11 juillet 2013

Un Pineau de propriétaire

Installés à Epargnes, près de Pons, les Robert sont producteurs de Pineau des Charentes (et de Cognac) de père en fils depuis trois générations (bientôt quatre). C’est Pierre, aujourd’hui, qui est aux commandes. Le domaine viticole, qui s’étage en pentes douces sur des sables orientés vers l’estuaire de la Gironde, comprend 23ha de vignes, qui bénéficient de l’ensoleillement exceptionnel du littoral saintongeais. Celles-ci se répartissent entre cépages blancs (colombard, sémillon) et rouges (merlot et cabernet). La production est de l’ordre de 150.000 cols.

Voici deux Pineaux de leur gamme.

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Pineau des Charentes Robert Pierre
Couleur tabac avec des reflets verts comme les Havane, un nez qui en dit long sur les douceurs à venir. Il évoque le jus de poire avec un rien de poivre et d’aiguilles de pin, du poivre et de la poudre d’amande avec cet éclat capiteux de barriques enivrantes. En bouche se mêlent trois impressions, la première, la douce, mélange le miel à la gelée de coing ; la deuxième, la fraîche, presse le citron et la mandarine ; la troisième, l’amère, distille la chicorée et la réglisse. Un trio au souffle important, dû à la magnificence du mutage, excite les sens.

Ce vin de liqueur est obtenu par l’ajout de Cognac au moût de Colombard. Cet ajout alcoolique empêche la fermentation. Le vieillissement se déroule en inox pendant 6 mois puis l’élevage se prolonge en tonneaux et fûts pendant 3 ans au minimum.

Vieux Pineau des Charentes Robert Pierre
Or légèrement cuivré, il exprime un effluve de Cognac prononcé ou plus précisément l’odeur de bois patiné des vieux fûts. Exhalaison chaude et puissante qui rappelle les soirées près de l’âtre. Quand les tisanes fument et apportent au nez ces mélanges savoureux de fleurs de chrysanthème, d’écorces d’orange, de poivre noir, de bois de réglisse, de verveine et d’ortie, … la liste s’allonge comme nos pieds près du feu, la bouche tendrement sucrée, une fine amertume gracieuse, une fraîcheur apaisante, un rêve confortable…

Le Vieux Pineau suit le même mode opératoire que le Pineau classique, il reste toutefois plus de dix ans en fûts de chêne.

Merci à Marc Vanhellemont pour les commentaires des vins.

00:14 Écrit par Hervé Lalau dans Charentes, France | Tags : pineau des charentes, robert, pons, vin | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

12 octobre 2012

Un nouveau métier: oenologue-préfet

Le plus gros producteur de vin anglais a décidé de ne pas produire en 2012, vu la mauvaise qualité de la matière première. En Charentes, on n'a pas voulu recourir à une mesure aussi drastique: on chaptalisera donc. Oui, oui, c'est légal, le préfet vient de l'autoriser.

C'est fou ce que les préfets ont de casquettes, de nos jours. Celle d'oenologue, à présent!

Je sais qu'une bonne partie d'entre eux sortent de l'ENA - pourtant, dans le cursus de cette prestigieuse école, je n'ai trouvé aucune formation d'oenologie.

Je suppose donc que leur science est infuse, et que les autorisations qu'ils délivrent sont motivées par une connaissance innée des enjeux.

Enjeux économiques, bien sûr - ce n'est pas une raison parce qu'une année est merdique qu'on ne doit pas produire de l'AOC.

Enjeux qualitatifs, aussi: les consommateurs ont droit au degré d'alcool, qu'il soit obtenu à base de raisin ou de betterave. Et puis si on sucre un peu trop, on pourra toujours désalcooliser après. Le degré betterave coûte de toute façon moins cher.

Le goût, le terroir, l'effet millésime? C'est bon pour les journaleux... Et qu'est-ce qu'ils y connaissent? Ils ne sont même pas oenologues!

Ainsi parlait Betteravoustra.

12:51 Écrit par Hervé Lalau dans Charentes, France, Pour rire | Tags : chaptalisation | Lien permanent | Commentaires (5) | | | |