24 avril 2008

Où je ramène encore ma fraise...

Je reçois ce jour un message de mon ami Andy De Brouwer, le sympathique propriétaire des Eleveurs, à Hal, qui me fait suivre un texte d'une certaine Claude-Marie Vadrot. Celle-ci y aborde le thème des fraises primeurs, mais l'on peut aisément généraliser le propos à bon nombre de productions agricoles "poussées"... et "phytosanisées". Notamment le vin.

Attention: ce n'est pas l'origine de la production qui est en cause, toutes les fraises d'Espagne ne sont certainement pas à mettre dans même panier, pas plus que celles de France ou d'ailleurs. Ce qui devrait faire débat, comme on dit dans la sphère médiatoque, c'est le manque de scrupules de certains industriels, mais aussi, et on le dénonce moins souvent, la désolante "panurgerie" de consommateurs qui pensent pouvoir consommer hors saison et à bon prix de vrais produits de la nature. Pourquoi les spectateurs du Jardin Extraordinaire ou de Vu du Ciel, émissions dont on nous dit qu'elles mobilisent les familles, achètent-ils encore des fraises en avril? Les méthodes de culture employées à Huelva sont régulièrement dénoncées par les media: en 2004, déjà, l'émission de la télévision suisse romande A bon Entendeur mettait en cause la teneur en pesticides des fraises; mais aussi les conditions de travail des saisonniers (notamment des femmes soumises au droit de cuissage)... Tout cela ne semble pas émouvoir la grande distribution, ni les consommateurs eux-mêmes.

Par ailleurs, la baisse du pouvoir d'achat qui pousse les gens à acheter des produits de marque de distributeurs, ou à fréquenter le hard discount, a bon dos. En achetant des mauvais produits à bas coût, ces consommateurs génèrent une course au moins disant à la production, et contribuent indirectement à abaisser les salaires. Un monde où le low cost devient la règle, c'est un monde où l'avion est un bus, où la fraise n'a plus de goût, où mon boss est déjà à la recherche de quelqu'un de moins cher que moi. On ne peut avoir le beurre et l'argent du beurre. Le poulet à moins de 3 euros ne peut pas avoir le goût la poularde de Bresse, et pour vivre avec 3 euros par bête, le petit éleveur doit devenir très gros... 

Bref, les grands méchants industriels ne sont pas le seuls responsables de nos dérives collectives. Que les fraises andalouses se ramènent chez nous avant la date, ou que Danone nous mette des fruits de Chine dans nos yaourts, c'est une chose. Qu'on les achète en est une autre. Mais laissons la parole à Mme Vadrot.

"D' ici à la mi-juin, la France aura importé d'Espagne plus de 83.000 tonnes de fraises. Enfin, si on peut appeler «fraises» ces gros trucs rouges, encore verts près de la queue car cueillis avant d' être mûrs, et ressemblant à des tomates. Avec d'ailleurs à peu près le goût des tomates...

Si le seul problème posé par ces fruits était leur fadeur, après tout, seuls les consommateurs piégés pourraient se plaindre d' avoir acheté un produit qui se brade actuellement entre deux et trois euros le kilo sur les marchés et dans les grandes surfaces, après avoir parcouru 1 500 km en camion. À dix tonnes en moyenne par véhicule, ils sont 16 000 par an à faire un parcours valant son pesant de fraises en CO2 et autres gaz d' échappement. Car la quasi-totalité de ces fruits poussent dans le sud de l'Andalousie, sur les limites du parc national de Doñana, près du delta du Guadalquivir, l' une des plus fabuleuses réserves d' oiseaux migrateurs et nicheurs d'Europe.

Il aura fallu qu' une équipe d' enquêteurs du WWF-France s' intéresse à la marée montante de cette fraise hors saison pour que soit révélée l' aberration écologique de cette production qui étouffe la fraise française (dont une partie, d' ailleurs, ne pousse pas dans de meilleures conditions écologiques). Ce qu' ont découvert les envoyés spéciaux du WWF, et que confirment les écologistes espagnols, illustre lavmondialisation bon marché. Cette agriculture couvre près de six mille hectares, dont une bonne centaine empiètent déjà en toute illégalité (tolérée) sur le parc national. Officiellement, 60% de ces cultures seulement sont autorisées; les autres sont des extensions «sauvages» sur lesquelles le pouvoir régional ferme les yeux en dépit des protestations des écologistes.


Les fraisiers destinés à cette production, bien qu' il s'agisse d'une plante vivace productive plusieurs années, sont détruits chaque année. Pour donner des fraises hors saison, les plants produits in vitro sont placés en plein été dans des frigos qui simulent l' hiver, pour avancer leur production. À l' automne, la terre sableuse est nettoyée et stérilisée, et la microfaune détruite avec du bromure de méthyl et de la chloropicrine. Le premier est un poison violent interdit par le protocole de Montréal sur les gaz attaquant la couche d' ozone, signé en 1987 (dernier délai en 2005); le second, composé de chlore et d' ammoniaque, est aussi un poison dangereux: il bloque les alvéoles pulmonaires.

Qui s'en soucie? La plupart des producteurs de fraises andalouses emploient une main-d'oeuvre marocaine, des saisonniers ou des sans-papiers sous-payés et logés dans des conditions précaires, qui se réchauffent le soir en brûlant les résidus des serres en plastique recouvrant les fraisiers au coeur de l' hiver. ... Un écologiste de la région raconte l'explosion de maladies pulmonaires et d' affections de la peau.

Les plants poussent sur un plastique noir et reçoivent une irrigation qui transporte des engrais, des pesticides et des fongicides. Les cultures sont alimentées en eau par des forages dont la moitié ont été installés de façon illégale. Ce qui transforme en savane sèche une partie de cette région d'Andalousie, entraîne l' exode des oiseaux migrateurs et la disparition des derniers lynx pardel, petits carnivores dont il ne reste plus qu' une trentaine dans la région, leur seule nourriture, les lapins, étant en voie de disparition. Comme la forêt, dont 2 000 hectares ont été rasés pour faire place aux fraisiers. La saison est terminée au début du mois de juin.

La production et l'exportation de la fraise espagnole, l'essentiel étant vendu dès avant la fin de l' hiver et jusqu' en avril, représente ce qu' il y a de moins durable comme agriculture, et bouleverse ce qui demeure dans l' esprit du public comme notion de saison.

Quand la région sera ravagée et la production trop onéreuse, elle sera transférée au Maroc, où les industriels espagnols de la fraise commencent à s'installer. Avant de venir de Chine, d' où sont déjà importées des pommes encore plus traitées que les pommes françaises...

Claude-Marie Vadrot (Politis)

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Plus d'info: Jacques VALLOIS, 00332 98.71.65.31

 

00:08 Écrit par Hervé Lalau dans Espagne | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

12 avril 2008

Rafael Palacios «Louro do Bolo » Valdeorras 2006

C'est en 2004 que Rafael Palacios (le frère d'Alvaro, qui oeuvre en Priorat et en Rioja) s’est acheté des vignes à Valdeorras, au fond de la Galice. Pas les plus faciles d’accès: il s’agit de vieilles vignes de godello, situées sur schistes et granits concassés, qui plus est en altitude. Si elles n’ont pas trouvé d’autre acquéreur, ce n’est pas par manque d’intérêt qualitatif. Mais plutôt parce que les rendements sont faibles et l’exploitation, malaisée.

 

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Louro do Bolo

 

Rafael, lui, s’est attelé à la tâche et tire de ces vignes plusieurs cuvées dont ce Louro do Bolo, un «second vin» particulièrement fringant. Cela commence par un nez de fruits blancs et de fleurs, cela se poursuit par quelques belles nuances fumées, et cela s’achève sur une petite touche saline. L’acidité soutient bien l’ensemble, c’est un vin typé avec lequel on ne s’ennuie pas une seconde, et qui nous change des cépages internationaux. Un vin pour initiés ? Même pas, car c’est le genre de produit où chacun peut apporter son niveau d'exigence et sa grille de lecture. Bref, il plaira à tous.

Contact: Rafael Palacios, 0034 600 437 277

 

11:21 Écrit par Hervé Lalau dans Espagne | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |