24 mai 2009

“Estrategia Vino 2010"

Pendant que la France nomme un chargé de mission pour vérifier le suivi d'un plan de modernisation de la viticulture décidé voici plus d'un an (mais pas vraiment bien engagé, puisqu'on ne parle encore que d'un rapport sur les choses à faire), le ministère espagnol de l’Agriculture, de la Pêche et de l’Alimentation met en place un plan appelé “Estrategia Vino 2010″dont l'objectif est de faire de l’Espagne - et à court terme - le leader mondial du secteur vitivinicole.

Pour l'Espagne, le constat est clair: les grands pays traditionnels du vin ne dominent plus le marché et ils n'ont pas su exploiter les nouveaux segments de production. Considérant ce marché comme stratégique, le pays du Rioja et du Jerez entend redéployer son secteur vins sur la base de 4 piliers:

-Amélioration de la compétitivité de la "chaîne de valeur"
-Professionnalisation des acteurs
-Meilleure identification de la demande
-Aide au développement de l’entrepreneuriat dans le secteur vitivinicole, suivant une logique d’innovation et de réponse à la demande.

Concrètement, le plan prévoit des politiques pour le développement de nouvelles technologies dans le secteur vitivinivole, pour une viticulture plus respectueuse de l’environnement, et pour la promotion du vin auprès des consommateurs nationaux à travers l’innovation et une meilleure communication.

En outre, une plateforme de dialogue entre les différentes institutions du secteur est mise en place, ainsi qu'un observatoire du marché mondial du vin.

Tous les acteurs nationaux, privés comme publics, sont appellés à soutenir ces objectifs.

Pas bête, n'est-ce pas? D'autres pays pouraient s'en inspirer. A condition qu'ils considèrent le vin comme un secteur au moins aussi stratégique que les antidépresseurs...

 

 

00:04 Écrit par Hervé Lalau dans Espagne | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

30 avril 2009

Lustau ou l’âme du sherry

Voici quelques jours étaient présentés au Stanhope Hôtel de Bruxelles les vins de la Bleuzé Collection. Pour ceux qui auraient séjourné au Groenland ces dernières années, rappellons qu'elle regroupe les marques Niepoort, Lustau, Plaimont et Gosset.

Je vous présente aujourd'hui les vins de Lustau, tels que dégustés et commentés par mon confrère Marc Vanhellemont.

LUSTAU pasada

Manzanilla Pasada


Comment, d’un terroir assez simple, plutôt calcaire, et d’un cépage peu aromatique, le Palomino (complété il est vrai par le Pedro Ximenez pour les cuvées moins sèches) arrive t-on à un vin si complexe que le sherry - les sherries, plutôt. C’est que le terroir n’est peut-être pas si simple qu’il y paraît: prenez Sanlucar, exposé aux vents de l’Atlantique, et dont on retrouve l’iode dans les manzanilla, par exemple. C’est aussi et surtout que la magie du sherry est d’abord dans l’élevage, et notamment dans la maîtrise de la flor, voile de levures typique de cette portion de l’Andalousie. Sans oublier le facteur temps.
Plus que tout autre maison de Jerez Lustau s’est intéressé à sauvegarder l’héritage du sherry, notamment au travers de sa collection Almacenistas. Lustau, ce n’est pas un style, c’est toute la diversité de la «galaxie» des sherries, du fino à l’oloroso, de la Manzanilla à l’Amontillado et au PX. Laissez vous surprendre par la variété des «paysages» du Jerez...

Apéritif iodé, Manzanilla Passada

Le Ponant, vent d’ouest, déverse sa fraîcheur teintée d’iode au creux du cristal. La première gorgée réveille qui s’était assoupi sous le soleil andalou.
La langue inquisitrice explore ce coquillage liquide, le palpe. Les lèvres se serrent pour mieux titiller le corail. La bouche assouvit son désir dans un élan nerveux. Déboule alors un mélange d’épices: sel au goût d’algue, poivre venu d’outre-mer. L’onde voluptueuse déroule ses fragrances d’écume, de varech sec, de marée montante. Le rivage s’éloigne, on se laisse emporter...

Pedro Ximenez et Brochettes de poires confites

Comme un flot de Smyrne liquide, le vin se déverse sur le dessert. Il le recouvre telle une marée noire. De ce fertile terreau naissent en creux, la poire déconfite qui exsude un acidulé percutant, la vanille qui se teint d’un salin gracieux, le galet rond du marron qui glace son sucre et dégèle sa crème. La panacotta vient comme une écume coiffer la vague sucrée, chargée des légères amertumes des amandes, elle éclaircit l’ombre brune laissée par la cape de Pedro. Quand les goûts fondamentaux s’harmonisent, l’andalous se retire et laisse sur la grève buccale l’écho de sa liqueur douce épicée, mélange de cacao, de tabac, de figue, de poivre, de reinette… qui résonne longtemps.
Pedro Ximenez séché en tas au soleil avant de livrer son jus concentré.  le vin mature en solera traditionnelle.

 

Asemblage rédactionnel 50% Hervé Lalau et 50% Marc Vanhellemont

08:19 Écrit par Hervé Lalau dans Espagne | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |