09 décembre 2009

Champagne, France vs Champagne, America

La campagne menée actuellement par le Champagne (de France) contre ses imitateurs américains vise à rendre à César ce qui lui appartient.

Elle dénonce à mots couverts les lois américaines qui permettent l'usage d'appellations étrangères protégées - ce qui serait qualifié de détournement de ce côté-ci de l'Atlantique.

 

Champagne

Only from Champagne (France, Vaud & Charente)

La campagne est bien faite, on souhaite bon courage à nos amis champenois - de France. Car l'affaire est loin d'être gagnée.

Au riste de me répéter, je trouverais leur croisade beaucoup plus sympathique si, par ailleurs, le CIVC et son armée d'avocats voulaient bien lâcher la grappe du petit village de Champagne (Vaud), et lui reconnaître une fois pour toutes le droit d'utiliser son nom sur ses étiquettes. Ce village suisse, rappelons-le, peut prouver l'antériorité de sa production par rapport à la région française de Champagne.

D'ailleurs, à Cognac, Petite et Grande Champagne peuvent toujours utiliser ces noms sur leurs étiquettes.

08:24 Écrit par Hervé Lalau dans Champagne | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

29 novembre 2009

Champagne quand même?

Eric "Brut" Boschman nous parle cette semaine de l'actualité champenoise.

La Champagne est en crise. Cette crise touche principalement, pour l’instant, le secteur des vins moyens de gamme.

On pourrait, bien entendu, attribuer les difficultés actuelles du marché aux difficultés économiques mondiales ; mais ce serait passrr sous silence une cause tout aussi importante. Souvenons-nous de l’avant-dernière crise du champagne , celle des années 1980. A cette époque, quelques très grandes entreprises voulaient que la bouteille de brut sans année se vende aux environs de 1000 FB dans les linéaires.  Les consommateurs n’avaient pas vraiment trouvé ça drôle et avaient fortement diminué leurs achats. C'est alors que les maisons de Champagne, sans manquer d’air une seconde, avaient suggéré aux restaurateurs de diminuer leurs coefficients pour relancer les ventes. On peut dire qu’en Belgique l’initiative à fait pschhhhhht. Il a quand même fallu 4 ou 5 ans pour effacer la tache.

 

Champagne
Cette année, les beaux flacons destinés aux Belges vont-ils rester dans les caves de Champagne? (Photo H. Lalau)

Un peu de psychologie, que diable!

Deux leçons furent tirées de cette crise, à l’époque. La première, c’est qu’il fallait absolument structurer le marché autrement, un peu à la manière de l’économie mondiale après 29, pour empêcher un effondrement massif du marché.

La seconde était que les consommateurs n’étaient pas prêts à payer n’importe quel prix pour n’importe quel vin. Il y a, même en Champagne, un seuil psychologique à ne pas dépasser. C’était il y a une grosse vingtaine d’années… «Sic transit gloria mundi», 20 ans plus tard les belles leçons du passé tombent comme les feuilles de la forêt de Tronçay cette semaine. La structure du marché est toujours la même, elle a permis d'absorber sans dégâts ou presque l’implosion d’un des groupes les plus actifs sur le marché du champagne. Et personne ne s’est rendu compte de rien en dehors des pros de la région. C’est dire à quel point l’organisation est bonne. Par contre au niveau du marketing,  il semblerait qu’une fois de plus, on ait perdu le célèbre «ADN» des marques.

On aurait pu, en observant un tout petit peu les tendances du marché, percevoir les prémisses des difficultés. Mais a force de faire du jeunisme et de remplacer rapidement les cadres, d’un secteur du monde du «luxe» à un autre, on a juste des gens qui jouent avec des chiffres et qui sont totalement coupés des réalités du marché.

Car c’est une chose de vendre des caisses sur place, c’en est une autre de lire les «reportings» hebdomadaire bien au chaud dans sa tour de verre. C’est peut-être la première leçon à tirer de la crise actuelle, le Champagne n’est pas un produit de luxe comme une cravate ou une eau de toilette, il se vend différemment. Certes, sans l’effondrement économique de l’année dernière, la crise n’aurait peut-être pas pris une telle ampleur pour le secteur, il n’empêche, elle couvait. Il y a plusieurs années que les cavas augmentent de façon vertigineuse leurs parts de marché chez nous. Cela déjà bien avant la crise. C’est un signe : le consommateur n’est toujours pas prêt à payer n’importe quelle somme pour n’importe quel vin. Et la force de la marque n’est pas forcément toujours une bonne raison d’achat, n’en déplaise à leur contempteurs.

Est-ce à dire que les vins de champagne extrêmement bon marché (à moins de 10 euros) que l’on trouve actuellement dans nos grandes surfaces sont à leur prix juste ? Absolument pas, du champagne à 10 euros c’est techniquement et économiquement extrêmement dur à produire. Il s’agit plutôt d’opérations visant d’une part à tenter enrayer la chute et d’autre part de produire des liquidités pour les entreprises concernées; c’est que la situation est vraiment difficile pour tout le monde.

Low cost champagne

Est-ce que le consommateur est gagnant ? Difficile de donner une réponse claire. Si votre intention est de boire juste la marque «Champagne», peut-être. Si vous aimez les vins de qualité et que vous pensez que le Champagne sert à autre chose qu’a diluer le cassis et à piquer sur la langue, vous savez d’ores et déjà que ce n’est pas la meilleure idée de l’année. Pour élaborer une bouteille de Champagne de 75 cl, il faut plus ou moins 1,3 kilos de raisins, l’un dans l’autre. Quand le prix de ce raisin se négocie aux environs de 5 euros le kilo, il ne faut pas être un génie des maths pour se rendre compte que le prix de vente est fort, fort bas. D’autant que dans notre beau et plat pays, il y a des accises de pas loin d’1,5 euros sur les vins effervescents. Et avec ça, vous n’avez pas encore payé la matière sèche, le transport et les ouvriers, sans parler d’une marge éventuelle pour le distributeur et l’agent. Bref, soit le monde est devenu une gigantesque ASBL et l’abbé Pierre se tord de rire là-haut, soit quelque part, il y a quelqu’un qui ne gagne pas vraiment d’argent.

Vaut-il mieux un Champagne «low-cost» ou un vin pétillant de qualité un rien plus cher ? C’est un peu comme les voyages en avion. Si vous aimez être assommé par les suppléments surprises, la pub qui vous empêche de dormir et si le voyage se résume à un transport en masse, vous pourrez aimer le low-cost. Si vos standards de qualité sont ailleurs, vous préférerez la découverte, l’originalité et les saveurs un rien plus subtiles, c’est sûr.

Il est pratiquement impossible d’évaluer objectivement des produits différents unis simplement par une méthode d’élaboration. La méthode traditionnelle est utilisée dans de nombreux pays a travers le monde, souvent même, les grands groupes champenois produisent eux-mêmes des bulles ailleurs. Mais, même lorsqu’ils sont élaboré à base de chardonnay et de pinot noir, ces vins ne sont pas tout à fait comparables. En effet, les conditions de sol et de climat sont différentes, et donc, le résultat ne peut être identique. Est-ce qu’un vin produit à Binche, par exemple, même si c’est sur le même type de sol, identiquement le même, qu’en Champagne, avec des cépages et des portes greffes identiques est du Champagne ? Non, bien sûr que non, c’est autre chose. Et quand, comme dans le cas du Cava ou des crémants de Bourgogne, d’Alsace et autres vins du même type, les cépages en plus sont différents, il n’y a pas vraiment de comparaison possible.

Quelques chiffres utiles

Le pressoir champenois traditionnel reçoit 4000 kg de raisins.
La première presse, appelée cuvée, permet d'obtenir 2050 litres (20,5 hl) de moût. Les deux serrages suivants constituent la taille donnant 450 litres de jus. Un dernier serrage donne la "rebêche", exclue de la vinification champenoise et destinée à la distillation. Selon la réglementation, 1600 kg de raisins doivent donner 1000 litres de moût. Ainsi un marc de 4000 kg donne 2550 litres de jus; en effet les 100 premiers écoulés sont écartés.
La composition du moût évolue au cours du pressurage. Les premiers jus écoulés provenant de la zone intermédiaire de la pulpe, sont plus fragile et ont un pH plus faible. Les tailles sont enrichies en substances provenant de la pellicule: éléments minéraux, polyphénols et substances colorantes.
Si l’on élabore des champagnes de premier prix, c’est le plus souvent à base des «tailles», les deux serrages suivant la cuvée. Cela ne donne pas forcément les meilleurs vins…

Eric Boschman

00:06 Écrit par Hervé Lalau dans Champagne | Lien permanent | Commentaires (4) | | | |