30 mai 2012

A vous dégoûter de déguster...

"Les aptitudes gustatives d'un consommateur amateur et d'un professionnel expert sont très différentes. Si les capacités sont aussi dissemblables, comment le consommateur peut-il faire confiance à un expert qui n’a pas la même perception d’un même vin ?»

C'est la question que posent les professeurs John Hayes et Gary Pickering, dans le très sérieux American Journal of Enology and Viticulture.

Il me revient de défendre l'honneur de ma corporation (polymorphe) des "experts".

Car quoi, nous ne serions bons qu'à nous regarder le nombril, qu'à aligner des phrases incompréhensibles, des listes d'arômes et de sensations déconnectées du commun des mortels?

Je vous offre deux démonstrations pour le prix d'une.

La première, par l'absurde. Si je prends pour argent comptant l'analyse des deux professeurs, alors, l'oenologue non plus n'a plus d'avenir. A quoi bon faire des vins techniquement parfaits, à quoi bon chercher la petite brett ou pourchasser le TCA si le consommateurs moyen n'a pas l'appareil gustatif pour repérer ces défauts?

La deuxième, par analogie. Une analogie automobile: pourquoi faire passer les voitures au banc d'essai si tout ce qui intéresse l'acheteur, c'est la ligne et la point de vitesse? 

Et puis, ne peut-on espérer que le consommateur, comme le dégustateur professionnel, apprenne? Ne peut-on l'y aider? N'est-ce pas notre rôle?

00:16 Écrit par Hervé Lalau dans Etats-Unis, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

07 mai 2012

Rolland loves Parker

Je ne connais personnellement ni l'un ni l'autre. Bien sûr, j'ai ma petite idée sur eux - même si je me garde de tout jugement à l'emporte pièce.

A ma gauche, Michel Rolland, flying winemaker. Sans doute l'homme le plus influent, jusqu'à ces dernières années, dans la consultance vineuse, à Bordeaux, et bien au-delà.

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A ma droite, Robert Parker. Faut-il encore le présenter?

Michel Rolland le fait, en tous cas, dans son dernier livre, Le Gourou du Vin: «Il a changé le paysage vineux mondial par une approche de la dégustation que personne n'avait avant lui. Il a eu l'idée d'un système de notation, critiqué peut-être, mais c'est le seul qui marche».  Et d'ajouter: «Les inepties sont légion, surtout quand il s'agit de dénigrer, et certains esprits font preuve d'une rare inventivité». Et de conclure, goguenard: «D'aucuns, avec une imbécillité rare, affirment que des viticulteurs se seraient inféodés à son goût pour gagner les faveurs du maître. Techniquement c'est impossible ».

On s'en voudrait de gâcher une telle déclaration d'amour envers "le pape de la dégustation".

Mais il le faut.

Parce que le Pape est fatigué. Depuis des années, on raconte qu'à trop embrasser, il étreint de plus en plus mal. Que certaines de ses notes sentent le recyclage. Et puis il y a ses fréquentations. Il n'est pas sorti grandi de l'affaire Campo-Miller - même s'il n'est pas directement impliqué, c'est lui qui a fait confiance à cet improbable attelage.

La fameuse impartialité de son Wine Advocate est remise en cause.

Plus grave encore, peut-être: son jugement s'émousse: cette année, par exemple, à quelques semaines de distance, il se contredit, présentant d'abord les Bordeaux 2011 comme "sans intérêt", avant de revenir sur ce jugement.

Bon, d'accord, je ne suis pas objectif: je n'aime pas les primeurs, je n'aime pas les vins de collectionneurs et je n'aime pas les gourous.

Bon nombre de ceux qui ont eu l'occasion de goûter avec lui lui reconnaissent un palais exceptionnel. Dont acte. Bon nombre de ceux qui le lisent vantent son style. Sur ce chapitre, je suis plus réservé - j'aime une certaine sobriété dans les commentaires. Mais c'est affaire de goût.

Ce qui ne l'est pas, par contre, c'est l'influence démesurée de ses avis. Parker fait en grande partie le marché, au point que les Primeurs ne sont plus qu'un grand show où les seconds couteaux font de la figuration pendant que les prix se fixent entre gens de qualité.

Comme journaliste, je déplore cette tendance qui nuit au pluralisme. Comme dégustateur, je m'en moque.

Tout ça pour dire que Michel Rolland a tort quand il dit que le goût Parker n'influence pas les producteurs. S'il ne me croît pas, qu'il le demande à son client, Bernard Magrez. Lui, n'en fait pas mystère: "La note de Parker est déterminante". Rolland le classe-t-il parmi les imbéciles?

Mais heureusement, il y a une vie au delà des grands crus classés.

00:00 Écrit par Hervé Lalau dans Etats-Unis, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (12) | | | |