11 avril 2015

Primeurs un autre jour

Les comptes-rendus des dégustations en primeur des Bordeaux 2014 déferlent sur les sites, les blogs et dans les pages des journaux plus ou moins spécialisés. 

Magie des nouvelles technologies de l'information, on sait maintenant, presque en temps réel, à peu près tout ce qu'il y a à savoir de vins qu'on ne devrait même pas ouvrir avant 3 ou 4 ans. Leurs arômes de jeunesse, l'empreinte du bois dont ils viennent à peine de sortir.

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Vu d'ici, c'est un peu Microcosmos: les salles des châteaux grouillent d'espèces de toutes sortes, cette semaine, et chacun se pousse de l'élytre pour pondre le plus vite, pour trouver la formule qui définira le millésime, le mot qui enfermera la chose. Pas évident, quand les vins sont encore à l'état de larve.

Rira bien qui tweetera le dernier!

La question a été posée - quelle effronterie! - de savoir si 2014 serait un tournant pour les primeurs. En termes plus clairs: si cette forme archaïque de commercialisation des vins n'allait pas disparaître, victime d'une série de 3 millésimes peu emballants mais toujours chers, avec la mévente qui s'en suit; victime d'un phénomène curieux: quand les millésimes sont bons, les prix des grands crus explosent; quand les millésimes sont médiocres, ils diminuent à peine.

Je ne suis pas sûr que 2014 change quoi que ce soit. Après tout, si le système des Primeurs avait dû exploser, il l'aurait sans doute déjà fait en 2013, sans doute le plus pitoyable millésime de ces 20 dernières années. 

Mais ne prolongeons pas d'avantage ce billet; les aficionados des grands Bordeaux n'ont rien à faire de mes humeurs, ils ont la caution sur l'étiquette, ça leur suffit pour acheter, pour stocker et même, parfois, pour trouver bon le vin; quand aux amoureux du vin, soit ils regarderont ailleurs - oui, il existe d'autres régions de vin, et qui vendent dans des conditions normales (et même en Bordelais, hors du petit cénacle des surcotés, des surfaits et des surfats), soit ils attendront que le vin soit fait.

Alors, comme dirait James Bond, Primeurs un autre jour!

primeurs,bordeaux

 

14:47 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux, Etats-Unis, France | Tags : primeurs, bordeaux | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

30 mars 2015

Loi Santé: éviter l'abus, ou la consommation même de vin?

Reçu à l'instant de Stéphane Defraine, vigneron de l'Entre Deux Mers, ce texte frappé au coin du bon sens:

  
Le 23 février dernier, en visite sur le Pavillon des Vins au Salon de l’agriculture, le Premier Ministre était questionné sur le futur projet de loi de santé publique et sur les craintes du secteur concernant le renforcement des mesures relatives à la publicité. Il répondait alors : «Votre filière doit être soutenue et encouragée. […]: « Comment pourrait-on stigmatiser un produit phare qui contribue à l’identité de la France dans le monde ? Il faut que nous gardions cette force.»

Pourtant, alors que l'Assemblée nationale a débuté l'examen du projet de loi de santé publique, la Commission des affaires sociales a pris une orientation substantiellement différente. En effet, le rapporteur du projet a proposé une disposition qui vise à fixer, par voie d’arrêté ministériel, le message sanitaire prévu à l’article L.3323-4 du code de la santé publique. Par cette modification, l’objectif recherché est de supprimer toute référence à l’abus en stigmatisant la consommation d’alcool.

Ainsi, la Commission des affaires sociales prend à son compte les préconisations extrémistes visant à attaquer toute consommation d'alcool, en contradiction avec les recommandations de l'OMS.

En effet, l'OMS a clairement établi que c'est l'excès de consommation d'alcool qui constitue un danger contre lequel il convient de lutter. C'est le sens de la recommandation relative aux repères de consommation mais également de sa stratégie mondiale visant à réduire l'usage nocif de l'alcool.

hygiénisme, Loi Evin

La prohibition, les ligues de vertu, on a déjà donné...


L'OMS souligne d'ailleurs dans cette stratégie que "le risque d’usage nocif de l’alcool varie en fonction de l’âge, du sexe et d’autres caractéristiques biologiques du consommateur et selon le contexte dans lequel la consommation d’alcool a lieu. Certains groupes et individus vulnérables ou à risque sont plus sensibles aux propriétés toxiques, psychoactives et dépendogènes de l’éthanol. Dans un même temps, les modes de consommation présentant peu de risques au niveau individuel ne sont pas nécessairement associés à des conséquences sociales et sanitaires négatives ou à une probabilité nettement accrue que de telles conséquences surviennent."

Elle établit ainsi très clairement une distinction entre usage et risque, celui-ci devant être apprécié en fonction des caractéristiques propres à chaque population cible.

L'amendement voté en commission des affaires sociales va sans nuance dans le sens d'une volonté prohibitionniste et hygiéniste, dont la pertinence et l'efficacité ne sont ni portées par des institutions de référence, ni avérées dans les faits. Les associations de prévention de l'alcoolisme elles-mêmes font la distinction entre les usages nocifs qui engendrent des troubles des autres usages.

C'est donc une approche purement politique qui prévaut, sans aucun souci d'efficacité à l'égard des consommateurs, lesquels ont parfaitement intégré le sens du message sanitaire "l'abus d'alcool est dangereux pour la santé" et son invitation à une consommation modérée.

La mobilisation de tous est donc déterminante à quelques jours de l'examen en séance plénière à l'Assemblée nationale, à partir du mardi 31 mars 2015.
Il convient que chacun fasse clairement entendre aux parlementaires dans chaque région l'opposition absolue que suscite un tel amendement et la logique prohibitionniste qui le sous-tend.

hygiénisme, Loi Evin

09:54 Écrit par Hervé Lalau dans Etats-Unis, Europe, France | Tags : hygiénisme, loi evin, vin | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |