11 septembre 2013

C'était il y a 40 ans: Pinochet prenait le pouvoir au Chili

C'était un 11 septembre. En 1973.

Le président Salvador Allende se donnait la mort dans le palais de la Moneda encerclé par les pustchistes de l'armée chilienne.

Augusto Pinochet prenait le pouvoir pour 17 ans. D'aucuns, comme les adeptes de Milton Friedman, vantent le miracle économique chilien qui s'en suivit. Les victimes de la répression politique, les disparus, les torturés, les fusillés, n'auront jamais l'occasion de donner leur avis sur la question.

 

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Pinochet et Allende, quelques semaines avant le Coup d'Etat militaire

Si j'en parle ici, c'est parce que j'ai visité le Chili, Santiago, et vu le Palais de la Moneda.

Que j'ai parlé avec des producteurs de vin chilien, et que le passé ne me paraît pas soldé.

Certes, Pinochet est mort - de sa belle mort - et la démocratie a été rétablie.

Mais bon nombre de dirigeants de l'époque de la dictature sont encore à des postes de commande ou à la tête de grandes entreprises - même de vin. Ou leurs héritiers.

J'ai écrit ici il y a peu que je ne me sentais pas le droit d'écarter un vin d'une dégustation pour des raisons autres que la qualité du produit. Je ne reviendrai pas sur ce point.

Toutefois, en ce jour anniversaire, je crois de mon devoir de rappeler qu'il y a 40 ans, une infamie a été commise. Que rien ne doit effacer, ni le temps, ni la lassitude, ni les intérêts commerciaux.

Ce n'est pas une question de politique (je ne suis pas politisé, et je l'étais bien moins encore en 1973, date à laquelle j'avais 11 ans), mais une question de morale.

16:06 Écrit par Hervé Lalau dans Chili | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

10 juin 2013

"Couper n'est pas rosé"... la saga continue

On pensait la querelle vidée depuis que, revenant sur sa première décision sous la pression française, l'Union Européenne avait finalement décidé d'interdire le rosé de coupage - comprenez, assemblant blanc et rouge. C'était en 2009.

Mais non! Aujourd'hui, certains responsables français veulent aller plus loin: faire voter à l'OIV l'interdiction du coupage, afin que l'Europe puisse interdire aussi l'importation de ce type de vin.

Car il paraît que de mauvais Français importent des rosés de coupage d'Afrique du Sud.

En outre, malgré l'interdition européenne, il se murmure que certains producteurs hexagonaux eux-mêmes ne joueraient pas le jeu. Je ne parle pas du Champagne, qui bénéficie d'une (curieuse) exemption. Je parle de ceux qui, ayant de gros stocks de blanc sur les bras, seraient plus que tentés de les colorer d'un soupçon du rouge. La mode étant au rosé pâle, ce n'est pas difficile.

Bref, pour Bernard Devic, le président d’Intersud, "Le rosé est en réel danger. Nous n’avons pas de définition officielle du rosé. Si rien n’est fait pour rectifier le tir, nous allons vers une crise du rosé dans les 3 ans à venir".

rosé de coupage, couper n'est pas rosé, OIV

En Afrique du Sud, les paysages sont vastes, la nature sauvage et l'on fait le rosé comme on veut

(Photo H. Lalau)

En conséquence de quoi, le monde devrait s'aligner sur l'Europe comme l'Europe s'est alignée (à contrecoeur) sur la France.

J'ai mes doutes. Car au nom de quoi l'OIV, organisme de normalisation technique, interdirait-elle l'assemblage d'un vin blanc techniquement irréprochable avec un peu de rouge irréprochable? Et en quoi est-ce pire s'assembler des vins que d'assembler des mouts ou des raisins? Rappelons en effet que bon nombre de nos AOC comptent des cépages blancs dans l'encépagement autorisé pour les rosés...

J'en suis donc resté à ma position d'il y a 4 ans. Derrière ces beaux discours se cachent des enjeux protectionnistes, des arrières-pensées mercantiles. Ce que craignaient les AOC (qui peuvent de toute façon interdire le coupage dans leurs cahiers des charges), ce n'est pas que les Côtes de Provence, les Tavel, les Fronton, les Bandol, les Anjou ou les Bordeaux passent au coupage, c'est que leurs producteurs se tirent avec leurs stocks de blancs et fassent du rosé de coupage en Vin de France. Le consommateur était bien le cadet de leurs soucis.

Et aujourd'hui, ils veulent imposer cette interdiction à toute la planète vin, afin que leurs producteurs eux-mêmes ne les obligent pas à revenir un jour sur cette règle en Europe.

Personne, pourtant, parmi ce beau monde, ne peut prouver que le rosé coupé est moins bon que le rosé de saignée ou le rosé de presse (j'ai testé au Chili et en Afrique du Sud, ma réponse est non).

Personne, parmi ce beau monde, ne se demande si ce ne serait pas une bonne idée de laisser nos  producteurs faire du rosé de coupage pour concurrencer les pays du Nouveau Monde sur les marchés tiers.

Surtout, personne, parmi ce beau monde, ne se demande ce que le consommateur attend. Sait-il seulement comment est fait le rosé, notre ami le consommateur?

En ce qui me concerne, je n'ai pas besoin d'une nouvelle définition, juste de bons produits, quelque soit leur type d'élaboration.

Que les Français mettent sur l'étiquette le procédé qu'ils utilisent, si ça leur chante. Je ne suis pas certain que cela impressionne beaucoup le buveur moyen, mais c'est leur problème.

Mais de grâce, qu'ils fichent la paix à tous les autres producteurs qui ne leur ont rien fait, et qui ont le droit, à mon sens, de faire le produit qu'ils veulent.

Marre de toutes ces règles conçues soit disant pour protéger le consommateur, mais en fait, pour protéger le pré carré de certains producteurs.

Et si l'on parlait plutôt de l'abaissement de la teneur maximale en soufre? Voila pourtant un critère objectif pour la santé du consommateur, non?