08 avril 2014

Boycott des vins: attention!

J'ai abordé la semaine dernier le sujet épineux du boycott des mairies frontistes, comme à Beaucaire, voire des vins qui en sont issus.

J'ai envie d'élargir le débat.

Vous savez que pendant des années, les vins sud-africains ont été l'objet de ce type de boycott, à cause de l'Apartheid.

D'autres pays, ou d'autres régions pourraient être dans la ligne de mire, mais semblent pourtant s'en tirer à moindre frais.

Il y a le cas d'Israël, dont une bonne partie de la production de vin est issu du plateau du Golan, donc de zones occupées du territoire syrien, mais dont on trouve sans difficultés les vins dans les supermarchés européens et américains.

Il y a le cas de la Chine, dont on ne peut pas dire qu'elle remplisse tous les critères d'un régime démocratique, et dont l'action au Tibet suscite l'indignation de bien des démocrates.

Il y a le cas du Chili ou de l'Argentine, dont certains groupes viticoles sont toujours aux mains d'héritiers de soutiens actifs des anciens régimes totalitaires et sanguinaires de ces deux pays.

Il y a l'Autriche, dont certains producteurs n'ont absolument pas renié le passé nazi de leurs parents.

Il y a l'Italie, où apparaissent toujours de-ci de-là des étiquettes à la gloire du Duce.

Il y a les pays de l'Est (Hongrie, Roumanie, Bulgarie, Slovaquie, République Tchèque) où bon nombre de dirigeants de caves aujourd'hui privatisées ont fait leur carrière au sein de Partis communistes, dont tous n'oeuvraient pas vraiment au bonheur de l'humanité (excusez l'euphémisme).

J'en oublie sans doute.

Mais pour chaque exemple, je me pose la même question: le boycott touche-t-il les bonnes personnes?

Peut-on faire "payer" à toute une population les errements de ses dirigeants (dont la population est déjà souvent la première victime)?

Le boycott ne risque-t-il pas d'avoir des effets indésirables, comme d'appauvrir les travailleurs qui n'ont souvent rien à voir avec les patrons des groupes de production?

Est-ce au consommateur de trancher des situations qui devraient se régler devant l'ONU, le Tribunal Pénal International ou les tribunaux des pays concernés?

Le boycott pose décidément plus de questions qu'il n'y répond. C'est une arme à double tranchant. Je ne l'emploie personnellement qu'avec circonspection, et jamais de manière globale. 

 

28 janvier 2014

Service après vente

Les articles de presse, ou les commentaires de vin sur les blogs font-ils vendre du vin?

Comme dit très bien l'ami Luc, "ça dépend du vin". Ca dépend aussi du media. De l'adéquation entre les deux.

Je serais surpris si un commentaire de vin dans l'Humanité pouvait faire vendre beaucoup de Mouton-Rothschild. Mais qui sait?

Moi, en tout cas, j'ai très rarement l'aspect commercial à l'esprit quand je commente un vin.
C'est paradoxal, puisque sans vente, plus de vin. Mais j'essaie de faire abstraction de tout ce qui n'est pas le vin.

Tout au plus me permettrai-je, une fois le vin dégusté, de m'enquérir de son prix et le cas échéant, d'insister sur son bon rapport qualité-prix. Je m'efforce en tout cas jamais de ne faire faire varier mon commentaire en fonction de la notoriété du vin, de sa disponibilité, ou même du volume produit.

Ce qui vous vaut le plaisir (?) de lire mes notes sur des trucs parfois difficiles à trouver, genre fino chypriote, rosé et muscat tunisiens ou traminer slovène. Mais aussi, à l'occasion, des bulles de Loire ou d'Alsace produites en très grosses séries et vendues pour de très modiques sommes. Aucune coquetterie là-dedans. Juste le plaisir d'avoir découvert quelque chose et de le faire partager.
A l'inverse, je suis plutôt moins intéressé par les produits possédant déjà un grand statut. Parce que j'ai l'impression que je n'ai rien à apprendre à quiconque, que le service après-vente est déjà fait, et bien fait.

Aucun mépris de ma part. Ces vins-là peuvent être très bons.

Il y a quelques années, pour IVV, j'avais lancé la rubrique Icones, ce qui m'a permis de passer en revue quelques "incontournables" - et même, de les déguster (car bien souvent, même chez les pros, on en parle plus qu'on en boit).

Le premier, je crois, c'était Haut-Brion. Si ma mémoire de bichon est bonne, il y a eu aussi Château Margaux, Beaucastel, Quinta de Noval. Et puis Constantia. Grange, Tignanello, Egon Müller (grâce à Luc, d'ailleurs). Mon copain Gérard Devos a commenté Le Clos Sainte Hune, aussi. Marc, Vega Sicilia, je crois. J'ai bu de belles choses. C'était sympa. Surtout pour le côté historique: comment devient-on une icone? Pourquoi celui-là et pas un autre? Est-ce que c'est toujours du vin? Combien ça coûte? Est-ce que ça se garde? J'avais encore quelques idées (notamment pour la Bourgogne et puis l'Italie); mais ça ronronnait un peu; on a mis la rubrique en sommeil.

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 La narine frémissante, le bichon vous salue bien. Ou plutôt, le coton. Gribouille.

Et puis, je n'ai qu'une vie, mes journées sont déjà longues, je dois faire des choix.

"A quoi sert une chronique si elle est convenue,

Me disaient des Chiliens, les mains pleines d'invendus" (merci à Roda Gil).

Ma "mission", c'est moins Haut-Brion que le plaisir de la découverte partagée.

Alors je crois que je vais continuer à déguster à l'aveugle et à faire semblant que le prix et le statut n'ont pas d'importance. A ne pas déguster beaucoup d'icônes parce qu'on les voit rarement dans les dégustations organisées par leurs appellations; et qu'à 51 ans, non seulement je n'ai toujours pas de Rolex, mais je ne reçois toujours pas de Romanée Conti à déguster pour mes étrennes.

J'ai un Coton de Tuléar, par contre (pas un bichon, non), auquel je songe sérieusement à confier mes rares dégustations de très grands vins. Je pense qu'il est plus qualifié que moi pour dire si le surcroît de complexité d'un premier grand cru classé A vaut l'écart de prix avec un classé B, ou un pas classé du tout. Saviez-vous que mon Gribouille (7 kilos tout mouillé) a 40 fois plus de neurones consacrées à l'olfaction que vous et moi?

Quitte à gâcher mon beau talent, je crois que je vais me garder les vins trop abordables, méconnus, limite insignifiants.

Et vous savez quoi: le pire, c'est que ça me plaît! Sans doute mon côté "poète maudit".