19 août 2010

Neuf bodegas de Jerez condamnées pour entente illicite

Neuf bodegas de Jerez et le Consorcio Regulador de la DO ont été condamnés par la Commission Nationale espagnole de la Concurrence à une amende de quelque 6 millions d'euro pour entente sur les prix. Les faits se sont déroulés entre 2001 et 2008.

Il s'agit des Bodegas Williams & Humbert (condamnées à 2,3 millions euros), Bodegas José Estévez (1,25 million), Bodegas Barbadillo (900.000 euros), Bodegas González Byass (870.000 euros), Bodegas Emilio Lustau (400.000 euros), Bodegas Pedro Romero (240.000 euros), Bodegas J. Ferris (135.000 euros) et Caydsa (28.000 euros). La neuviève bodega impliquée, Bellavista, condamnée à 670.000 euros, a été exemptée du paiement, en raison de sa coopération avec la Commission. C'est elle, en effet, qui a dénoncé les faits. Ce qui ne devrait pas la rendre très populaire parmi ses consoeurs...

Une telle entente serait plus choquante si les prix du sherry n'étaient pas aussi bas, et ce, depuis des années! S'entendre sur un prix minimum, quand le produit est à ce point bradé, c'est peut-être légalement condamnable, mais dans les faits, on peut comprendre...

D'autant qu'ailleurs sur la planète vin, combien de syndicats de producteurs réclament des prix minimum?

 

00:20 Écrit par Hervé Lalau dans Espagne, Europe | Tags : jerez, sherry, espagne, vin, vignoble, concurrence | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

29 juillet 2010

Où l'on reparle de Pancho Campo

Le Chileno-Espagnol Pancho Campo dirige The Wine Academy of Spain. A ce titre, il a été sous les feux de l'actualité vineuse pour avoir organisé un cycle de conférences sur le réchauffement climatique et le vin (avec l'appui d'Al Gore, plus ou moins actif), ainsi que la conférence Wine Future (starring "Roberr Parket", comme disent nos amis espagnols). Mais il a eu aussi les honneurs de la presse (enfin, de quelques titres), pour avoir été l'objet d'un mandat international d'Interpol.

A l'origine de ce mandat, une vieille affaire datant de ses jeunes années passées à Dubaï, alors qu'il exerçait le métier d'agent d'artistes.

Je ne connais pas le fond de cette affaire - seuls M. Campo et son ex-associée, qui l'accuse de vol, le connaissent vraiment; et cette polémique dépasse le cadre du vin. Je sais seulement qu'il a été condamné pour fraude par un tribunal de Dubaï. Par contumace. A tort ou à raison? Qui suis-je pour en décider?

Si je vous en parle, c'est que je découvre dans la presse vineuse française et anglaise (noramment sur l'excellent blog de Jancis Robinson) des articles reprenant un communiqué des avocats de M. Campo, communiqué précisant que le mandat d'Interpol à son encontre venait d'être levé.

Ce qui me gêne, c'est que nulle part, dans ces articles, des éléments nouveaux ne sont apportés qui justifieraient cette levée, ou qui feraient état d'un arrêt cassant le premier jugement, auquel cas, évidemment, l'honneur de M. Campo serait lavé. Il ne suffit pas pour ça d'émettre des doutes sur l'intégrité de la justice de Dubaï, comme le fait le site "Detained in Dubai", qui a fait de M. Campo un cas d'école.

Comme journaliste, je me dis que des recherches plus approfondies s'imposent: ces recherches, mon confrère Jim Budd les a déjà diligentées, en Grande-Bretagne. Malheureusement, jusqu'à présent, du côté de M. Campo et de ses conseils, il n'a pu obtenir aucune explication. Je fais confiance à Jim pour contourner l'obstacle... mais je m'étonne que le premier intéressé, M. Campo, ne soit pas plus enclin à se justifier alors qu'il a tout à gagner à une révision de son procès, et que les médias indépendants ne peuvent que l'y aider. Sur le site Detained in Dubai, M. Campo se déclare d'ailleurs disponible pour toute interview.

Mais il me semble qu'à part Jim, personne ne s'est vraiment donné la peine de gratter sous la surface des choses.

Surtout pas en Espagne (où M. Campo n'a jamais été inquiété, ni même interrogé par la police, apparemment), et où la presse n'a guère émis de réserves ni sur son honnêteté, ni sur l'extension de ses opérations vineuses alors même qu'il était mis sur la sellette  - je pense à Vinoble, dont l'exploitation lui a été confiée entretemps par la Mairie de Jerez, ce qui est pour le moins audacieux de la part d'un mandataire public.

Ni même sur sa qualité professionnelle: j'ai crû comprendre que M. Campo bénéficiait d'une carte de presse espagnole, alors qu'il se présente lui-même comme chargé de relations publiques.

Quant aux médias français, ils se sont bornés à reproduire son communiqué.

Sans préguger du fond de l'affaire, là encore, ce comportement me déçoit. Le journalisme d'investigation est-il réservé en France à Liliane Bettencourt? Faute d'un minimum d'explications complémentaires, il me semble que la publication de ce communiqué pouvait attendre, ou devait être assortie de beaucoup plus de réserves...

 

 

 

 

 

 

00:29 Écrit par Hervé Lalau dans Espagne, France | Lien permanent | Commentaires (4) | | | |