23 février 2012

Les "Printemps Arabes", le vin... et plein d'autres choses

L'arrivée au pouvoir de partis islamistes dans les pays du Maghreb - en Tunisie, au Maroc et peut-être bientôt en Algérie - pourrait-elle menacer la production viticole de ces pays, et donc leur exportation?

C'est une des nombreuses questions que l'on se pose, un an après ce qu'il est convenu d'appeler les Printemps Arabes. Si je la pose ici, c'est que ce blog traite de vin. Mais il y a tellement plus à dire! Et même si cela sort de ma sphère de compétence, vous comprendrez, j'espère, mon intérêt de Français pour des pays qui partagent non seulement une histoire commune avec le mien, mais plus important, je crois, un avenir.

Hier soir, justement, se tenait dans l'enceinte de l'Université Catholique de Louvain (bel exemple de l'acception grecque de catholique, à savoir "universel") un colloque intiltulé "Les Révolutions du Printemps Arabe: un premier bilan, un an après". Organisé par les étudiants de l'Arabikap, il réunissait les ambassadeurs des trois pays cités, MM. Amar Bendjama (Algérie), Farhat Ridha (Tunisie) et Samir Addhare (Maroc), ainsi que le Professeur Erwan Lannon, du Collège de l'Europe, le professeur Vincent Legrand, de l'UCL, et le représentant du Ministère belge des Affaires Etrangères, François de Kerchove.

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A l'UCL, hier, avec l'Arabikap

Ces personnalités de premier plan et très bien informées ont insisté sur le caractère spontané et social des mouvements révolutionnaires, sur les différences d'approche dans les trois pays, mais aussi, sur la grande soif de liberté de leurs peuples.

Cette soif, selon eux, n'est pas synonyme de radicalité, mais d'impatience. Il faut rapidement la traduire en termes politiques.  Les attentes économiques, politiques, et sociales, sont grandes, mais pas toujours concrètes ni objectivables. Parmi les problèmes les plus urgents à régler, il y a la corruption, et les partis islamiques, qui bénéficient dans ces pays d'une certaine image de virginité, pour n'avoir jamais été aux affaires - sauf en Algérie, partiellement - font figure de recours.

Mais ils ne sont pas seuls au pouvoir, et pour prendre l'exemple tunisien, la récession économique constatée depuis la Révolution du Jasmin ne devrait pas les inciter à priver le pays d'une source d'emploi et de devises importantes comme la viticulture, mais plutôt, à tout faire pour remettre l'économie sur les rails, et au premier chef, le tourisme.

Cela passe évidement par le rétablissement de l'image de "pays ami", de pays ouvert que la Tunisie avait su se construire. Idem au Maroc, où de nombreux Européens se sont installés, qui apportent beaucoup à l'économie.

La réaction de l'Europe sera également déterminante: respecter le résultat des urnes, dialoguer avec ceux que les Tunisiens et les Marocains ont désignés, c'est la meilleure façon pour les Européens de précher pour la démocratie par l'exemple. Plutôt que d'ostraciser, de stigmatiser, il faut parler, convaincre, échanger et commercer. La rue arabe ne comprendrait pas, en effet, que l'on traite plus durement, notamment dans les relations économiques, la démocratie d'aujourd'hui que la dictature passée.

Par ailleurs, j'ai noté dans la bouche de l'Ambassadeur de Tunisie un autre élément encourageant: les événements récents ont relancé le processus de rapprochement des économies de la région au sein de l'Union du Maghreb Arabe, une communauté économique dont l'idée est dans l'air depuis les années 70, mais que les dictateurs se sont bien gardés de faire avancer. Cette idée est pourtant on ne peut plus d'actualité: le coût de la non-intégration maghrébine est de l'ordre de deux points de croissance par an...

J'en saurai plus dans quelques jours à Paris, où j'en parlerai avec le directeur des Caves de Carthage, mon ami Belgacem D'Khili.

17:27 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, Europe, France, Maroc, Tunisie | Tags : vin, printemps arabe, révolution | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

22 février 2012

L'AREV nous donne sa vision des droits de plantation

L'Association des Régions Européennes Viticoles (AREV) a contacté mon confrère et ami David Cobbold pour lui proposer de participer à un voyage de presse à Bruxelles, le 2 mars prochain, avec comme thème les droits de plantation - cette association milite pour qu'ils soient maintenus.

Moi pas. Mais ce n'est pas une raison pour ne pas lui donner la parole.

Voici donc sa lettre

Cher Monsieur,

Mme Carisio me fait suivre votre message. J’ai aussi lu les papiers de M. Lalau.
Je voudrais juste vous préciser que nous ne sommes pas des lobbyistes, comme vous le pensez à tort (et en tous cas, aucune strate de l’architecture européenne ne nous reconnaît comme tels).
L’AREV est une association politique. Les adhérents sont 75 présidents d’exécutifs régionaux  qui, en lien avec les responsables professionnels viticoles de leurs régions, s’efforcent de placer la viticulture au cœur de l’aménagement économique de leurs territoires.
La viticulture est source d’emplois directs (exploitants, salariés) et indirects (verriers, bouchonniers, imprimeurs, fournisseurs, services …), permettant parfois le maintien d’un artisanat, voire de PME(fabrication de machine à vins, d’outillage spécifique …) dans nos campagnes. La vigne façonne les paysages, les acteurs locaux s’y adossent pour construire des politiques d’accueil et d’hébergement, une  vie sociale est souvent maintenue par le dynamisme viticole dans les villages, etc …
Au moment des débats sur cette réforme de l’OCM-Vin, aucune étude d’impact n’a été mise en place pour évaluer les effets des politiques à engager et les mesurer sur tous nos territoires.
C’est pourquoi il nous apparaît utile d’y voir clair de façon scientifique, en définitive de juger si la viticulture familiale est plus porteuse d’avenir que la viticulture industrielle. C’est simplement de la politique…pas du lobby ! Cela explique aussi pourquoi, au-delà des régions, 1500 conseils municipaux en France ont déjà pris position pour s’inquiéter de l’avenir viticole de leurs territoires et s’interrogent sur l’emploi à réserver à leurs concitoyens.
Vous parlez de « privilège » des droits de plantation, je ne pense pas que tous les salariés connexes à une viticulture régulée soient des privilégiés.
Merci de votre attention.
 
Jean  Paul  ANGERS
Secrétaire Général

Mon commentaire: je n'ai rien contre le fait que l'on mesure l'impact de la libéralisation des plantations (pour autant qu'on ne reste dans les limites du vraisemblable, et non, comme dans un récent papier de Terre-Net Medias, qu'on évoque déjà l'éventualité de fraudes aux appellations). Je lirai donc avec intérêt les conclusions de l'étude que l'AREV va rendre publique à Bruxelles le 2 mars.

Mais tant qu'à fait, j'aimerais aussi qu'on mesure l'impact de la réglementation actuelle, des freins qu'elle a mis au développement d'une viticulture concurrentielle sur les marchés tiers, et surtout, qu'on m'explique son incapacité à stopper l'hémorragie du nombre d'entreprises viticoles en France. Cet impact là, il ne repose pas sur des hypothèses, mais sur des faits, sur plus de 70 ans d'encadrement de la viticulture en France.

Cette organisation de l'offre, ce système quasi-colbertiste a failli. Mais si grande, en France, est la force de l'habitude, si lourd est le poids des appareils, que tout, même l'inertie, semble préférable au risque de la liberté...

Enfin, c'est ce que je pense. Et je n'ai aucun mandat pour le dire.

00:11 Écrit par Hervé Lalau dans Europe, France | Lien permanent | Commentaires (8) | | | |