04 juin 2012

L'Europe du vin, sans scrupules

Qu'est-ce que j'apprends? Casino met sur le marché, en France, des vins de cépages sous sa marque propre. En BIB de 5 et 10 litres.Rien d'étonnant jusque là, sauf qu'il s'agit de vins... espagnols. Vous vous rendez compte!

Mes confrères de Rayon Boissons, qui publient l'info, sont littéralement bluffés ils précisent d'abord que  l'écart de prix avec les vins  de cépages du pays d’Oc est de 20 % à l'avantage de la nouvelle gamme; et concluent: "A ce prix, les consommateurs de cépages d'origine auront peut-être moins de scrupules à acheter du vin d'Espagne, qui plus est cautionné par l’enseigne. Dans la mesure où l'expérience est inédite, seul l'avenir le dira."

Moi, c'est l'évocation de ces "scrupules" qui me bluffe.

Espagnols ou Français, ne sommes-nous pas tous Européens? La fête des voisins ne s'arrête pas à la cage d'escalier. Les Espagnols sont nos voisins, nos amis, nos frères. En outre, leur héritage, leur culture viticole sont tout aussi intéressants que les nôtres. Alors, la prospérité de leur viticulteurs devrait nous tenir à coeur, tout autant que celle de nos propres producteurs. Surtout en cette période, où l'Espagne est en plein marasme économique. Et je vous rappelle qu'il s'agit de vins de cépage: on ne peut même pas invoquer le terroir.

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L'Europe, plus qu'une proximité géographique, une communauté de peuples solidaires.

Jusqu'où peut-on aller en matière de préférence nationale? Jusqu'à rétablir des quotas d'importations intraeuropéens?

Ou faut-il encore aller plus loin? Prôner la préférence bretonne, berrichonne, alsacienne, auvergnate, vendéenne?

Les Espagnols, eux, ont-ils de pareils scrupules quand il achètent notre Champagne ou notre foie gras, nos fromages, nos voitures, nos TGV? Et avons-nous des scrupules à les leur livrer?

Au fait, le saviez-vous? Depuis quelques années déjà, le Vieux Papes - ce monument du Jaja franchouillard - contient... du vin d'Espagne.

Le vrai problème, dans cette histoire, c'est plutôt la rentabilité. A ces prix-là, les Espagnols, nos frères européens, gagnent-ils leur vie sur les vins qu'ils livrent à Casino? C'est plutôt de ça qu'il faudrait se soucier. Autant je suis favorable à l'idée européenne, autant je m'oppose à la vente à perte, qui est une distrorsion flagrante de concurrence. L'Europe a des règles contre çà, d'ailleurs.

PS. le nouveau DG commercial de Laurent Perrier est un... Espagnol. Il s'appelle Jordi Vinyals, et il occupait jusqu'à présent les fonctions de directeur marketing chez Torres. J'espère qu'il n'a pas de "scrupules" à travailler pour une concurrent de la maison Cava...

 

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Espagne, France | Lien permanent | Commentaires (3) | | | |

31 mai 2012

Les effervescents toujours en hausse en Belgique

Dans sa dernière étude sur le marché belge, France Agrimer s'est notamment intéressée au segment des effervescents.

Il en ressort que ces produits connaissent depuis 5 ans une progression notable (encore +5% en 2011, en volume comme en valeur). 

Cette progression est essentiellement le fait des cavas espagnols, qui représentent aujourd'hui les 2/3 du marché, ayant multiplié leur ventes par trois depuis 2006.

Malgré une progression de 12%, sur la même période, les Champagnes, quant à eux, ont perdu des parts de marché. Ils étaient la référence absolue de la bulle en Belgique jusqu'au tournant du millénaire, ils ne représentent plkus aujourd'hui que 11% des ventes en volume (contre 19% en 2006).

Les autres effervescents français (Crémants, Mousseux, Pétillants) ont également vu leur part de marché se contracter de 37 à 18%.

Quant aux effervescents des autres pays (essentiellement Luxembourg et Italie), ils sont stables à 4% du marché.

Sur la seule année 2011, la comparaison entre Cava, Champagne et autres effervescents français est édifiante.

Le champagne a baissé de 7% en volume et de 2% en valeur sur l'année, les effervescents français de 21% en volume et de 22% en valeurs. Tandis que le Cava a fait un nouveau bond de 22% en volume et de 30% en valeur.

Ce phénomène Cava est plus important en Flandre, où les bulles espagnoles s'adjugent 66% des ventes en volume, qu'en zone francophone, où elles ne représentent encore que 21% des ventes.

Mais la progression est maintenant perceptible dans toutes les régions du pays, et l'on voit apparaître, au côté des Cavas de premier prix, des cuvées plus haut de gamme, ce qui semble indiquer que le développement du Cava va durer.

Le plus remarquable, dans cette progression que rien ne semble devoir arrêter, c'est qu'elle s'est faite presque dans le silence: pas de campagne de pub, pas de grands articles dans les magazines; c'est la simple présence des Cavas dans les lieux stratégiques de la consommation des jeunes flamands, au départ, à savoir les boîtes et les restaurants branchés, qui a fait le déclic. Puis le succès s'est étendu.

La marque n'a pas été l'élément déterminant, le consommateur demande un "Cavaatje", un petit verre de Cava, pas un Cordorniu ou un Freixenet (même s'il s'en vend aussi); et les supermarchés, qui ont rejoint le mouvement,  animent le marché avec des promos importantes sur des marques propres. Le discount est la règle, et il semble que les effervescents français ne sont pas en mesure de descendre aussi bas que les Cavas de premier prix.

La question est plutôt de savoir s'il vont pouvoir conserver leur place au milieu de la gamme des prix, si les distributeurs se mettent à proposer des Cavas plus qualitatifs, dans la zone des 8-10 euros.

Avançant en ordre dispersé, les Crémants (de Limoux, de Loire, d'Alsace, de Bourgogne, de Bordeaux) et sans l'effet marque des grands Champagnes (Sieur d'Arques et Jaillance sont les exceptions qui confirment la règle), pourraient finir par manquer de visibilité. D'autant qu'un autre concurrent piaffe à l'horizon: le Prosecco.

 

 

00:02 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, Espagne, France | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |