14 décembre 2010

Pétition anti-OGM: les limites de la démocratie participative européenne?

Comment une pétition anti-OGM signée par un million d'Européens pourrait-elle rester lettre morte, alors que ce genre d'outils de démocratie participative est expressément prévu dans le traité de Lisbonne?

Qu'on soit pour ou contre les OGM, là n'est pas la question. Cela pose un problème de principe. Tous les moyens ne sont pas bons, à mon sens, pour faire triompher une cause, quelle qu'elle soit. Faut-il soupçonner la Commission Barroso de "rouler" pour les lobbies du transgénique? Voir à ce propos ce qu'en dit le réseau Zegreenweb. C'est ici

On pourra bien sûr rétorquer qu'un avis d'expert vaut plus que celui d'un simple citoyen. Mais dans ce cas, à quoi bon donner la parole au citoyen? Nos politiciens ne sont-ils pas les simples exécutants de la volonté populaires, dépositaires d'un mandat délivré par l'électeur?

Ah, Hervé, ce que tu peux être naïf, parfois!

 

00:50 Écrit par Hervé Lalau dans Europe, Pour rire, Vins de tous pays | Tags : ogm, vin, vignoble, démocratie, europe | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

13 décembre 2010

L'Etat, c'est pas moi

Plus souvent qu'à mon tour, sur ce blog, j'ai médit de l'Etat et de sa propension à tout réguler, ainsi que des interprofessions qui attendent tellement de lui. J'en ai même appellé à une libéralisation des plantations, par exemple. A tort ou à raison, c'est à vous d'en juger, chacun voit midi à sa porte.

Je ne suis pas un expert. Juste un journaliste. Et encore, ici, sur ce blog, je me permets de prendre des positions, d'aller plus loin que le simple reportage, de m'engager. Aussi, j'accepte volontiers d'être contredit, du moment que c'est fait de bonne foi.

liberegalfrat.jpgElle a bon dos, la République...

C'est que je suis un libéral. Pas au sens politique - je n'ai aucun sens politique. Mais au sens commun: je suis pour tout ce qui peut responsabiliser les producteurs. Et donc contre tout ce qui peut leur permettre d'échapper à leurs obligations. Obligations en termes de qualité et obligations en termes de contenu des mentions qu'ils ont choisi d'utiliser vis à vis des consommateurs.

Mais ce n'est pas une raison pour taper indistinctement contre tout ce qui ressemble à un fonctionnaire. La plupart ne font que leur boulot. Et ils n'en sont pas toujours bien remerciés.

Je suis tombé récemment sur une brève à propos du remboursement des aides versées par la France aux producteurs des Charentes. Ces aides avaient été octroyées par l'Etat pour la reconversion du vignoble (1,75 million d'euros). Cela se passait au début des années 2000.

Pour faire court, la Commission européenne juge à présent ces aides illégales, au motif qu'elles constituent une distorsion de la concurrence, et en exige le remboursement par les producteurs qui les ont touchées. Rien que de très normal jusque là, le même problème s'applique à d'autres régions, comme le Roussillon.

Ces aides sont relativement courantes, elles permettent d'éteindre quelques feux qui couvent dans le vignoble; tout le monde savait qu'elles pouvaient être invalidées par l'Europe à terme, mais entre un problème financier urgent et un problème juridique futur, le choix fut vite fait.

Là où cela devient plus intéressant, c'est quant les syndicats de producteurs refusent de rembourser sous prétexte que l'erreur vient de l'Etat, sous prétexte que c'était à lui de vérifier que les aides étaient légales. La responsabilité des producteurs n'étant pas engagée, ils n'auraient pas à rembourser.

Et la Commission a accepté cette argumentation.

Je ne suis pas juriste (Dieu m'en garde!), mais je trouve ça fort de café. Car ne me faites pas croire que c'est l'Etat qui a décidé tout seul, par un beau jour de printemps, d'accorder une aide à la reconversion - n'y a-t-il pas eu demande expresse des producteurs ou de leur élus? Peuvent-ils donc vraiment plaider l'ignorance? Car ce n'est pas la première fois qu'une aide de ce genre est jugée illégale par l'UE. N'est-il pas un peu facile de s'abriter derrière une prétendue erreur de l'Etat quand au départ, on savait fort bien ce qu'il pouvait en advenir?

Enfin, cette aide a bel et bien été versée, donc acceptée par les producteurs.

J'en reviens à mon point de départ: l'Etat, ce pelé, ce galeux, est un bouc émissaire très pratique. Et l'on s'offusque après ça (moi le premier) quand il met son nez dans les affaires des producteurs!

Mais l'indépendance de la production viticole est morte le jour où celle-ci a accepté de vivre d'aides (même partiellement) plutôt que de ses seules ventes.

Tous les responsables des syndicats viticoles jurent leurs grands dieux que le vigneron n'a pas la mentalité d'un assisté. Je ne demande qu'à les croire. Mais qui a payé les aides aux Charentais?

Vous me trouvez simpliste. Vous avez raison. Mais n'oubliez pas que l'argent de l'Etat ou de l'Europe, c'est celui du contribuable. Et qu'il s'agit d'une ressource limitée. Que ce qui est alloué aux Charentais (que je salue aux passage, je n'ai rien contre eux personnellement, c'est le système qui me dérange) ne peut l'être deux fois. Que favoriser tel ou tel, c'est en défavoriser un autre. Que l'Etat n'a pas à faire de préférence pour le pineau aux dépens du ratafia, sous pretexte que les Champenois s'en tirent bien tout seuls, par exemple. Et la fameuse indivisibilité de la République, qu'en est-il?

A moins, bien sûr, qu'il s'agisse de redistribution. La République Robin des Bois prendrait à ceux qui vendent pour donner à ce qui ne vendent pas. On donnerait l'argent des taxes perçues sur les produits que le consommateur achète pour aider des productions dont le consommateur ne veut plus, et dont les taxes ne rentrent plus. Admettons. La démarche peut se défendre. Mais qu'on la dise. Que le contribuable, qui est également un électeur, puisse juger sur pièces.

Je vous le dis tout net, je ne trouve pas normal que la collectivité entière ait à payer pour des productions qui n'intéressent qu'une partie des gens. C'est comme faire payer ma grand mère pour des autoroutes qu'elle n'empruntera jamais. Je préfère le péage. Au moins, c'est l'utilisateur qui paie, et en plus, l'entretien est mieux fait.

Mais à propos, les producteurs paient déjà un péage. Les cotisations volontaires obligatoires. Ne devrait-on pas les augmenter pour assurer la reconversion du vignoble, par exemple, ou plus généralement, pour mutualiser les risques, plutôt que de recourir à l'Etat? Je suis persuadé que dans un tel cadre, on examinerait chaque demande d'aide avec beaucoup de soin. Mais d'aucuns, comme à Bordeaux, contestent ces cotisations; et l'UE voit d'un mauvais oeil leur caractère obligatoire. Affaire à suivre...

 

 

 

 

 

 

00:10 Écrit par Hervé Lalau dans Europe, France | Tags : vin, vignoble, aides, état | Lien permanent | Commentaires (8) | | | |