26 avril 2011

Comment le Chili a conquis la Belgique

Avec mon complice Marc Vanhellemont, je pars dimanche au Chili, grâce aux bons offices de l'agence Brandabout, qui oeuvre au développement de la notoriété des caves de ce pays.

C'est ma deuxième visite là-bas (les habitués de ce blog pourront retrouver mes chroniques  de 2009 dans la catégorie... Chili).

Avant de partir, je voulais vous donner quelques chiffres.

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Le fleuve Maipo, vu de la Viña Maipo - Photo H. Lalau (c)

En Belgique, aujourd'hui, le Chili est passé devant l'Italie en termes de consommation de vin au foyer. Le pays de Neruda représente 8,9% des volumes consommés (et même 11,5% en Flandre), ce qui en fait le deuxième fournisseur de vin des Belges, derrière la France (57%). Pour mémoire, l'Italie est à 8,5% (données GFK, novembre 2009-novembre 2010).

Ce qui est au moins aussi intéressant, c'est l'évolution sur un an: -2% pour la France, -4% pour l'Italie, +2% pour le Chili. A Bruxelles et en Wallonie, où l'on boit surtout de rouge, leur croissance est encore plus marquée: +15%

Le plus interpellant, c'est que le Chili réalise cette performance sur un petit nombre de références, sans appellations ou presque (il n'y a pas 1% des Belges qui puisse citer une appellation chilienne), mais avec des marques très fortes: Casillero del Diablo, Gato Negro, Santa Rita, Carmen, Concha y Toro, Viña Maipo, Errazuriz, Casa Silva... ou sous les marques des distributeurs. En bouteilles bouchonnées, en bouteilles à capsules, ou en BIB. Et avec des cépages français.

La France, à l'abri de son protectionnisme, ne sera pas touchée avant longtemps. Mais qu'un pays aussi francophile que la Belgique ait fait une si belle place au Chili devrait faire réfléchir les producteurs de l'Hexagone.

Pensez à tout le vin que les Français n'ont pas vendu dans les pays où le Chili leur a pris des parts de marché! Et la reconquête sera difficile, car le Chili a maintenant une solide présence en Grande Distribution, une part de rayon bien à lui. On voit même apparaître quelques promos chiliennes massives en têtes de gondoles. Sans compter que d'autres marques chiliennes, plus petites, piaffent à l'idée de rentrer sur le marché. Sinon dans la GD, où le ticket d'entrée est cher, peut-être dans le réseau des spécialistes. Si j'en juge par mes dégustations sur place chez Cono Sur, chez Amayna, chez Tamaya, etc..., ils ont les produits qui conviennent.

Ne nous y trompons pas, l'irrésistible ascension des vins chiliens au Plat Pays n'est pas due au marketing: le Belge est un amateur de vin, et en quantité, et en qualité: il consomme aujourd'hui 32 litres de vins par an (59 en France) et quand on lui demande quelle est sa boisson préférée, ce n'est plus la bière qui arrive en tête, mais le vin, avec 50% des réponses. Autant que les Français.

Le grand atout des vins chiliens, ce n'est ni leur origine (le Chili ne fait pas de gros efforts de promotion en Belgique), ni leur exotisme (le Chili n'est pas un pays touristique, et il n'a pas l'image de l'Australie, par exemple), ni même leur prix - on trouve des vins du Sud de l'Italie à meilleur marché, sans parler de la Bulgarie ou de la Moldavie.

Non, leur atout, c'est leur régularité dans la qualité moyenne. Les vins dits "premium", fruités, souples, de bon aloi. Middle of the road, certes, pour la plupart. Mais sans prise de tête, et avec comme seules garanties (mais de taille) les cépages (français) et les marques.

Au cours de ce voyage, Marc et moi tenterons bien sûr de gratter sous le vernis, de dénicher les vins rares, les vins de grande expression. Il y en a, mais il semble que les Chiliens les gardent pour eux...

00:47 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, Chili | Tags : chili, vin, vignoble, belgique, économie, importations, consommation, 2010 | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

09 février 2011

International, Vinexpo?

International, Vinexpo? Ce n'est pas l'image qu'en ont certains pays du Nouveau Monde, qui préfèrent Pro Wein ou la London Wine Fair pour établir une tête de pont dans la vieille Europe.

C'est qu'au contraire des marchés allemands et britanniques, la France reste un pays protectionniste, en matière de vins. A tort ou à raison, les Australiens, les Californiens, les Sud Africains et consorts ont donc parfois l'impression que les visiteurs ne viennent pas pour eux. L'impression de jouer les faire-valoir. Ou pire, de venir se jeter dans la gueule du loup bordelais. Et quelques mésaventures récentes ou moins récentes (climatisation déficiente, dédouanement très délicat, fonctionnaires très zélés...) les ont confirmés dans leurs réticences.

Pas sûr que le nouveau conseil de surveillance de Vinexpo, désigné en décembre, les rassure: à l'exception d'un représentant de Miguel Torres (dont le prénom sera sans doute dévoilé quand Miguel Torres aura désigné son successeur), et de Constance Savage (Kobrand, le propriétaire américain de Louis Jadot), il s'agit tous de Français.

A savoir: Alexandra Marnier-Lapostolle (Marnier-Lapostolle), Pierre Lurton (Château Cheval Blanc et Château d’Yquem), Jérôme Philipon (Champagne Bollinger), Xavier de Eizaguirre (Président du Conseil), Cécile Bassot (ex-SIAL, aujourd'hui Sopexa), Pierre Castel (Castel Frères), Jean-Marie Chadronnier (CVBG), Christian Delpeuch (Groupe Taillan), Pierre-Henry Gagey (Maison Louis Jadot), Dominique Hériard-Dubreuil (Rémy Cointreau), Louis-Fabrice Latour (Maison Louis Latour) et Denis Mollat (CCIB).

Deux étrangers sur 14... vous avez dit "international"?