03 juin 2013

Bouh! Les producteurs de bulles AOP sont mauvais joueurs!

La Fédération Nationale des Crémants conteste à nouveau l'autorisation accordée à 36 Indications Géographiques Protégées d’élaborer des mousseux de qualité.

Un premier recours déposé par la Fédération en décembre 2011 auprès des ministères concernés n'a pas abouti, mais un second a été déposé en avril devant le Conseil d'Etat. Il évoque une validation trop rapide des cahiers des charges des IGP concernés, "sans travail d’enquête sur l'historique et le savoir-faire des vignerons pour ce type de produit".

Elle s'offusque aussi que le problème «n’ait pas été correctement débattu au sein de l’Institut National des Appellations d'Origine».

Le Comité Interprofessionnel des Vins de Champagne, lui, a déposé un autre recours devant le Conseil d’Etat au sujet de l’autorisation accordée à l'IGP Haute-Marne et à l'IGP Coteaux-de-Coiffy. Et le Conseil a donné raison au CIVC.

Voici un extrait de la décision: «les ministres ont entaché leur décision d'une erreur manifeste d'appréciation en estimant que l'existence d'un lien géographique pouvait être établi entre l'aire géographique des "Côteaux de Coiffy" et «Haute Marne» et la production de "vins mousseux de qualité, rouges, rosés ou blancs". L’arrêté du 14 novembre 2011 qui validait le cahier des charges de ces deux IGP a donc été annulée, ce qui augure mal de l'avenir des 34 autres IGP prétendant aux bulles.

Permettez moi d'en sourire.

Les IGP, contrairement aux AOP, ne prétendent pas s'appuyer sur un terroir ou des méthodes culturales ancestrales, juste sur un territoire...

Et puis, depuis le temps qu'on nous dit que l'AOC/AOP est tellement supérieure aux autres mentions, en quoi  pourraient-elles craindre la concurrence de simples IGP? Même d'une zone aussi large que les Coteaux de Coiffy (26 ha tout mouillés)? Pour rester à Coiffy, les Conseillers d'Etat ont-ils pris en considération le fait que cette petite commune de la Haute-Marne (champenoise, donc) produisait déjà du vin au XVème siècle? Du vin tranquille, certes, mais à cette époque, aucun Champagne n'était encore champagnisé...

Bouteille_cremant_de_bordeaux.jpg

Pourquoi un Crémant à Bordeaux? (Photo Madrapour)

Enfin, puisqu'on parle de l'historique comme d'un vrai sésame, ou même d'un lien géographique avec la production de vins mousseux de qualité, qui peut m'expliquer comment Bordeaux (qui n'avait aucune tradition dans la bulle, ni même les cépages qui conviennent) a pu obtenir son Crémant? Comment une enquête a-t-elle pu conclure, à l'époque, que la région avait un savoir-faire en la matière!? Le Conseil d'Etat n'en a cure.

Tout cela sent le protectionnisme à plein nez, comme une cuve de champagne sent le raisin vert.

Détestable mentalité.

Qu'on laisse donc à chacun sa chance et les consommateurs trancheront. Peut-être même qu'un jour, des IGP de bulles rejoindront les Crémants. C'est malheureusement plus probable que l'inverse...

00:07 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux, Champagne, France | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

16 avril 2013

Vranken-Pommery ou les arcanes de la finance

Je ne suis pas ministre de François Hollande, alors je ne dois pas déclarer mon patrimoine.

C'est tant mieux, car je n'ai guère le sens de la finance. Mais celui du ridicule, oui.

Tiens, quand je lis le bilan 2012 de Vranken-Pommery, j'ai dû mal à comprendre comment ça marche.

Comment un groupe qui réalise 326 millions d'euros de chiffre d'affaires et 6,7 millions de résultat net peut-il avoit un endettement de 635 millions?

Moi, si j'avais 5000 euros de découvert, je ne suis pas sûr que mon banquier (que je salue au passage) m'avance de quoi manger jusqu'à la fin du mois. Et à Vranken-Pommery, il a prêté pour l'équivalent de deux ans de chiffre d'affaires!

 

09:08 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, Champagne, France | Lien permanent | Commentaires (6) | | | |