06 novembre 2009

Champenois, n'ayez pas peur...

Les producteurs Champenois s'inquiètent d'une baisse des prix pour les ventes de fin d'année - des Champagnes à moins de 10 euros sont annoncés par certaines enseignes de la GD française, notamment Carrefour, nous dit la presse. Mais il ne s'agit plus d'avoir peur: depuis septembre, certains discounters français sont déjà largement en dessous de ce tarif; comme Aldi France, qui proposait déjà le 5 septembre du Champagne Veuve Durand à 8,99. Le fournisseur est connu: c'est la SA Les Roses Blanches, à Dizy (le fief de Jacquesson!). Et comme la vente à perte est interdite en France, il faut croire que la Veuve (éplorée) a fait un bel effort. Mais ce n'est pas un cas isolé, il va falloir s'habituer.

 

Veuve Durand

Une Veuve sortie du rang...

C'est que le phénomène tire son origine de plusieurs éléments qui se renforcent: d'une part, il y a l'endettement de certains producteurs (ce qui ne laissera pas d'étonner les consommateurs qui ont payé fort cher leurs bulles ces dernières années); de l'autre, la nécessité pour de nombreuses maisons de diminuer leurs stocks, alors que les ventes ont fortement chuté ces derniers mois, en France comme à l'exportation: -19% au premier semestre 2009; et enfin, la position de force de la grande distribution qui, face à la trésorerie exangue de bon nombre de producteurs, a de la marge de manoeuvre; certaines enseignes pensent sans doute pouvoir se construire à bon compte une image de chasseurs de prix en bradant le Champagne.

 

aldi

Un prix, un jour... mais l'image, toujours.

 

Mais que faut-il penser, comme consommateur, de ce "bradage"?

Cela fait belle lurette que je me dis que le différentiel de prix entre le Champagne et les autres mousseux de qualité est trop important, qu'il reflète plus le différentiel d'image et de structure de coûts (notamment le foncier et la disponibilité des raisins) que la qualité intrinsèque.

Et je ne suis pas le seul, quand je vois le succès du Cava en Belgique - un pays où le mousseux catalan a doublé le Champagne l'an dernier. Le Plat Pays était pourtant traditionnellement très champagnophile (dans les années 80, les Belges soutenaient encore mordicus qu'ils préféraient le Champagne parce qu'il ne leur donnait pas mal à la tête); mais petit à petit, le Champagne était devenu impayable, notamment pour la vente au verre, très en vogue dans les restaurants, les bars et les boîtes. Ceux-ci ce sont rabattus sur la concurrence, et il est devenu très mode, notamment en Frandre, de commander "een Cavatje".

Lon de moi l'idée d'accabler les Champenois. Je rentre d'une virée du côté d'Epernay, au cours de laquelle j'ai pu me délecter de quelques flacons de Francis Boulard (dans la catégorie grand vigneron de talent) et de Laurent Perrier (dans la catégorie grande maison), qui vient de dévoiler son excellent Brut Millésimé 2000.

Deux facettes très différentes d'une Appellation certes chère, mais chère au coeur de beaucoup.

Mais franchement, les cuvées à plus de 1000 euros conçues pour la Jet Set, les coupes signées Lagerfeld, le Champagne paillettes, très peu pour moi. C'est ce qu'il y a dans la bouteille qui m'intéresse, et à ce compte là, ces dernières années, la Champagne ne nous en a pas toujours donné pour notre argent.

Alors si les petites cuvées, les Bruts-Sans-Ame, ou pire, les Bruts-Soufrés-Acides, crèvent le plancher dans les supermarchés, je ne pleurerai pas. Peut-être même cela redonnera-t-il à certains le sens des réalités? Nous autres Européens de base ne sommes pas prêts à payer le prix que consentent les nouveaux riches de la nouvelle nomenklatura russe ou chinoise (sans parler des Golden Boys américains, qui n'ont plus un radis). Nous achetons du vin avant d'acheter du statut social.

Amis Champenois, n'ayez pas peur - pour plagier un Pape qui, forcément, s'y connaissait en bulles! Recentrez vous sur votre coeur de clientèle, c'est à dire nous, les fidèles, en nous proposant un produit régulier, consistant, et au prix juste. N'écoutez pas les sirènes des marchés émergents, faciles à séduire... mais tellement versatiles.

Et ne tardez pas, car du côté des jeunes, notamment, les parts de marché perdues au profit de vos concurrents seront difficiles à regagner. Le Cava n'est pas moins festif que le Champagne; la différence, c'est qu'avec lui, c'est la fête toutes les semaines, si je veux...

 

00:20 Écrit par Hervé Lalau dans Champagne | Lien permanent | Commentaires (5) | | | |

01 novembre 2009

Gosset en fête

Le 12 octobre, devant un parterre de chefs étoilés dont Ferran Adrià, les Champagnes Gosset célébraient deux anniversaires: leurs 425 ans (qui dit mieux?) et les 15 ans du Trophée Gosset Celebris.
Plaçant ces deux anniversaires sous le signe du (bon) goût, le président Jean-Pierre Cointreau citait Brillat Savarin: «La découverte d’une nouvelle saveur fait plus pour le bonheur de l’espèce humaine que la découverte d’une étoile».

Pour marquer dignement l’événement, Gosset lance l’époustouflante Cuvée 425è Anniversaire (un Brut assemblant 12 Grands & Premiers Crus, 52% Chardonnay et 48% pinot noir, base 2004 + réserve 2002).
Autre annonce: Gosset s’agrandit en rachetant à Laurent-Perrier les locaux de Jeanmaire, à Epernay; soit une cuverie ultra-moderne de 28.000hl et le fameux Château Malakoff.

Gosset

 

06:50 Écrit par Hervé Lalau dans Champagne | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |