23 janvier 2009

Calor y viento

La vie du dégustateur professionnel est pleine de surprises. Hier, en fin d’après-midi, nous grimpons sur une colline aussi pentue que celle de l’Ermitage; avec à la place du Rhône, le lit presque sec du Rio Maipo. So far so good. Nos hôtes, qui voulaient nous faire profiter de la vue, nous ont prévu une dégustation en plein air, mais à l’abri d’une tente. Là où ça se corse, c’est que le vent se lève. Je n’arrive plus à retenir mes feuilles, les verres vides s’entrechoquent, je protège mon ordi du mieux que je peux. Du jamais vu!

A côté de ça, si les premiers blancs sont à bonne température, les rouges, par contre, sont à celle du Gluhwein, il ne manque plus que la cannelle. Je ne veux pas faire le difficile, parce que nos hôtes ont certainement fait de leur mieux, mais avec tant d’obstacles, comment être honnête avec les vins? Pour éviter que les verres s’envolent de la table à peine je les ai vidés - je n'exagère pas- j’accélère la dégu.

Résultat des courses, en quelques minutes de temps, des mois de travail sont réduits à néant.

Bon, ce n'est pas la première fois que je déguste dans des conditions non optimales (au Chili, ou ailleurs), mais là, c'est le bouquet. Ceci pour rappeller aux quelques vignerons qui nous lisent que c'est tout de même leur intérêt le plus élémentaire que de veiller à ces quelques paramètres si simples, au regard de leur activité.

Tiens, je profite de cette chronique pour vous présenter mes deux complices belges au cours de ce voyage, à savoir Louis Havaux et Aristide Spies, qui sont vraiment de charmants compagnons.

 

Aristide et Louis

00:01 Écrit par Hervé Lalau dans Chili | Tags : vin | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

20 janvier 2009

L'esprit d'entreprise à la Chilienne

Les jours se suivent mais ne se ressemblent pas.
A Marchiguë, aux confins des vallées de la Colchagua, du Lontue et de Curicó, j’ai visité un domaine relativement nouveau: Errazuriz Ovalle.

 

Errazuriz Ovalle

Les nouvelles plantations d'Errazuriz Ovalle, entre les cactus (Photo H. Lalau)


Homme d’affaires, banquier, un temps politicien, M. Errazuriz (pas de rapport direct avec la marque Errazuriz), possède pas mal de terres autour de Marchiguë. Il a décidé de les planter de vignes. A l’Américaine, c’est à dire en grand : plus de 2000 ha, en plaine et en coteaux. Rien qu’en fil de fer pour conduire les vignes, cela représente une fois et demie le tour de la terre. Sûr que dans le lot, il y a de beaux terroirs, mais il faudra sans doute un certain temps pour les identifier. Et y adapter les bons cépages.


Pour vinifier tout ça, EOV (c’est la marque choisie par le groupe) s’est bien sûr construit une cave gigantesque, une usine à vins, fonctionnelle avant toute chose.
Et la magie du Chili, c’est que malgré les volumes gigantesques, malgré la jeunesse du domaine, les raisins sont bons, un fruit juteux et croquant apparaît en filigrane de tous les vins. Les entrées de gamme sont bien rondes, un peu trop pour mon goût, parfois, mais sans défaut. L’élevage n’est pas toujours parfait, mais sûr que les supermarchés ne feront pas la fine bouche. On fait des essais d’assemblages (la série Triciclo) qui ne sont pas dénués d’intérêt, et il y a même quelques surprenants hauts de gamme (Ultima). La matière première est de qualité, je vous dit !

Même les concurrents d’EOV ne s’y sont pas trompés: une grosse partie de ses beaux raisins finissent dans des cuvées de prestige de groupes connus sur les marchés extérieurs.
Car faute d’une marque forte, EOV ne peut vendre tout le vin qu’il a la capacité de produire, et doit donc céder ses raisins.

D’aucuns, en Europe, diraient que M. Errazuriz a eu les yeux plus grands que le ventre ; mais au Chili, on vous répondra que c’est l’esprit d’entreprise qui compte, et que le commercial n’a qu’à suivre. Ce pays ne finit pas de m’étonner.

00:07 Écrit par Hervé Lalau dans Chili | Tags : vin | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |