25 janvier 2009

Vers Limari

Oh, qu'il est long, le Chili! Après être descendu 400 km au Sud de Santiago, dans la Vallée du Maule, nous sommes remontés vers l'Aconcongagua, puis, laissant Santiago derrière nous, puis, le long de la côte pacifique, vers Limari, également à 400 km de la Capitale.

 

Limari

Arrêt photo au bord du Pacifique (Photo Aristide Spies)


A mesure que nous remontions vers le nord, le paysage devenait un peu plus désertique - pour vous donner un exemple, les clôtures entre les champs ne sont plus faites de fils de fer, mais de cactus. Le long de la Panaméricaine, superbe, le plus souvent droite, quelques autochtones stationnent sous l'ombre maigre d'un parasol ou d'une tente pour vous vendre qui des pastèques, qui des "pasteles", qui des fruits de mer, qui un chevreau! C'est surprenant, bon enfant, ces vendeurs d'autoroute agitent des petits drapeaux blancs pour vous faire signe de vous arrêter. La première fois, ça fait un peu peur. Mais pas autant que les familles qui traversent l'autoroute - ici, c'est normal.

Nous nous arrêtons justement, à peu près à mi-distance, pour goûter aux "Mejores Empanadas al Queso de Chile", dans un bâtiment qui évoque furieusement une friterie. D'ailleurs, si les friteries existaient au Chili, elles vendraient probablement des mariscos et des empanadas. Celle-ci sont effectivement superbes. Laissez-moi retrouver le nom du bled (un mot indien long comme un jour sans empanadas), je vous donnerai l'adresse, c'est mieux que la pharmacie Lopez du regretté Pierre Dac. Au fait, j'ai vérifié, elle est vraiment de garde ce week-end. Mais revenons à notre Panaméricaine.

 

Limari2

La Costa (Photo H. Lalau)

 

Quand la route se rapproche du Pacifique, elle offre des vues à couper le souffle sur les échancrures de la côte, les vagues puissantes et les gerbes d'écumes qui se fracassent sur les plages et les rochers. Hortmis quelques stations balnéaires plutôt familiales, la côte est l complètement déserte. Il y a de la place au Chili. Curieusement, le ciel est souvent nuageux entre la côte et la cordillère côtière. La mer est froide (c'est le courant de Humbold), et malgré la latitude, on trouve dans cette zone certains des terroirs les plus frais du Chili.

C'est ce qui a attiré ici quelques investisseurs, dans les années 90, notamment la maison Aguirre, ainsi que celle que nous allons visiter aujourd'hui, Tamaya.

Après la sortie d'autoroute, on roule assez longtemps dans la campagne pour arriver à une exploitation de bonne taille (tout est relatif, au Chili), mais où le vignoble n'est qu'une petite partie des cultures (150 ha, en deux morceaux); un petit domaine, à l'échelle locale.

 

Tamaya

Sur les hauteurs de Tamaya (Photo H. Lalau)

 

C'est que l'hacienda a commencé avec les fruits, les avocats (un des ingrédients irremplaçables de la cuisine chilienne) et les oliviers. La vigne est venue plus tard. Au départ, l'oenologue le dit lui même, on a planté un peu de tous les cépages, un peu partout. Il n'y avait aucun historique, rien sur quoi s'appuyer, alors ce fut l'apprentissage par les erreurs.

Dans la deuxième phase des plantations, cependant, les gens de Tamaya ont été nettement plus précis. Et ça se traduit dans les vins, notamment dans le Sauvignon Winemaker's Selection issu d'une parcelle d'un hectare, à couper le souffle. Le problème, nous confie l'oenologue, c'est qu'on ne peut pas le reproduire à plus grande échelle, il y a ici une couche de sable sur calcaire qu'on ne retrouve pas ailleurs. Mais au risque de me répéter, c'est peut-être ça, l'avenir du Chili, les micro-terroirs?

Toujours chez Tamaya, il faut goûter les deux Syrah (Reserva et winemaker's Selection). Ce cépage aura décidément été la grande révélation de notre périple chilien.

15:39 Écrit par Hervé Lalau dans Chili | Tags : vin | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

23 janvier 2009

Errazuriz : yes, we can !

Le Chili est-il apte à produire des grands crus ? Les gros producteurs en ont-ils l’ambition ?
Dans la vallée de l’Aconcagua, l'exemple d'Errazuriz nous permet de répondre «oui» aux deux questions.
Cette branche de la famille Errazuriz, qui a compté plusieurs hommes politiques de premier rang dès le début de l’histoire du pays, est active dans le vin depuis 1870. C’est Don Maximiano, dont on retrouve le nom sur un vignoble et sur la grande cuvée de la marque, qui a fondé la cave à Panchegüe, entre Los Andes et Concón. A l’époque, tout le vignoble chilien se situait au Sud de Santiago, dans des zones plutôt chaudes; lui a eu l’intuition que la vallée de l’Aconcagua pouvait produire des vins d’un style plus raffiné. Le Don, qui voyageait beaucoup, notamment en France, en rapporta les outils et techniques viticoles, les cépages, et même l’art de vivre, si l’on en juge par les photos d’archives, qui évoquent les gravures de mode parisiennes.

 

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Les pentes du domaine Don Maximiano (Photo H. Lalau)


La cave a connu quelques vicissitudes. Elle fut presque complètement détruite lors du tremblement de terre de Valparaiso, en 1906. Puis, comme les autres bodegas chiliennes de l’époque, elle souffrit beaucoup de la petite prohibition chilienne décrétée en 1939, qui eu comme double conséquence une chute de la consommation locale (de 60 litres à 17 aujourd’hui), et la mise en place des premières zones délimitées, essentiellement pour des raisons de taxation.
Mais Errazuriz allait rebondir dans l’après-guerre en se lançant dans l’exportation.
Le passage des vieux foudres de bois chilien aux cuves inox a sans doute été un pas important dans le renouveau de la production. Rapidement, les marchés étrangers purent constater la qualité du fruit chilien. Errazuriz, cependant, dont le vignoble était géré de manière plus fine, avait d’autres ambitions.

Descendant direct du fondateur, mais aussi oenologue formé à Bordeaux, Eduardo Chadwick, qui préside Viña Errazuriz depuis 1993, allait pouvoir les réaliser.


La marque reste très liée avec l’Aconcagua, dont il est de loin le plus gros producteur et propriétaire de vigne. Les premières plantations (on leur donne le nom de Max I, Max 2, etc) se situent à peu près au centre de la vallée (plus petite que celles du Maule ou du Maipo), à son point le plus étroit, ce qui explique une très bonne ventilation. Mais d’autres vignobles ont été plantés en amont et en aval, jusqu’à la bouche du fleuve Aconcagua, cette zone plus fraîche se prêtant bien à la production de blancs aromatiques (l'Aconcagua Costa Sauvignon Blanc Single Vineyard 2008 est le premier bébé, bien joufflu, de cette nouvelle zone). Errazuriz est convaincu du potentiel des terroirs de la vallée, et s’est donné les moyens de bien les identifier, et de bien les mettre en valeur. Des mesures de fertilité par satellite ont permis d’isoler les parcelles, des recherches sont menées pour mieux adapter chaque cépage à chaque parcelle.

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L'ancienne Bodega a encore fière allure (Photo H. Lalau)



Et aujourd’hui, ce sont ces unités qui sont les « briques » dont se servent les œnologues maison, Francisco Baettig et Rodrigo Zamorano, pour bâtir les différentes cuvées.
La mise en route, dans quelques mois, d’un nouveau chais pour les grands vins construit sur le principe de la gravité, devrait leur faciliter le travail. Formés notamment en Europe, ils ont a bien cerné le potentiel de leur vignoble pour des produits de haute expression. Ils ne cherchent plus seulement à faire des vins qui plaisent au plus grand nombre, mais des vins qui représentent quelque chose, qui étonnent, qui séduisent l’amateur exigeant.  Ces efforts sont payants, si j’en juge par le KAI, un assemblage Carménère/Petit-Verdot/Syrah issu du Domaine Don Maximiano, qui évoque inévitablement le grand cru racé tel qu’on l’imagine en France ou en Italie. Ou encore à  La Cumbre Shiraz, à l’élevage très soigné, et le Maximiano Founder's Reserve (Cabernet Sauvignon, Cabernet Franc, Petit Verdot et Syrah de 25 ans au moins, issus des vignobles Max 1, Max 2 et Max 5).

A noter que si Errazurriz est toujours dans les mains familliales, la marque n'est plus qu'une des composantes du groupe, qui compte aussi entre autres le domaine Seña (fondée avec Mondavi, et acteullement en reconversion vers le biodynamique), et Chadwick. Les vins premium de ces trois marques ont régulièrement battu à l'aveugle certains de leurs homologues européens et californiens dans des compétitions internationales du type que les Anglo-Saxons affectionnent.


11:19 Écrit par Hervé Lalau dans Chili | Tags : vin, chili | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |