23 janvier 2009

Errazuriz : yes, we can !

Le Chili est-il apte à produire des grands crus ? Les gros producteurs en ont-ils l’ambition ?
Dans la vallée de l’Aconcagua, l'exemple d'Errazuriz nous permet de répondre «oui» aux deux questions.
Cette branche de la famille Errazuriz, qui a compté plusieurs hommes politiques de premier rang dès le début de l’histoire du pays, est active dans le vin depuis 1870. C’est Don Maximiano, dont on retrouve le nom sur un vignoble et sur la grande cuvée de la marque, qui a fondé la cave à Panchegüe, entre Los Andes et Concón. A l’époque, tout le vignoble chilien se situait au Sud de Santiago, dans des zones plutôt chaudes; lui a eu l’intuition que la vallée de l’Aconcagua pouvait produire des vins d’un style plus raffiné. Le Don, qui voyageait beaucoup, notamment en France, en rapporta les outils et techniques viticoles, les cépages, et même l’art de vivre, si l’on en juge par les photos d’archives, qui évoquent les gravures de mode parisiennes.

 

Errazuriz P

Les pentes du domaine Don Maximiano (Photo H. Lalau)


La cave a connu quelques vicissitudes. Elle fut presque complètement détruite lors du tremblement de terre de Valparaiso, en 1906. Puis, comme les autres bodegas chiliennes de l’époque, elle souffrit beaucoup de la petite prohibition chilienne décrétée en 1939, qui eu comme double conséquence une chute de la consommation locale (de 60 litres à 17 aujourd’hui), et la mise en place des premières zones délimitées, essentiellement pour des raisons de taxation.
Mais Errazuriz allait rebondir dans l’après-guerre en se lançant dans l’exportation.
Le passage des vieux foudres de bois chilien aux cuves inox a sans doute été un pas important dans le renouveau de la production. Rapidement, les marchés étrangers purent constater la qualité du fruit chilien. Errazuriz, cependant, dont le vignoble était géré de manière plus fine, avait d’autres ambitions.

Descendant direct du fondateur, mais aussi oenologue formé à Bordeaux, Eduardo Chadwick, qui préside Viña Errazuriz depuis 1993, allait pouvoir les réaliser.


La marque reste très liée avec l’Aconcagua, dont il est de loin le plus gros producteur et propriétaire de vigne. Les premières plantations (on leur donne le nom de Max I, Max 2, etc) se situent à peu près au centre de la vallée (plus petite que celles du Maule ou du Maipo), à son point le plus étroit, ce qui explique une très bonne ventilation. Mais d’autres vignobles ont été plantés en amont et en aval, jusqu’à la bouche du fleuve Aconcagua, cette zone plus fraîche se prêtant bien à la production de blancs aromatiques (l'Aconcagua Costa Sauvignon Blanc Single Vineyard 2008 est le premier bébé, bien joufflu, de cette nouvelle zone). Errazuriz est convaincu du potentiel des terroirs de la vallée, et s’est donné les moyens de bien les identifier, et de bien les mettre en valeur. Des mesures de fertilité par satellite ont permis d’isoler les parcelles, des recherches sont menées pour mieux adapter chaque cépage à chaque parcelle.

Errazuriz P 2

L'ancienne Bodega a encore fière allure (Photo H. Lalau)



Et aujourd’hui, ce sont ces unités qui sont les « briques » dont se servent les œnologues maison, Francisco Baettig et Rodrigo Zamorano, pour bâtir les différentes cuvées.
La mise en route, dans quelques mois, d’un nouveau chais pour les grands vins construit sur le principe de la gravité, devrait leur faciliter le travail. Formés notamment en Europe, ils ont a bien cerné le potentiel de leur vignoble pour des produits de haute expression. Ils ne cherchent plus seulement à faire des vins qui plaisent au plus grand nombre, mais des vins qui représentent quelque chose, qui étonnent, qui séduisent l’amateur exigeant.  Ces efforts sont payants, si j’en juge par le KAI, un assemblage Carménère/Petit-Verdot/Syrah issu du Domaine Don Maximiano, qui évoque inévitablement le grand cru racé tel qu’on l’imagine en France ou en Italie. Ou encore à  La Cumbre Shiraz, à l’élevage très soigné, et le Maximiano Founder's Reserve (Cabernet Sauvignon, Cabernet Franc, Petit Verdot et Syrah de 25 ans au moins, issus des vignobles Max 1, Max 2 et Max 5).

A noter que si Errazurriz est toujours dans les mains familliales, la marque n'est plus qu'une des composantes du groupe, qui compte aussi entre autres le domaine Seña (fondée avec Mondavi, et acteullement en reconversion vers le biodynamique), et Chadwick. Les vins premium de ces trois marques ont régulièrement battu à l'aveugle certains de leurs homologues européens et californiens dans des compétitions internationales du type que les Anglo-Saxons affectionnent.


11:19 Écrit par Hervé Lalau dans Chili | Tags : vin, chili | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

Calor y viento

La vie du dégustateur professionnel est pleine de surprises. Hier, en fin d’après-midi, nous grimpons sur une colline aussi pentue que celle de l’Ermitage; avec à la place du Rhône, le lit presque sec du Rio Maipo. So far so good. Nos hôtes, qui voulaient nous faire profiter de la vue, nous ont prévu une dégustation en plein air, mais à l’abri d’une tente. Là où ça se corse, c’est que le vent se lève. Je n’arrive plus à retenir mes feuilles, les verres vides s’entrechoquent, je protège mon ordi du mieux que je peux. Du jamais vu!

A côté de ça, si les premiers blancs sont à bonne température, les rouges, par contre, sont à celle du Gluhwein, il ne manque plus que la cannelle. Je ne veux pas faire le difficile, parce que nos hôtes ont certainement fait de leur mieux, mais avec tant d’obstacles, comment être honnête avec les vins? Pour éviter que les verres s’envolent de la table à peine je les ai vidés - je n'exagère pas- j’accélère la dégu.

Résultat des courses, en quelques minutes de temps, des mois de travail sont réduits à néant.

Bon, ce n'est pas la première fois que je déguste dans des conditions non optimales (au Chili, ou ailleurs), mais là, c'est le bouquet. Ceci pour rappeller aux quelques vignerons qui nous lisent que c'est tout de même leur intérêt le plus élémentaire que de veiller à ces quelques paramètres si simples, au regard de leur activité.

Tiens, je profite de cette chronique pour vous présenter mes deux complices belges au cours de ce voyage, à savoir Louis Havaux et Aristide Spies, qui sont vraiment de charmants compagnons.

 

Aristide et Louis

00:01 Écrit par Hervé Lalau dans Chili | Tags : vin | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |