03 novembre 2011

100 ans déjà: la révolte des Champenois

On parle souvent de la révolte vigneronne de 1907, dans le Midi. Mais il en est une autre, champenoise, celle-là, qui se déroule 4 ans plus tard.

A l'origine de cette révolte, on trouve la misère des vignerons et des ouvriers de la vigne: difficile à imaginer aujourd'hui, mais à l'époque, la Champagne est une région pauvre.

Certaines années, le prix du Champagne est inférieur à celui d'un mousseux de Saint Péray, et même les bonnes années, c'est plutôt le négoce qui engrange les bénéfices.

Or les 3 années précédant 1911 voient de mauvaises récoltes. Après le phylloxéra, ce sont le gel et les orages qui déciment la production. Le négoce s'approvisionne hors de la région et chaptalise à outrance. En outre, depuis 1908, les producteurs aubois ont été exclus de l'aire d'appellation. La révolution gronde, appelée de ses voeux par un chansonnier comme Gaston Couté dans son "Nouveau Crédo du Paysan":

"Levant le front et redressant le torse,
Las d'implorer et de n'obtenir rien,
Je ne veux plus compter que sur ma force
Pour me défendre et reprendre mon bien.
Entendez-vous là-bas le chant des Jacques
Qui retentit derrière le coteau,
Couvrant le son des carillons de Pâques:
C'est mon Credo, c'est mon rouge Credo."

En janvier 1911, les caves du négociant Achille Perrier, à Damery, sont saccagées à la pelle et à la pioche par les viticulteurs excédés. Puis, trois mois plus tard, c'est au tour de celles de Raymond de Castellane, de Menudier et de Delouvin. Des agitateurs venus de Paris soufflent sur les braises. On craint le pire, des morts, des provocations, a répression.  Mais dès septembre, les choses s'apaisent. Les élus locaux et le gouvernement font des promesses: la protection de l'Appellation sera améliorée.  Les fraudeurs punis.

Il faudra quand même attendre l'entre-deux-guerres pour voir ces promesses se réaliser.

L'héritage de cette jacquerie des temps nouveaux: le négoce et les viticulteurs apprenent l'interdépendance. C'est un des germes du système champenois actuel.

A l'heure ou les Cinq du Vin (dont votre serviteur) se sont donné rendez-vous à Epernay, ce rappel historique me semblait on ne peu plus opportun. Non, la Champagne n'a pas toujours été l'Eldorado du vin qu'envient tant de vignerons (même si la manne n'est pas toujours très bien partagée). Et rien ne dit qu'elle le reste ad vitam aeternam.

Ses plus grandes forces, avant même les vins qu'elle produit, ce sont sans doute ses marques, son image, et une certaine solidarité entre ses acteurs, récoltants, coopératives et négociants.

00:00 Écrit par Hervé Lalau dans Champagne | Lien permanent | Commentaires (7) | | | |

30 septembre 2011

69.970 exploitations viticoles en France

C'est officiel, ce sont les chiffres du recensement agricole 2010: la France compte 69.970 exploitations spécialisées en viticulture, totalisant une superficie de 789.000 ha. En 2005, elles étaient 77.660 et en 2000, 92.000. La baisse est donc de 24 % en 10 ans.

Les grandes et moyennes exploitations (celles dont le chiffre d'affaires est supérieur à 25000 euros par an) ont plutôt mieux résisté à l'érosion, puisqu'elles sont passées de 55.000 unités en 2000 à 47.000 en 2010, soit une baisse de 15%.

Deux petits commentaires de mon cru:

1° Moins de 25.000 euros par an, c'est bien peu pour faire vivre une famille. Il y a bien sûr des entreprises qui ne font pas que de la viticulture, mais tout de même, cela pose la question de la viabilité.

2° La surface moyenne de l'exploitation française est de 11 hectares. Ca peut être suffisant pour vivre dans les grands crus de Bourgogne ou de Bordeaux (il faut cependant tenir compte des impôts fonciers), mais c'est notoirement insuffisant pour les régions à faible notoriété.

Deux pistes diamétralement opposées s'offrent à ces petits exploitants défavorisés: d'un côté, la valorisation (le bio, la biodynamie, les efforts qualitatifs qui permettent de sortir du lot et de vendre plus cher); de l'autre, l'abaissement des coûts de revient par l'augmentation des rendements et la mécanisation, notamment.

La première me semble promise a plus d'avenir, compte tenu des charges qui pèsent sur l'entreprise en France, et que ne connaissent pas les pays concurrents. Ces charges pèsent encore plus lourd quand on vend à bas prix.

J'oubliais deux autres "solutions", mais qui ne permettent pas de pérenniser l'exploitation: l'arrachage des vignes et la revente à des structures plus grandes. Ce sont ces deux dernières pistes qui expliquent l'évolution enregistrée par le recensement.