agriculture, de même que ceux de ses 26 partenaires dans l'Union.

Quoi qu'il en soit, tout ceci est maintenant de l'histoire ancienne. On est donc en droit d'exiger des rosés européens une qualité optimale. Avec une méthode aussi qualitative, pas de doute possible. Il nous faut la perfection.

 

Photo de groupe

Les parlementaires français fêtent la victoire du rosé de tradition à la Brasserie Lipp

14:24 Écrit par Hervé Lalau dans Europe | Lien permanent | Commentaires (3) | | | |

06 juin 2009

Le rosé de coupage au coeur des élections européennes

Belle réflexion de ma consoeur de Vitisphère, Catherine Bernard:

"Dans quelle mesure, la querelle autour du rosé ne révèle-t-elle pas le malentendu de notre relation à l’Europe ? En campagne, le député européen socialiste Vincent Peillon démontre dans son blog que Bruxelles ne fait que traduire dans les faits des propositions émises par le gouvernement français lui-même, sinon à la lettre du moins dans l’esprit.

Il écrit: «Comme en attestent les extraits suivants, c'est de leur propre initiative, et non sous la pression de la Commission européenne, que M. Barnier et M. Sarkozy ont initié un processus de libéralisation des pratiques œnologiques. Ils prônaient en effet, il y a tout juste un an, de s'aligner sur les pratiques autorisées par l'Office International de la Vigne et du Vin (OIV), lequel permet le coupage de vin rosé».

Vincent Peillon, mieux que les vignerons, a lu avec attention le plan quinquennal de modernisation de la viticulture française...

 

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(Extraits du Plan de modernisation)

 

 

Bref, incriminer "Bruxelles", aujourd'hui, c'est donc plutôt mesquin. Quant à ceux, parmi les défenseurs du rosé de tradition, qui feignent de s'étonner de la démarche, ils se réveillent un peu tard.

J'aime aussi beaucoup le couplet sur l'accompagnement social des viticulteurs et sur la reconquête des parts de marché mondiales. Vous noterez qu'il n'est pas fait mention de la promotion du vin dans l'Hexagone même. Pousser les étrangers à acheter du vin français, d'accord, mais pas question que les Français, eux, en redécouvrent les vertus. C'est pourtant en France que la consommation de vin descend le plus vite! Vous avez dit schizo?

07:25 Écrit par Hervé Lalau dans Europe | Lien permanent | Commentaires (3) | | | |