07 mai 2011

Amayna ou les grands vins chiliens de climat frais

Au début des années 90, quelques pionniers de la viticulture chilienne ont pointé le bout de leur nez en dehors de la Vallée Centrale, à la recherche de terroirs plus frais, de sols particuliers, en un mot, en quête de différence.

Parmi les premiers dont ils purent identifier le potentiel qualitatif, on trouve celui de Leyda, dans la région de San Antonio; nous sommes ici à une centaine de kilomètres à l'Ouest de Santiago, et à une vingtaine du Pacifique.

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Le vignoble et la cave d'Amayna

Argiles sur sables et granit en décomposition, climat frais influencé par les eaux froides du courant de Humboldt, avec en corollaire la promesse d'une maturation plus lente des raisins, une bonne amplitude thermique entre jour et nuit au cours du cycle de développement du raisin, tout semblait réuni pour produire de grands vins, notamment des blancs.

Sauf une chose d'importance dans une zone aride: l'adduction d'eau. Les pionniers ont donc repris leur sac à dos pour le poser un peu plus loin au nord, à Casablanca.

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Mauricio Figari

Ce n'est qu'au tournant du millénaire qu'ils sont revenus à Leyda, le problème de l'eau ayant été en grande partie résolu grâce à un nouveau système d'irrigation puisant dans le Rio Maipo.

Parmi ces défricheurs, on trouve la famille Garces Silva, qui s'est installée à Leyda dès 1998. Le domaine compte 170 ha de vignes, dont un cinquantaine servent à produire le vin de la maison, la gamme Amayna (accalmie). Le reste étant vendu en raisin à d'autres producteurs, de plus en plus friands de la production locale. Ici, pas besoin de réacidifier les blancs, les pH sont naturellement bons.

C'est Mauricio Figari, le directeur général, qui nous reçoit par une journée maussade et fraîche - au sortir de Santiago, le temps s'est subitement mis au gris; la preuve par l'exemple que le climat chilien varie au moins autant d'est en ouest que du nord au sud.

Il nous présente l'oenologue  de la maison, Francisco Jose Ponce Sanhueza; celui-ci est convaincu du potentiel d'élégance que portent en eux les terroirs de Leyda, mais que pour cela, il faut tout faire pour préserver l'intégrité des raisins et de leur arômes: rien de très neuf dans le discours, sauf que comme nous l'allons voir, lui, il le fait; il est assisté par le consultant suisse Jean-Michel Novelle, un vrai passionné, à la vigne et au chai. La cave est d'ailleurs d'une propreté toute hélvétique, et les baies sont soignés comme des jeunes mariées (pas de contact avec le sol, réfrigération, table de tri, etc). 

Le premier vin a vu le jour en 2003. La gamme est courte: 5 vins. Un sauvignon sans barrique, un sauvignon barriqué, un chardonnay barriqué, un pinot noir et une syrah. Voici mes commentaires.

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Trois vins de la gamme Amayna

Amanya Sauvignon 2010

Mauricio Figari nous précise qu'Amayna n'utilise pas le clone n°1 de Davis, le plus courant au Chili, mais le 242 français.

Au nez, jolies notes de citron confit, de maracuja, pomelo; en bouche bourgeon de cassis, pas mal de gras, mais sans aucun côté doucereux, ce vin est d'une remarquable pureté; en finale, on retrouve les fruits tropicaux, et une petite pointe de salinité. Un vin complexe mais d'une grande buvabilité, long et frais, bref, le meilleur sauvignon chilien dégusté jusqu'à présent 17/20.

Amayna Chardonnay 2009

Pêche blanche, poire, ananas au nez; en bouche, des notes florales prennent le relais, du jasmin, notamment; l'ensemble est bien balancé, juste ce qu'il faut de rondeur et de vivacité; en finale déboulent quelques épices et un peu d'acacia. Très joli chardonnay, ample et fruité, avec une envie de revenez-y. J'ai également dégusté le 2008, très serré, bien épicé, mais dans une phase un peu plus fermée au nez, actuellement. 15/20

Sauvignon Blanc Barrel Fermented 2007

J'ai d'emblée un problème avec ce vin; je tente de faire abstraction de ce qui constitue pour moi un paradoxe: employer le bois pour un cépage aux arômes aussi flatteurs que le sauvignon.

Mais au-delà de cet a priori qu'il me faut surmonter (les notes de bois sont d'ailleurs assez légères et ne masquent pas les jolies notes de poire et de pain d'épices), je ne suis pas tout à fait convaincu par l'équilibre en bouche; la douceur apportée par le bois, la rondeur, me semble quelque peu en conflit avec l'acidité. Pas ma tasse de thé, mais c'est tout de même fort bien fait. Ma note? Joker, sur ce coup. Je me méfie trop de ma subjectivité.

Amayna Pinot Noir 2009

Au nez, de la framboise, de la groseille, quelques notes fumées; la bouche est bien droite, vive, sapide et délicatement épicée (réglisse, clou de girofle). "Ces épices derrière le fruit, c'est la marque des bons pinots du Nouveau Monde", nous confie Jean-Michel Novelle. Comme pour les blancs, la finale présente une salinité très intéressante, un petit amer aussi, c'est très pinot, mais un pinot ouvert, gourmand, pas décharné pour un sou. 14,5/20

Amayna Syrah 2008

Ce vin a besoin d'air. Malgré le carafage, j'ai été quelque peu rebuté par le premier nez (géranium, animal, etc...). A force d'agitation (modérée, tout de même), cela s'estompe; apparaissent la prune, le fruit noir.

La bouche, robuste, nous gratifie de jolies notes épicées (thym), de cuir, de tabac, de moka; les tannins sont bien présents, mais sans agressivité. 14/20.

J'ai redégusté le vin au cours du repas. Il se révélait encore mieux sur le ragoût aux haricots, ses tannins se fondant très harmonieusement avec le plat. Vu cette bonne composition, je rajoute un demi-point. 14,5. Et quel potentiel!

En résumé, Amayna est une bonne adresse à retenir!

 

 

 

 

 

 

 


14:47 Écrit par Hervé Lalau dans Chili | Tags : chili, vin, vignoble, amayna, leyda | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

06 mai 2011

Lautaro ou le vin équitable

Du Chili viticole, en Europe, on connaît surtout les marques fortes et généralement bien markettées des gros exportateurs comme Carmen, Errazuriz, Concha y Toro, Santa Rita, Miguel Torres ou Cono Sur, et puis aussi quelques domaines de prestige, comme Clos Apalta; et bientôt Vik, que je vous ai présenté avant-hier. Mais c'est aussi tout un tissu de petits producteurs; producteurs de raisins qui vendent leur fruit aux groupes déjà cités, la plupart du temps.

Certains ont choisi d'unir leurs forces, comme la vingtaine de viticulteurs de la Vallée de Lontué, regroupés sous le nom de Lautaro.

Lautaro, c'est une figure de l'histoire du Chili, un chef indien resté célèbre pour avoir mené la lutte contre les premiers colons. Le pot de terre indigène contre le pot de fer espagnol. Une sorte de Robin des Bois local.

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La vigne organique d'un des membres de Lautaro à Lonhué

Le choix de ce nom ne doit rien au hasard: car derrière ce regroupement, qui a bien sûr des avantages en termes d'économie d'échelle, il y a surtout une réflexion d'ordre social. Lautaro a d'emblée choisi de réinvestir la plus grosse partie de ses bénéfices au profit d'actions en faveur de la communauté, de l'éducation des futurs vignerons, d'une mutuelle d'assurance maladie, etc. L'idée générale, comme l'explique Raúl Navarrete Jara, son directeur gérant, étant "de sortir de la spirale du sous-développement social".

Lautaro diffuse ses vins au travers des réseaux du commerce équitable - son premier client a été Oxfam, en Belgique.

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Don Raùl et l'oenologue de Lautaro

Et les vins, me direz-vous? Ils sont plus que corrects, souples, fruités, "easy-to-drink". Don Raùl évoque la "production propre" au sens philosophique, nous l'avons retrouvée dans le produit. A noter qu'une bonne partie de la culture est biologique.

J'ai particulièrement apprécié le Carménère Organico 2010 un joli fruit mûr, mais pas compoté, ainsi que l'Otoño Chardonnay 2009. Bois bien fondu, notes de poire, bouche ample et souple.

13:47 Écrit par Hervé Lalau dans Chili, Vins de tous pays | Tags : vin, vignoble, chili, commerce équitable, lautaro | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |