30 avril 2009

Lustau ou l’âme du sherry

Voici quelques jours étaient présentés au Stanhope Hôtel de Bruxelles les vins de la Bleuzé Collection. Pour ceux qui auraient séjourné au Groenland ces dernières années, rappellons qu'elle regroupe les marques Niepoort, Lustau, Plaimont et Gosset.

Je vous présente aujourd'hui les vins de Lustau, tels que dégustés et commentés par mon confrère Marc Vanhellemont.

LUSTAU pasada

Manzanilla Pasada


Comment, d’un terroir assez simple, plutôt calcaire, et d’un cépage peu aromatique, le Palomino (complété il est vrai par le Pedro Ximenez pour les cuvées moins sèches) arrive t-on à un vin si complexe que le sherry - les sherries, plutôt. C’est que le terroir n’est peut-être pas si simple qu’il y paraît: prenez Sanlucar, exposé aux vents de l’Atlantique, et dont on retrouve l’iode dans les manzanilla, par exemple. C’est aussi et surtout que la magie du sherry est d’abord dans l’élevage, et notamment dans la maîtrise de la flor, voile de levures typique de cette portion de l’Andalousie. Sans oublier le facteur temps.
Plus que tout autre maison de Jerez Lustau s’est intéressé à sauvegarder l’héritage du sherry, notamment au travers de sa collection Almacenistas. Lustau, ce n’est pas un style, c’est toute la diversité de la «galaxie» des sherries, du fino à l’oloroso, de la Manzanilla à l’Amontillado et au PX. Laissez vous surprendre par la variété des «paysages» du Jerez...

Apéritif iodé, Manzanilla Passada

Le Ponant, vent d’ouest, déverse sa fraîcheur teintée d’iode au creux du cristal. La première gorgée réveille qui s’était assoupi sous le soleil andalou.
La langue inquisitrice explore ce coquillage liquide, le palpe. Les lèvres se serrent pour mieux titiller le corail. La bouche assouvit son désir dans un élan nerveux. Déboule alors un mélange d’épices: sel au goût d’algue, poivre venu d’outre-mer. L’onde voluptueuse déroule ses fragrances d’écume, de varech sec, de marée montante. Le rivage s’éloigne, on se laisse emporter...

Pedro Ximenez et Brochettes de poires confites

Comme un flot de Smyrne liquide, le vin se déverse sur le dessert. Il le recouvre telle une marée noire. De ce fertile terreau naissent en creux, la poire déconfite qui exsude un acidulé percutant, la vanille qui se teint d’un salin gracieux, le galet rond du marron qui glace son sucre et dégèle sa crème. La panacotta vient comme une écume coiffer la vague sucrée, chargée des légères amertumes des amandes, elle éclaircit l’ombre brune laissée par la cape de Pedro. Quand les goûts fondamentaux s’harmonisent, l’andalous se retire et laisse sur la grève buccale l’écho de sa liqueur douce épicée, mélange de cacao, de tabac, de figue, de poivre, de reinette… qui résonne longtemps.
Pedro Ximenez séché en tas au soleil avant de livrer son jus concentré.  le vin mature en solera traditionnelle.

 

Asemblage rédactionnel 50% Hervé Lalau et 50% Marc Vanhellemont

08:19 Écrit par Hervé Lalau dans Espagne | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

29 mars 2009

Xérès et Jura à l'honneur

Mon complice d'IVV, le Docteur Youri Sokolow, m'envoie le compte rendu d'une belle dégustation de Xéres réalisée à la mi-décembre. Pouvais-je le garder pour moi? Poser la question, c'est déjà y répondre: bien sûr que non...

"Bien qu’étant en à nouveau à nombre réduit, ce fût une soirée particulièrement intéressante (cote moyenne = 15,62/20) que Vincent nous avait préparé pour découvrir les différentes expressions de Xérès (du fino au PX). Nous y avions glissé deux vins du Jura (un savagnin de Labet et un vin Jaune de Macle). Ce Macle a dominé la soirée avec une race, une complexité et une finesse exceptionnelles.

 

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Lustau, un des grands nom du Xérès authentique

Pour revenir au Xérès, la première série était constituée de deux vins de type fino/manzanilla. C’est la Manzanilla Papirusa de Lustau qui s’est en le mieux sortie, avec un vin plus iodé et complexe que le fino du même propriétaire.

La série suivante nous a permis de comparer deux vins de type Oloroso. De nouveau le vin de Lustau possède une race et une finesse supérieure à celle de Colosia.

Nous avons enchaîné avec les vins de type Amontillado auxquels nous avions adjoints les vins du Jura. Première constatation, il est très difficile de comparer ces deux types de vins, les Xérès étant plus sombres, plus riches en alcool et plus puissants aromatiquement, alors que les vins du Jura offraient des vins plus clairs, moins alcoolisés mais plus subtils et minéraux.

Deuxième constatation, c’est de loin, l’Amontillado Solera familiale de Colosia qui domine tous ses rivaux avec un vin alliant puissance et équilibre de bouche. Le Cream de Lustau à déçu, manquant d’équilibre. Pour finir la soirée en apothéose, deux superbes expressions moelleuses, l’une à base de Moscatel, Emilin, gardant finesse et fraîcheur, l’autre à base de Pedro Ximenez, associant puissance, richesse et opulence.

Le classement des 13 vins dégustés

1.    Château Chalon 1997 Domaine Macle: 17,13/20
2.    Pedro Ximenez San Emilio Lustau: 17,00/20
3.    Moscatel Superior Emilin Lustau: 16,79/20
4.    Amontillado Solera Familiale Colosia: 16,69/20
5.    Amontillado Colosia: 15,56/20
6.    Palo Cortado Solera 40 ans Colosia: 15,56/20
7.    Côtes du Jura Savagnin 1997: Domaine Labet 15,29/20
8.    East India Solera Cream Lustau: 15,29/20
9.    Oloroso Almacenista Lustau: 15,00/20
10.   Manzanilla Papirusa Lustau 14,81/20
11.   Oloroso Colosia: 14,69/20
12.   Fino Jarana Lustau: 13,88/20
13.   Amontillado Escuadrilla Lustau: bouchonné

 
Les ténors de la soirée

1. Château Chalon 1997 Domaine Macle
Robe paille dorée. Nez d’une complexité et d’une finesse impressionnantes, sur la noix, le rancio, le minéral, le curry, l’iodé, touche de pomme verte, amande amère, brou de noix. Bouche superbe qui allie fraîcheur, note de curry, matière concentrée, élégance remarquable et longue finale sur la pétrole et une superbe amertume de brou de noix. Un vin magnifique d’une finesse exceptionnelle.
C :17,13/20

2. Pedro Ximenez San Emilio Lustau
Robe brune foncée. Nez de raisins secs frais, touche de chocolat, note de pruneau, de sirop de Liège, de figue, de datte. Bouche à l’attaque opulente, d’une richesse incroyable et d’une densité hallucinante, longue finale sur la datte confite. Un vin riche mais d’un incroyable équilibre. Un dessert à lui tout seul
C : 17/20

 3. Moscatel Superior Emilin Lustau
Robe brune. Nez sur des notes de raisins de Corinthe, touche de café et de cacao, écorces d’orange et de mandarine, de citron vert. Bouche superbe avec une rétro de mandarine et d’écorces d’oranges, matière ample, concentrée, longue finale où l’on retrouve de la fraîcheur. Un superbe vin puissant d’un équilibre remarquable.
C : 16,79/20

4. Amontillado Solera Familiale Colosia
Robe ambre, reflets orangés. Nez explosif sur des notes d’alcool de banane, de caramel, touche iodée, café, caramel, chocolat au lait, un coté rhum. Bouche à l’attaque ample, rétro d’agrumes confits, superbe matière riche et élégante, finale  tendue quasi tannique. Un équilibre fabuleux pour ce vin hors normes
C : 16,69/20

Nous avons poursuivi la soirée avec une langue de veau à la sauce tomate et les vins suivants, le Bordeaux Rouge "Les Ceps d’Antan" 2005, du domaine Bouillerot et d’autres vins dont j’ai oublié des reprendre les bouteilles !!!"

Youri Sokolow

 

PS. Moi aussi, j'adore l'Emilin de Lustau, si onctueux, et sa Manzanilla Papirusa, si tranchante. Deux facettes de cette planète sherry aussi vaste que complexe, toujours à explorer.


10:40 Écrit par Hervé Lalau dans Espagne | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |