15 octobre 2007

Liberté Sherry

Pas évident de se faire une idée juste et complète de la "planète sherry", si diverse, si éclatée. Car quoi, le sherry peut être très sec (fino), sec et iodé (manzanilla), oxydé (oloroso), non oxydatif (amontillado), doux (cream), muscaté (moscatel) ou carrément  sirupeux  (pedro ximenez). Et je ne vous parle pas des oppositions de  style entre producteurs...
Bref, avec ce produit, il faut toujours tout réapprendre, sans a priori. Se remettre en question à chaque dégustation.

C'est ce qui s'est passé voici quelques semaines à Anvers, lors d'une présentation des sherries Pedro Romero. L'importateur belge, Mafribel, nous présentait 15 produits de cette maison renommée - et toujours familiale- de Sanlucar.
Difficile de faire un choix entre des vins aussi différents, même si le style maison - la maîtrise de l'élevage en bois est évidente - transcende le tout. Pedro Romero, c'est un style de pureté, de netteté, aucune compromission avec l'essence du vin.  Le reste est affaire de goût personnel, et à ce jeu là, j'avoue mon faible pour  les vins suivants

- Manzanilla Maria Cristina, tout en finesse,
- Amontillado fino Vina El Alamo, soutenu par une belle amertume,
- Palo Cortado VORS (nez d'oloroso, bouche amontillado, une rareté)
- Moscatel (explosion d'agrumes mariés à des notes torréfiées, incroyable de complexité.
 Sans oublier, dans un style très gourmand,  le Pedro Ximenez  (confiture d'abricot, caramel mou, un beau sirop pour matou).

Une "dégu" mémorable, donc, avec des vins qui étonnent, d'autres qui détonnent, la magie de concepts volontairement en marge du système productiviste. Qui plus est, les mariages fusionnels entre vins et  mets, concoctés par le sommelier William Wouters (Le Pazzo, une  excellente adresse), fonctionnaient bien, pour la plupart. On en redemande!

La morale de l'histoire: l'aventure de la dégustation est d'abord une question d'humilité. Il y avait là des vins que j'aurais crachés voici 10 ans, et que je commence à peine à pouvoir apprécier. Ceci pour rappeler à tous nos amis de Saveurs de nos Régions que l'erreur  est humaine, que le  dégustateur se construit en dégustant, que sa principale vertu doit  être l'ouverture d'esprit. Bref, que je me  plante tout le temps, mais que je le sais, et que c'est déjà quelque  chose.

Enfin, et c'est peut-être le plus important, surtout avec les   produits "différents": le meilleur rempart contre l'arbitraire des  papilles, c'est de déguster à plusieurs. D'abord, c'est plus convivial - il n'y a que les Harpagon pour admirer leurs trésors en cachette ; et puis, c'est formateur. Peu importe ce que l'on dit, les  avis rebondissent les uns sur les autres, on juxtapose, on  surenchérit, on affine, on partage. Liberté, liberté sherry...

                                                (c) Hervé Lalau


Vous pouvez aussi retrouver cette chronique sur le site www.saveurs-regions.be

13:26 Écrit par Hervé Lalau dans Espagne | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |