25 juillet 2009

Qui veut de l'argent européen?

Vitisphère rapportait récemment l'inquiétude de Mme Fischer Boehl devant le peu d'utilisation des fonds accordés aux Etats membres dans le cadre de la réforme de l’OCM.

«A fin mai, c’est-à dire à la mi-parcours de la première année de la réforme, les Etats membres n’ont en moyenne dépensé que 20% de leur enveloppe nationale. Certains n’ont encore rien dépensé», s’est alarmée la Commissaire européenne lors d’un séminaire organisé à Santorin par le Comité européen des entreprises du vin. "Si cet argent n’est pas dépensé avant le 15 octobre, il sera perdu", a-t-elle rappelé. "Ce serait une petite tragédie pour ce secteur qui doit absolument investir pour préserver son avenir. A ceux des Etats membres qui ne sont pas encore dans les starting blocks, je dis «lacez vite vos chaussures de course et partez. Et ceci ne s’adresse pas seulement aux gouvernements. C’est aussi à tous les acteurs du secteur de faire des projets pour utiliser au mieux ces fonds. Et je pense essentiellement aux programmes de promotion. Alors creusez vous pour trouver plus d’idées pour utiliser cet argent..."


Euros

Les vignerons verront-ils la couleur de cet argent européen?

 

Au vu du chemin de croix que les candidats aux aides doivent parcourir, au moins en France, on ne s'en étonne pas. Voyez un peu l'expérience relatée sur le même Vitisphère:

"Je bous en lisant cet article car je réalise que cela fait quasiment un an que j'ai laborieusement rempli ce dossier de demande de subvention. Mon bac+4 n'avait alors pas été de trop et j'avais pesté qu'on demande un même dossier à un grand négociant ou cave coop et à un petit exploitant indépendant, ceci au détriment bien sûr de la majorité des petites exploitations qui ont dû se décourager d'avance à la lecture des éléments à fournir.

J'ai de nouveau pesté quand, en parlant au directeur de mon AOC quelque temps plus tard pour lui suggérer d'organiser une aide aux vignerons, il m'apprend qu'ils n'avaient pas été sollicités et venaient tout juste d'être informés ! Un an plus tard, donc, et après plusieurs demandes de documents complémentaires pour de multiples passages en commission, la personne en charge de mon dossier m'apprenait il y a quelques jours que le dossier passait en validation. Je ne sais toujours pas ce qu'il en est et j'ai en tout état de cause perdu un an dans mes démarches à l'export. La personne m'a de plus informée que les frais de déplacement ne sont pas pris en compte, alors que c'est le poste le plus lourd de mon tableau de dépenses...!"

Facile, après ça, d'accuser "Bruxelles" de tous les maux et de toutes les incompétences...

11:11 Écrit par Hervé Lalau dans Europe | Lien permanent | Commentaires (5) | | | |

08 juin 2009

Rosé, suite et fin

Comme tout vacancier en puissance et en mal de terrasse, j'ai lu avec intérêt les pages consacrées au rosé dans le dernier Cuisine & Vins de France. Sans surprise, j'y ai trouvé, au détour d'un commentaire sur Bandol, une prise de position du magazine en faveur des rosés traditionnels - à peine trop appuyée. Les rosés de coupage y sont qualifiés de "vulgaires blancs tachés de rouges grossiers", qui "ressembleront aux rosés sans en avoir la subtilité", ce dont, apparemment, "l'Europe se moque". Un vigneron (ou une vigneronne) de Provence n'aurait pas mieux dit.

Bel engagement. Le magazine se place courageusement à la pointe du combat, renouant avec une tradition pamphlétaire qu'on n'avait plus vue depuis le régime de Vichy-Célestins; l'article  saigne... comme une belle cuve de rosé, on a envie de dire "gardez-en pour l'assemblage"! Pas étonnant, dès lors, que les pages de publicité des rosés de Provence débordent jusqu'en couverture! C'était un risque, mais Cuisine & Vins de France l'a pleinement assumé.

Pas étonnant, non plus, que la Commission Européenne ait finalement décidé ce matin de retirer son projet légalisant les rosés de coupage. Ah, le pouvoir de la presse culinaire d'investigation! Car c'est là qu'il faut chercher les raisons du revirement de la Commission, à n'en pas douter; et non dans un quelconque lobbying, ou même dans les résultats des élections européennes. Notons à ce propos que Michel Barnier sort grandi de l'épreuve. Il aura eu gain de cause lorsqu'il demandait d'autoriser les rosés de coupage; il aura eu gain de cause aussi quand il demandait leur interdiction.

Dans ce contexte, amis lecteurs, il me semble utile de vous redonner le lien vers le site de mon confrère suisse Pierre Thomas, qui tend à prouver que les rosés de coupage ne sont pas forcément inférieurs en qualité.

http://www.hebdo.ch/edition/2009-17/mieux_comprendre/vin_rose/melanger_le_rouge_et_le_blanc_la_fin.htm

Je peux également vous recommander la lecture d'un article d'un autre excellent confrère, David Cobbold, dont j'extrais ces quelques lignes: "Au titre du vox populi, un rosé d’assemblage (avec des ingrédients de bonne qualité, bien entendu) peut largement rivaliser avec un rosé de saignée. Sur le cumul, 13 personnes sur 29 (près de 45%) ont préféré mes rosés d’assemblages (faits en bricolant avec des restes dans ma cuisine), à des Bandols de très bon niveau, vendus, il faut le préciser, environ 2 fois le prix estimé de mes ingrédients cumulés !"

En outre, précisons à nouveau que les vins d'AOC n'étaient pas concernés par le projet de libéralisation des rosés de coupage, qui ne valait que pour les vins sans indication de provenance.

Par ailleurs, il convient de rappeler que les décrets d'appellation des côtes de provence rosés autorisent l'utilisation de cépages blancs (notamment le rolle ou vermentino) au titre de cépages complémentaires.

Enfin, je vous renvoie au plan de modernisation du vin français de 2008, qui, comme vous le savez, prône l'alignement des règlements européens sur les pratiques oenologiques admises par l'OIV (parmi lesquelles figure le coupage, pour les vins sans indication de provenance).

Il était donc abusif de rejeter sur Bruxelles la responsabilité d'un texte proposé et voté en première instance par les responsables français de l'agriculture, de même que ceux de ses 26 partenaires dans l'Union.

Quoi qu'il en soit, tout ceci est maintenant de l'histoire ancienne. On est donc en droit d'exiger des rosés européens une qualité optimale. Avec une méthode aussi qualitative, pas de doute possible. Il nous faut la perfection.

 

Photo de groupe

Les parlementaires français fêtent la victoire du rosé de tradition à la Brasserie Lipp

14:24 Écrit par Hervé Lalau dans Europe | Lien permanent | Commentaires (3) | | | |