11 avril 2009

Rosé de coupage: enfonçons le clou!

Je reçois ce matin de confrères une invitation à signer une pétition en faveur des rosés français, "menacés par le projet européen de libéralisation des rosés de coupage".

 

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Dites-le avec des fleurs: une rose de coupage

 

 

Je respecte bien entendu l'opinion de mes confrères et leur droit à l'exprimer mais je souhaite attirer leur attention - et la vôtre, cher amis bloggeurs, au cas où cela vous aurait échappé - sur plusieurs faits troublants. Que ceux qui connaissent déjà ma position me pardonnent de me répéter, mais il semble que l'information est mal passée.

1° La levée de l'interdiction du coupage des rosés proposée par Bruxelles ne concerne en réalité que les vins sans indication d'origine; les appellations françaises sont libres de maintenir les règles actuelles. Il est donc erroné de dire que les Côtes de Provence sont en danger, par exemple. Pour autant qu'elles fassent véritablement appliquer les règles, bien sûr.

2° C'est la raison pour laquelle les représentants français à Bruxelles ont adopté ce projet en première instance -  la FEVS et l'Association des Exportateurs de vin français (AGEV)  révèlent que les Français ont bel et bien été associés à la rédaction du projet, que les opposants d'aujourd'hui ont même été invités à participer à des négociations à ce sujet au plan national, et que le ministère de l'agriculture a cautionné cette mesure.  Je vous engage à contacter la FEVS au mail suivant pour plus d'information: AFFRE@fevs.com

3° Cette mesure doit être re-située dans un plan plus vaste de libéralisation des techniques oenologiques qui doit idéalement permettre à l'Europe de concurrencer les pays du Nouveau Monde sur les marchés étrangers. Curieusement, personne ne semble s'intéresser au contenu des autres mesures de ce plan, alors qu'on y autorise les copeaux, par exemple.
J'ai du mal à comprendre pourquoi le fait d'ajouter du vin blanc à du vin rouge, le résultat restant du vin, pose plus problème à certains producteurs que l'osmose inverse, autorisée en France depuis des années, et qui me semble une intervention bien plus fondamentale et beaucoup plus critiquable sur le produit - soyons clairs, elle vise à gommer l'effet millésime, et si ce n'est pas une approche industrielle du vin, alors qu'est-ce c'est?

Je m'interroge aussi sur le fait de savoir pourquoi le ministre français Barnier - totalement muet lors de la campagne vin = cancer menée par l'INCA, surréagit aujourd'hui - voudrait-il quitter son ministère sur un coup d'éclat avant de s'engager dans les élections européennes?

Quoi qu'il en soit, il est curieux de l'entendre parler de "France isolée". Il faudrait plutôt parler de "France girouette".
Les autres Européens ne comprennent absolument pas notre revirement, puisque nous avons cautionné ce projet au départ, lui avons donné un feu vert technique, avant de le dénoncer et de lancer une bataille de procédure pour l'enterrer au plan politique. Notre position est d'autant moins solide qu'il faut savoir que le Champagne utilise déjà le coupage en toute légalité depuis des décennies pour ses rosés. Les Champagnes rosés sont-ils dangereux? Sont-ils mauvais?
Vu de l'étranger, en tout cas, la posture de la France apparaît comme hautaine et ses arguments, spécieux.

Comme tout amoureux du vin, je suis très attaché à la qualité des rosés français; je souhaiterais même que les contrôles de qualité, selon les règles d'aujourd'hui, soient renforcés au sein des AOC. Bon nombre de producteurs avouent par ailleurs (hors micro) pratiquer le coupage sans le dire. C'est donc que les contrôles sont insuffisants aujourd'hui. Et d'ailleurs, qui peut dire qu'il n'a jamais été déçu par un Côtes de Provence?

Coupage ou pas coupage, la qualité ne se décrète pas. Ayant pu déguster de bons rosés chiliens de coupage récemment, je m'inscris en faux contre l'idée que ce type de rosés est forcément moins bon. Organisons une dégustation!

Mais comme tout journaliste, je suis surtout attaché à la vérité. Je n'ai aucun intérêt personnel dans cette affaire, je n'ai de leçon à donner à personne, surtout pas à des confrères, mais je me permets d'attirer votre attention sur les risques de manipulation. Et sur la nécessité d'appréhender tous les éléments du problème.

Incidemment, je suis très surpris de l'importance qu'a pris ce thème dans les médias, même généralistes: défendre le bon rosé, c'est bien; mais où était la grande presse lorsqu'il s'agissait de défendre le vin face aux projets d'interdiction des dégustations, par exemple?  Et qui répondra à l'article paru dans le dernier Science et Avenir sous le titre "Un verre, c'est déjà trop"? Cela me paraît beaucoup plus important.

10:49 Écrit par Hervé Lalau dans Europe | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

24 mars 2009

Non, tous les vignerons français ne sont pas contre les rosés de coupage


Réponse du berger à la bergère: l'Association générale des Entreprises Vinicoles françaises, qui  défend les rosés de coupage, rappelle que la décision de principe de les autoriser en Europe, prise à Bruxelles voici quelques jours, est le fruit d'une longue concertation... à laquelle ses adversaires ont participé!


«En France, nous avons présenté cette proposition à nos amis de la production dès octobre 2008, nous en avons reparlé officiellement à trois reprises dans des réunions à caractère interprofessionnel; jamais aucun commentaire n’a été fait dans ce cadre ».


Pour l'AGEV, «Les arguments avancés dans ce dossier relèvent du fantasme, car chaque vin à IG conserve la possibilité de définir dans son cahier des charges, les disciplines qui lui paraissent nécessaires pour défendre ses qualités spécifiques. Comme pour les autres conditions de production (rendement, taille cépage,…); jamais il n’a été question d’imposer à tous les mêmes pratiques. Et d’ailleurs qui peut sérieusement prétendre que la mezcla espagnole (qui d'ailleurs est un vin rouge) serait le concurrent des AOC Côtes de Provence ? ».


On ajoutera que la pratique est déjà autorisée depuis des lustres en Champagne, où elle ne semble pas poser de graves problèmes, ni qualitatifs, ni commerciaux!


L’AGEV est très dure vis-à-vis des opposants de la dernière heure:  «Faute de participation active à des travaux techniques, préparant le cadre réglementaire issu de la nouvelle OCM, ils n’ont pas eu d’autres recours – alors que les négociations étaient quasi terminées – que d’aller sur le terrain politique. Ils cherchent à contraindre le Ministre de l’Agriculture, comme certains l’avaient déjà fait sur la question de l’arrachage, à défendre des positions incompréhensibles pour ses différents partenaires au Conseil européen ». 


Une chose est sûre: cette cacophonie franco-française ne va pas redorer le blason des instances viticoles françaises auprès de la commission de Bruxelles: celles-ci apparaissent comme des girouettes et préfèrent souvent le diktat politique à la négociation. 

07:39 Écrit par Hervé Lalau dans Europe | Tags : roses de coupage | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |