06 janvier 2014

Empathie

Vignerons, j'ai de l'empathie pour vous.

Parfois, je m'imagine à votre place.

Votre association de producteurs, votre ODG, votre interpro ou bien vous-mêmes avez organisé une dégustation où sont invités des gens comme moi.

Vous êtes debout derrière votre stand, avec vos vins alignés comme autant de fusées sur le pas de tir d'une hypothétique reconnaissance. Ou bien à table, à côté de moi, lors d'un déjeuner de presse.

Selon les cas, vous êtes bavards, taiseux, madrés ou empruntés. Certains d'entre vous ont l'argumentaire facile; d'autres la modestie de ceux qui savent bien faire mais pas bien le dire.

Certes, je préfère le deuxième cas de figure. A moi, dans ce cas, de vous tirer les vers du nez.

J'ai souvent l'impression que ce sont les plus savants qui en disent le moins. J'ai toujours en mémoire un déjeuner avec Miguel Torres Senior, chez lui, au Mas Rabell. Miguel est deux fois diplômé en oenologie. Il a bâti un empire, qualitativement et commercialement. Il allait prendre sa retraite. Je l'avais déjà rencontré une demi-douzaine de fois. Qu'avait-il encore à me prouver? Pourquoi aurait-il dû m'impressionner? Il n'a pas essayé. Nous avons bu une sélection de ses vins, de très grands, de plus simples. Ils ont parlé pour lui. Ce fut un moment délicieux.

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Au Mas Rabell, avec Miguel Torres et Philippe Stuyck (photo Jordi Elias)

Mais même quand vous me noyez de mots, de détails, de choses qui ne me parlent pas ou même qui me font sourire, intérieurement, je vous aime bien quand même.

Affables ou timides, vous et vos vins passez le bac ou le brevet à chaque dégustation; alors ou bien vous parlez, pour avoir moins de trac, ou bien vous vous taisez. Peu importe, en fait, je vous comprends.

J'ai connu, moi aussi, ces affres. Je les connais encore. De temps à autre, à l'occasion d'un article un peu plus polémique, un peu plus personnel, pour une idée qui me tient plus à coeur, je me demande comment mon travail sera jugé.

Mon seul conseil: faites le vin que vous aimez, le vin qui vous ressemble, faites le vin de votre coeur. Faites de votre mieux. Je ferai de mon mieux pour l'habiller de mots. S'il me plaît. Car l'empathie, ce n'est pas du copinage. C'est du respect.

00:27 Écrit par Hervé Lalau dans Espagne, France, Vins de tous pays | Tags : vin, vignerons | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

18 décembre 2013

Un peu d'autopromo (lost in translation)

Ce blog n'a jamais été conçu pour faire de l'autopromo. S'il est libre de toute publicité pour les autres, il n'y a pas de raison que je ne m'applique pas la règle à moi-même.

Mais aujourd'hui, j'ai bien envie de faire une petite entorse.

C'est au sujet des traductions.

Oui, je fais des traductions, toujours dans le domaine du vin ou de la gastronomie. Depuis l'anglais (j'ai un vieux diplôme pour ça), depuis l'espagnol et le néerlandais (là, disons que je me suis formé sur le tas et sur le tard).

Parfois, je traduis aussi dans l'autre sens, mais seulement vers l'anglais.

Je n'en fais pas mystère, mais je ne le crie pas non plus sur les toits, car c'est une activité annexe, très marginale, par rapport à ma profession de journaliste.

Si j'en parle aujourd'hui, c'est que j'en ai assez de lire des incongruités.

Récemment, je suis tombé sur un texte ou le mot pigeage était traduit en anglais par "trapping". Je ne sais pas si c'était de la traduction automatique, ou bien si le traducteur humain a eu un bug,  mais "trapping", c'est piégeage. Un petit "é" fait toute la différence.

Et puis, il y a toutes les erreurs que je constate, tout au long de l'année, à propos des noms de sols  (non, le limon, dans ce contexte, n'est pas un fruit), des régions (la Galicie pour la Galice...), bref, je pourrais faire un livre avec toutes ces approximations, ces faux-sens, ces contre-sens. Deux classiques: traduire "défendre" par "to support" quand dans le contexte, il veut dire interdire. Ou "disposer de" pour "to dispose of", dans le sens de se débarrasser.

Quelque chose a mourue

Et je ne vous parle pas de la grammaire ni de l'orthographe. Là, bien sûr, l'approximation n'est pas réservée au secteur du vin.

J'ai dans ma collection de films le DVD de Jurassic Park 2, édition belge, avec sur la couverture, en grosses lettres: "Quelque chose a survie". A se demander si ce sont les dinosaures qui ont traduit. Et si la syntaxe française va pourvoir survivre. Si elle n'a pas déjà mourue.

Jurassic Park.jpg

Et la langue, elle, a-t-elle "survie"?

Alors oui, ce sera ma minute d'autopromo. Confiez-moi vos traductions, je ferai mon possible pour que ça n'arrive pas, ou moins. Je ne dis pas que je suis le seul, ni que je suis le meilleur. Mais comme utilisateur quotidien de brochures, de notes de dégustations, de fiches techniques, disons que je ne me laisse plus trop facilement piger. Pardon, piéger.

Avantage induit, non négligeable: si c'est moi qui traduis, je n'aurai plus à me demander ce que le traducteur a voulu dire... ;-)